27/08/2025
Les femmes et les jeunes, moteurs de l’économie bleue
Dans un contexte mondial où la durabilité devient un enjeu central, l’économie bleue — qui regroupe l’ensemble des activités liées aux ressources marines et aquatiques — s’impose comme une voie d’avenir pour les pays côtiers comme le Togo. Ce secteur englobe la pêche artisanale, l’aquaculture, le tourisme côtier, la gestion des mangroves et les énergies marines renouvelables. Longtemps dominé par les hommes, il connaît aujourd’hui une transformation portée par l’engagement croissant des femmes et des jeunes.
Les femmes mareyeuses, colonne vertébrale de la filière
Au Togo, les femmes jouent un rôle crucial dans la chaîne de valeur halieutique. Présentes dès le débarquement des poissons, elles assurent la transformation (fumage, séchage, conservation) et la commercialisation jusqu’aux marchés urbains. Leur contribution est pourtant freinée par les pertes post-capture, l’accès limité aux équipements de conservation et le manque de financements adaptés.
À Lomé, la coopérative ALOWODO illustre cette capacité d’innovation : en plus de la transformation traditionnelle, elle valorise désormais les déchets de poisson en farine pour l’alimentation animale, inscrivant son action dans une logique d’économie circulaire. À Aného, plusieurs coopératives de mareyeuses récemment formées bénéficient de formations en hygiène, marketing et gestion coopérative. Elles renforcent ainsi leur professionnalisation et leur poids économique. À Kpémé, si les coopératives de mareyeuses restent moins visibles, elles participent activement au commerce local et s’intègrent dans les dynamiques régionales aux côtés de la Fédération nationale des unions de coopératives des acteurs de la pêche au Togo (FENUCOOPETO), qui fédère ces initiatives et porte leur voix au niveau national.
Les jeunes, pionniers de l’aquaculture moderne
Alors que la pêche artisanale est confrontée à la raréfaction des ressources marines et à l’érosion côtière, les jeunes investissent de plus en plus dans l’aquaculture, en particulier l’élevage de tilapia. Ce poisson, très apprécié des consommateurs togolais, devient un levier stratégique pour la sécurité alimentaire et la réduction des importations.
Lofty Farm, implantée à Nangbéto et dans la périphérie de Lomé, est aujourd’hui une ferme phare avec une production annuelle estimée entre 1 800 et 2 000 tonnes de tilapia. Elle se distingue par l’élevage en cages et en étangs, la production d’alevins certifiés, la fabrication locale d’aliments pour poissons, et la mise en place d’une unité de transformation dotée d’une chaîne du froid. Lofty Farm illustre le potentiel entrepreneurial des jeunes Togolais dans l’économie bleue.
Le Projet de Développement de l’Aquaculture au Togo (PDAT) a permis d’installer des cages flottantes sur le lac de Nangbéto, avec des premières récoltes avoisinant 30 tonnes de tilapia. Ce projet est aussi une vitrine de formation pour de jeunes pisciculteurs.
Togo Aquaculture SA, un projet d’envergure soutenu par Togo Invest, vise une production industrielle de tilapia passant de 1 000 tonnes dès la première année à 4 000 tonnes à l’horizon de la troisième année, renforçant ainsi la capacité nationale de production.
À Kovié, la ferme piscicole « La Main de Dieu » mise sur l’élevage de tilapia bio en intégration avec la riziculture, favorisant un modèle durable et adapté aux réalités locales.
Des initiatives comme The Fisherman ou de petites fermes dans la région Maritime se spécialisent dans la production d’alevins, renforçant ainsi la disponibilité de semences de qualité pour les petits producteurs et les jeunes entrepreneurs.
Un levier de croissance et d’inclusion sociale
Ces expériences, portées par des femmes coopératrices et des jeunes entrepreneurs, démontrent que l’économie bleue au Togo est bien plus qu’un secteur économique : elle devient un espace d’inclusion sociale, de création d’emplois et d’innovation. Investir dans les femmes mareyeuses, soutenir les coopératives locales, accompagner les jeunes aquaculteurs et sécuriser les chaînes de valeur, c’est miser sur une économie plus résiliente, équitable et durable pour les générations futures.