17/09/2026
Kenscoff : le RNDDH fait état d’au moins 164 morts et 71 enlèvements après les massacres de juillet et août 2026
Deux massacres commis en juillet et août 2026 ont laissé derrière eux un lourd bilan humain à Kenscoff. Dans son rapport du 16 septembre, le RNDDH fait état d’au moins 164 personnes tuées, de 71 enlèvements, de 23 blessés et de dizaines de disparitions. L’organisation met également en exergue l’affaiblissement progressif du dispositif de sécurité et l’insuffisance des suites judiciaires.
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a rendu public, le 16 septembre 2026, un rapport consacré aux massacres de Kenscoff survenus les 7-8 juillet et 23-24 août. L’enquête, réalisée après six déplacements de quatre moniteurs dans la commune, s’est appuyée notamment sur des entretiens avec des responsables judiciaires et municipaux, des policiers, des membres de la Brigade Communale de Kenscoff, des victimes, des proches de victimes et des riverains.
Le document replace ces événements dans une crise sécuritaire qui s’est enracinée à Kenscoff depuis le massacre de janvier 2025. À cette époque, le RNDDH avait recensé au moins 139 personnes assassinées ou portées disparues et 43 maisons ou entreprises vandalisées ou incendiées. Les recommandations formulées à la suite de ces faits n’auraient pas été intégralement prises en compte, tandis que la situation sécuritaire de la commune demeurait tendue en 2025.
Un dispositif de sécurité avait pourtant été établi en novembre 2025 avec l’appui d’experts des ambassades de France et des États-Unis. Des points fixes avaient été installés notamment à Téléco, Panyòl, près de l’Orphelinat Sainte-Hélène, Viard 1, Kafou Malè et Carrefour Maroca. Plusieurs unités spécialisées de la PNH y avaient affecté des agents, tandis qu’un contingent des FAD’H avait été chargé de protéger Téléco et ses environs. Les agents de l’UTAG et du BOID avaient toutefois été rappelés par la suite.
Le RNDDH rapporte ensuite qu’une nouvelle brèche s’est créée avant l’attaque d’août avec le déplacement du blindé stationné à Kafou Malè. Le rapport estime que le rappel progressif des unités spécialisées avait réduit de 60 % l’effectif affecté à la sécurité de la juridiction, diminuant la capacité des forces de l’ordre à surveiller les différents accès de la ville.
Dans la nuit du 7 au 8 juillet, les assaillants ont bloqué plusieurs tronçons routiers avec des troncs d’arbres avant de s’en prendre aux habitants de Robin et des zones avoisinantes. Ils se sont ensuite dirigés vers le camp ANC, transformé en site d’accueil pour personnes déplacées, où plusieurs personnes ont été tuées et certaines brûlées.
L’attaque du mois d’août, selon les éléments recueillis par le RNDDH, aurait été précédée d’un travail de surveillance. Des drones auraient servi à suivre les mouvements des forces de l’ordre, tandis que des éclaireurs étaient chargés de recueillir des informations sur le dispositif de défense. Des hommes armés avaient également pris position à Villier plusieurs jours avant l’assaut.
Le rapport établit le bilan des deux épisodes à au moins 164 personnes assassinées. Il dénombre notamment 21 victimes âgées de 65 à 90 ans, 36 femmes et 7 enfants. À cela s’ajoutent 23 personnes blessées et 71 enlevées, ainsi que des dizaines de personnes portées disparues. Des violences sexuelles ont également été dénoncées.
Les conséquences matérielles sont également considérables. Le RNDDH évoque les dommages infligés à l’agriculture et à l’élevage, le vol de bétail, l’incendie de plusieurs dizaines de maisons et de nombreux véhicules. Les domiciles du docteur William PAPE, directeur du GHESKIO, et du magistrat Bob JOACHIM, juge titulaire du Tribunal de paix de Kenscoff, figurent parmi les maisons incendiées. Le camp ANC de Robin a lui aussi été partiellement détruit par le feu.
Sur le terrain judiciaire, 26 cadavres ont été constatés le 24 août dans trois morgues : 15 à Fermathe 55, 10 à Thomassin 32 et un à Pétion-Ville. Le RNDDH précise cependant que les blessés et les pertes matérielles n’ont pas été constatés dans leur ensemble, à l’exception de la maison du docteur William PAPE.
Quatre nouveaux sites ont par ailleurs été ouverts pour accueillir des personnes déplacées après le massacre d’août, à Fermathe, Cotard, Calebasse et Grande Savane. Ils s’ajoutent à ceux de la Place publique Saint-Pierre à Pétion-Ville, de la Mairie de Kenscoff et de l’Église de Dieu de Kota à Fort-Jacques. Le RNDDH rapporte que les conditions d’accueil y demeurent difficiles et que l’aide alimentaire du FAES est jugée insuffisante.
Dans ses recommandations, le RNDDH exhorte les autorités à garantir la protection de la population, à renforcer durablement la sécurité à Kenscoff et à établir les responsabilités liées aux massacres. Il préconise une documentation exhaustive des crimes, une enquête sur le fonctionnement de la Mairie et de la BRICK, une meilleure répartition des ressources humaines et matérielles de la PNH et l’implication des FAD’H dans la sécurisation de la population.
L’organisation demande également l’organisation des funérailles des victimes, le remboursement des frais déjà supportés par les familles, ainsi qu’une assistance financière, médicale et psychologique destinée aux victimes, à leurs proches et aux personnes déplacées. Elle réclame enfin un accès effectif à la justice et à la réparation.
Par: Karl-Hens JOSEPH