23/06/2026
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Loyauté nationale à l’épreuve du tribalisme : un malaise qui ne dit pas son nom
Il existe des sujets que l’on préfère taire, par confort ou par prudence. Pourtant, ils persistent, s’imposent, et finissent par fissurer les fondements mêmes de la cohésion nationale. À Djibouti, la question de la loyauté de certains citoyens — tiraillés entre appartenances tribales et fascination pour d’autres horizons — fait partie de ces réalités qu’un silence prolongé ne saurait masquer.
Derrière les discours officiels sur l’unité nationale, une interrogation dérange : que reste-t-il de l’engagement citoyen lorsque les solidarités communautaires et les attachements extérieurs prennent le pas sur l’intérêt collectif ?
Le tribalisme : une influence persistante, parfois assumée
Le tribalisme n’est pas une survivance du passé. Il est bien vivant, structurant encore les relations sociales, les loyautés et, dans certains cas, les opportunités. Il constitue un réseau de protection, mais aussi un système de préférence — souvent implicite, parfois revendiqué.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que certaines attitudes soient interprétées comme des formes de sélection identitaire : on privilégie son groupe, ses réseaux, ses alliances, quitte à fragiliser l’idée même d’une citoyenneté partagée. Ce phénomène devient problématique lorsqu’il s’accompagne d’un discours ou de comportements valorisant davantage un autre pays qu’une appartenance nationale pourtant revendiquée.
Fascination pour l’extérieur : symptôme ou stratégie ?
Il serait simpliste de qualifier ces postures de simple “trahison” ou de manque de patriotisme. Mais il serait tout aussi naïf de les ignorer. Lorsqu’un citoyen exprime, de manière répétée, une admiration excessive pour un autre pays — que ce soit sur le plan politique, culturel ou économique — la perception d’un déséquilibre s’installe.
Ce regard tourné vers ailleurs peut être le signe :
d’un manque de confiance dans les institutions locales
d’une quête d’opportunités
ou d’un positionnement stratégique au sein de réseaux influents
Mais il soulève aussi une question fondamentale : peut-on durablement contribuer à un pays que l’on semble reléguer au second plan dans ses priorités et ses aspirations ?
Une critique étouffée, un malaise réel
Ce qui rend la situation plus préoccupante encore, c’est l’absence de débat ouvert. La critique de ces comportements est souvent perçue comme taboue, voire dangereuse. On préfère contourner le problème, au risque de laisser s’installer une forme de frustration silencieuse.
Car derrière les critiques, parfois maladroitement exprimées, se cache une attente légitime : celle d’une loyauté claire, d’un engagement sans ambiguïté, et d’un équilibre entre ouverture au monde et enracinement national.
L’illusion d’une identité divisible à l’infini
Dans un monde globalisé, il est normal de porter plusieurs identités. Mais cette pluralité a ses limites. À force de vouloir concilier toutes les appartenances, le risque est de diluer celle qui fonde la responsabilité civique : la citoyenneté.
Une nation ne peut se construire sur des loyautés fragmentées, fluctuantes ou opportunistes. Elle exige, au minimum, une cohérence entre les discours, les valeurs et les engagements.
Conclusion : poser les termes du débat sans détour
Ignorer la question ne la fera pas disparaître. Au contraire, elle continuera de nourrir les incompréhensions et les suspicions. Il ne s’agit pas d’exiger un patriotisme aveugle ni de rejeter l’ouverture internationale. Mais il est nécessaire de poser clairement les termes du débat :
👉 Jusqu’où les affiliations tribales peuvent-elles influencer les comportements citoyens ?
👉 À quel moment l’admiration pour l’extérieur devient-elle un désengagement vis-à-vis du pays ?
👉 Et surtout, quelle conception de la loyauté nationale souhaite-t-on défendre ?
Sans réponses honnêtes à ces questions, le risque est grand de voir se creuser un fossé entre discours d’unité et réalités vécues.
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