15/05/2026
Compte rendu du livre ‘Histoire des sacres', sous la direction de Charles-Éloi Vial, paru aux éditions Perrin, 2026.
La fonction royale à l’époque moderne a déchaîné l’hostilité politique que l’on sait, mais son histoire a aussi donné lieu, de M. Bloch à R. Giesey, sur des points essentiels, à toute une littérature pour le moins caustique. Elle a néanmoins paradoxalement provoqué très tôt un désir jaloux d’en copier les usages, de Napoléon aux officines néoréactionnaires contemporaines.
Dans un contexte de désarroi social où l’impuissance et l’arbitraire offrent un spectacle à la fois désolant et déroutant, il était intéressant de revenir sur cette institution des sacres dans un cadre un peu élargi au reste de l’Europe, dont le Saint-Empire. Même si le sacre ne fait pas le Roi, en vertu de la continuité dynastique (le mort saisit le vif), il contribuait à enraciner spirituellement l’art de gouverner dans un tissu complexe de références symboliques qui ne devaient rien au hasard ou à l’imagination, faisant du souverain la Tête de son royaume et la clé de voûte du Corps politique, comme Sénèque l’avait déjà remarqué. Ce plan structurel et universel n’était donc pas “théorique” (p. 16). Malgré les recherches classiques mais embarrassantes de Kantorowicz, le mystère de la monarchie qui trouve très haut sa source métaphysique, comme le prouvent ses principaux attributs, demeure voilé.
On trouvera dans ce volume un ensemble de contributions qui, de Reims à la Russie des Tzars, évoquent à différentes périodes la grandeur et la magnificence de ce rituel qui encore dernièrement, avec le sacre de Charles III, a fasciné une partie du monde. Depuis Clovis, la sanctification miraculeuse du pouvoir royal révèle la dimension cachée du politique qui en fait, suivant Platon et la Bible, l’émanation directe du divin. La forme octogonale de la couronne du Saint-Empire (p. 67) montre ce rôle intermédiaire du monarque qui doit unir la Terre et le Ciel, à la manière du Wang chinois!
L’évocation impressionnante des allégories mythologiques qui entouraient le sacre évoque également (chap. IV) son inscription dans la longue durée, mais aussi l’art prestigieux de nos ancêtres.
À travers le dernier sacre de Charles X, la sécularisation, l’oubli des vieilles alliances avec le judaïsme (pp. 302-303) conduiront peu à peu le politique vers son extinction. Malgré les tentatives républicaines d’en préserver le lustre, la médiocrité individuelle des dirigeants achèvera de corrompre sa dignité. Mais, il faut aussi le dire, c’est la destruction de la royauté en Europe et dans le monde qui fera le lit du totalitarisme.
Patrick Geay