31/08/2026
LA BÉNÉDICTION QUI SE PARTAGE.
À l’époque où l’on pilait encore le café dans les mortiers en bois et où les enfants couraient joyeusement sur les petits chemins de terre, vivait une femme appelée Lola, dans une modeste maison au cœur de la campagne.
Chaque matin, on pouvait apercevoir Lola dans la cour de sa maison, penchée sur son mortier, pilant avec patience le café que son mari, Martin, récoltait dans leur champ.
Martin était un homme travailleur et débrouillard. Il cultivait la terre, mais il exerçait également le métier de coiffeur. À cette époque, il n’y avait ni tondeuses électriques ni salons modernes : il coupait les cheveux avec une simple paire de ciseaux.
Un après-midi, alors que Lola était occupée à piler le café dans son mortier, un homme qu’elle n’avait jamais vu auparavant apparut soudainement dans la cour.
— On m’a dit que vous êtes coiffeur, monsieur, demanda l’inconnu.
Martin lui sourit et répondit :
— Oui, monsieur. Installez-vous. Je vais vous faire une belle coupe.
L’homme s’installa aussitôt, et Martin commença à manier ses ciseaux. Tout en travaillant, les deux hommes discutèrent tranquillement. Ils parlèrent de la vie au village, des travaux des champs et racontèrent quelques anecdotes amusantes, accompagnées de vieux proverbes qui faisaient rire.
Pendant ce temps, Lola continuait inlassablement à piler son café.
Voyant que son mari avait reçu un visiteur, elle demanda à ce qu’on prépare une tasse de café pour l’inconnu. Quelques minutes plus t**d, le café fut servi encore tiède.
L’homme prit la tasse, en but une gorgée et dit avec satisfaction :
— J’aime beaucoup le café préparé à la manière du village. Il a un goût particulier.
Martin poursuivait tranquillement sa coupe. Peu à peu, le soleil commençait à descendre et l’après-midi touchait à sa fin.
Finalement, Martin posa ses ciseaux.
— Voilà, monsieur. C’est terminé.
L’homme se regarda et remercia chaleureusement le coiffeur.
De son côté, Lola avait également terminé de piler son café. Elle entra dans la cuisine, prit une vieille enveloppe en plastique, comme on en utilisait autrefois, et la remplit généreusement de café fraîchement pilé.
Elle revint dans la cour et la tendit à l’inconnu.
— Tenez, monsieur. Emportez cela chez vous et donnez-le à votre épouse. Elle pourra préparer du bon café avec.
L’homme resta un instant silencieux, visiblement surpris par ce geste.
— Merci beaucoup, madame. Que Dieu vous bénisse, vous et votre mari.
Lola lui répondit simplement :
— Amen. Mais ce que Dieu donne à cette maison n’est pas seulement pour nous. Une bénédiction qui ne se partage pas finit par perdre son sens.
L’homme sourit, salua le couple et prit le chemin principal.
Martin et Lola le regardèrent s’éloigner.
Mais après quelques instants, l’homme disparut complètement au détour du chemin, comme emporté par le vent.
Lola et Martin ne le revirent jamais.
Ils se demandèrent alors qui pouvait bien être cet homme. Était-ce simplement un voyageur de passage ? Ou peut-être un ange envoyé pour éprouver leur générosité ?
Ils n'eurent jamais la réponse.
Cependant, à partir de ce jour, quelque chose changea dans leur vie.
Le café de Lola et Martin commença à produire davantage. Leur récolte devint abondante, année après année, et leur maison ne manqua plus jamais de café.
Alors, Lola comprit une chose : la bénédiction ne réside pas seulement dans ce que l’on reçoit, mais surtout dans ce que l’on accepte de partager.
Morale :
La générosité est une graine que l’on plante sans savoir quand elle germera. Mais lorsque la bénédiction vient, elle dépasse souvent ce que l’on avait donné.