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À Bruxelles, un appel international pour la libération d’Ibtissame LachgarUne conférence de presse consacrée au sort de ...
14/09/2026

À Bruxelles, un appel international pour la libération d’Ibtissame Lachgar

Une conférence de presse consacrée au sort de la militante féministe et défenseure des droits humains marocaine Ibtissame Lachgar se tiendra mardi 15 septembre au Press Club Brussels Europe. Organisée par le collectif Laïcité Yallah, la rencontre entend porter sur la scène internationale un appel à sa libération immédiate.
Intitulée « Ibtissame Lachgar: International Call for her Immediate Release », la conférence est programmée de 10 h 30 à 12 heures. Elle intervient alors que la militante purge une peine de 30 mois de prison prononcée au Maroc dans une affaire liée à une publication sur les réseaux sociaux.

Une condamnation qui suscite l’indignation
Ibtissame Lachgar, figure connue du mouvement féministe marocain et cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), a été arrêtée à Rabat le 10 août 2025. Les autorités marocaines lui reprochaient notamment une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle elle apparaissait portant un tee-shirt avec le slogan « Allah is le***an », accompagné de propos critiques envers la religion .
Le 3 septembre 2025, un tribunal de première instance de Rabat l’a condamnée à 30 mois d’emprisonnement et à une amende de 50 000 dirhams, en application de l’article 267-5 du Code pénal marocain, qui réprime notamment les atteintes intentionnelles à l’islam ou à ses symboles.
Pour ses soutiens, cette affaire dépasse largement le cas individuel de la militante. Elle pose la question des limites imposées à la liberté d’expression, mais aussi de la place de la critique des religions dans une société où certaines expressions peuvent donner lieu à des poursuites pénales.

Amnesty dénonce une atteinte à la liberté d’expression
L’affaire a rapidement suscité des réactions d’organisations internationales de défense des droits humains. Amnesty International décrit Ibtissame Lachgar comme une défenseure féministe et des droits des personnes LGBTI emprisonnée pour l’exercice pacifique de sa liberté d’expression. L’organisation appelle à sa libération et fait également état de préoccupations concernant ses conditions de détention et son état de santé.
Le dossier est d’autant plus sensible que Lachgar est engagée depuis de nombreuses années dans des combats pour les droits des femmes, les libertés individuelles et les droits des personnes LGBTI au Maroc. Son activisme l’a déjà placée au centre de controverses publiques, notamment à travers les actions du mouvement MALI.

Une mobilisation qui gagne l’Europe
La conférence organisée à Bruxelles traduit la volonté de ses soutiens de donner une dimension européenne et internationale à la mobilisation. Le choix du Press Club Brussels Europe, lieu régulièrement consacré aux conférences de presse et aux débats réunissant journalistes, ONG et acteurs institutionnels, vise à placer le dossier dans le débat public européen.
L’appel lancé par le collectif Laïcité Yallah s’inscrit ainsi dans une campagne plus large destinée à obtenir la libération d’Ibtissame Lachgar et à attirer l’attention sur ce que ses défenseurs considèrent comme une utilisation disproportionnée du droit pénal à l’encontre d’une militante pour ses prises de position.
Au-delà de la personnalité de Lachgar, le débat porte sur une question centrale : jusqu’où un État peut-il limiter la liberté d’expression lorsqu’elle touche à la religion ? Pour ses soutiens, la réponse ne peut passer par l’emprisonnement.
La conférence bruxelloise du 15 septembre entend précisément faire de cette question un sujet européen, en appelant les responsables politiques, les organisations de défense des droits humains et la société civile à se mobiliser pour obtenir la libération de la militante marocaine.

Une conférence de presse consacrée au sort de la militante féministe et défenseure des droits...

Intervention militaire algérienne au Niger : quelles réactions à Bruxelles et à l'échelle européenne ?Un changement de d...
13/09/2026

Intervention militaire algérienne au Niger : quelles réactions à Bruxelles et à l'échelle européenne ?

Un changement de doctrine côté algérien
L'Algérie avait condamné le coup d'État de 2023 contre le président déchu Mohamed Bazoum et s'était opposée à une intervention militaire de la CEDEAO au Niger, au nom du principe de non-ingérence. Le soutien militaire apporté trois ans plus t**d à Tiani illustre une évolution de posture, que plusieurs analystes attribuent à un faisceau de facteurs : sécurisation de la frontière sud algérienne, lutte contre les groupes djihadistes actifs dans la région, protection des intérêts économiques de Sonatrach au Niger, et volonté de ne pas laisser à la seule Russie le rôle de partenaire sécuritaire de référence dans un Sahel où les forces françaises et américaines se sont retirées ces dernières années.

La position belge : une diplomatie de dialogue
Le 28 août 2026, deux jours avant l'arrivée des Sukhoï algériens à Niamey, le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot effectuait une visite officielle au Niger, après une étape à Ouagadougou. Cette démarche faisait de la Belgique l'un des rares pays occidentaux à renouer, à ce niveau, un dialogue direct avec les autorités de transition nigériennes. Le ministre a indiqué vouloir « retisser des liens » avec le Niger et les pays de l'Alliance des États du Sahel, tout en rappelant l'ancienneté de la coopération belgo-nigérienne, notamment dans les domaines de la santé, de l'éducation et du développement agropastoral.
Cette séquence diplomatique s'inscrit par ailleurs dans un rapprochement plus général entre la Belgique et l'Algérie amorcé depuis le début de l'année 2026, marqué par plusieurs sessions de consultations politiques et des visites ministérielles croisées. La dimension énergétique y occupe une place importante : l'Algérie est le quatrième fournisseur de gaz de l'Union européenne, et le partenariat entre Sonatrach et l'entreprise belge Fluxys est associé au terminal GNL de Zeebrugge. À ce stade, aucune déclaration officielle belge, gouvernementale ou émanant des partis de la coalition au pouvoir ou de l'opposition, ne porte spécifiquement sur le déploiement militaire algérien au Niger.

L'Union européenne : des relations dégradées avec Niamey
Aucune réaction officielle de l'Union européenne au déploiement algérien n'a pour l'heure été identifiée. Les relations entre l'UE et les autorités nigériennes sont toutefois tendues depuis le coup d'État de 2023 : les missions de coopération sécuritaire (EUCAP Sahel Niger) ont pris fin, les accords de gestion des frontières ont été dénoncés par Niamey, et une résolution du Parlement européen demandant la libération de Mohamed Bazoum a suscité une vive réaction des autorités nigériennes, qui y ont vu une ingérence dans leurs affaires intérieures.
Dans ce contexte, l'Union européenne dispose de peu de leviers directs sur l'évolution de la situation sécuritaire au Sahel, où le retrait des forces occidentales a ouvert la voie à de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie et désormais avec l'Algérie. Cette dernière demeure par ailleurs un partenaire énergétique important pour plusieurs États membres, dont l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne, ce qui constitue un paramètre supplémentaire des relations UE-Algérie. Le projet de gazoduc transsaharien, censé relier à terme le Nigeria à l'Europe via le Niger et l'Algérie, est également un élément d'arrière-plan des intérêts européens dans la région.
Par ailleurs, l'UE fait face à un casse-tête politique voire un véritable dilemme. Alors que le Parlement européen votait encore en mars 2026 une résolution exigeant la libération de l'ancien président Mohamed Bazoum, voir l'Algérie, un partenaire clé de l'UE, intervenir directement pour stabiliser le pouvoir du général Tiani force Bruxelles à une réévaluation de sa propre stratégie au Sahel comme l’indique une étude commanditée en juin 2026 par la commission AFET du Parlement européen et rédigé par Nina WILÉN, coordinatrice du Parlement européen auprès de l’Unité d’Analyse et appui aux politiques extérieures chapeautée par la Direction générale des politiques extérieures de l'Unionhttps://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2026/783618/EXPO_STU(2026)783618_EN.pdf
L'intervention militaire algérienne au Niger n'a suscité, à ce jour, ni condamnation ni soutien explicite de la part de la Belgique ou de l'Union européenne. La diplomatie belge privilégie une approche bilatérale de dialogue avec Niamey et Alger. L'Union européenne, de son côté, se trouve limitée dans sa capacité d'action par la dégradation de ses relations avec les autorités nigériennes depuis 2023 et par l'importance de l'Algérie comme partenaire énergétique. Cette configuration illustre plus largement la recomposition en cours des équilibres d'influence au Sahel, où les puissances régionales occupent un espace laissé vacant par le retrait progressif des puissances occidentales.

Le 30 août 2026, quatre chasseurs Sukhoï Su-30 algériens, accompagnés d'un avion de transport et d'un ravitailleur, se sont posés à l'aéroport Diori Hamani de Niamey. Ce déploiement intervenait au lendemain d'une tentative de mutinerie contre le général Abdourahamane Tiani, à la tête du ...

Algérie–Émirats arabes unis : anatomie d'une rupture annoncéeLe 10 septembre 2026, le ministère algérien des Affaires ét...
11/09/2026

Algérie–Émirats arabes unis : anatomie d'une rupture annoncée

Le 10 septembre 2026, le ministère algérien des Affaires étrangères a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, reprochant à Abou Dhabi « la multiplication des agissements provocateurs ou hostiles ». L'ambassadeur émirati, convoqué le jour même, a reçu un délai de quarante-huit heures pour quitter le territoire algérien. Derrière ce communiqué sec se cache une histoire de plus d'un demi-siècle, faite d'entraide pétrolière, de proximités personnelles et, plus récemment, de soupçons d'ingérence.

Une fraternité née du pétrole
Les relations entre Alger et Abou Dhabi remontent au lendemain de l'indépendance des Émirats vis-à-vis de la couronne britannique. Contrairement au Koweït, à Bahreïn et au Qatar, qui ont chacun fait le choix de la souveraineté séparée, six émirats — Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Ajman, Oumm al-Qaïwaïn et Foudjaïrah — décident de fonder un État fédéral unique, proclamé le 2 décembre 1971 sous l'autorité d'Abou Dhabi comme capitale ; un septième, Ras al-Khaïmah, les rejoindra en février 1972.
C'est le cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, chef de la tribu régnante d'Abou Dhabi et premier président de la fédération, qui sollicite alors l'appui de l'Algérie dans le domaine pétrolier. Alger dispose déjà d'une expertise reconnue : indépendante depuis 1962, elle a nationalisé ses hydrocarbures dès le 24 février 1971, sous la présidence de Houari Boumediene, posant les bases de la Sonatrach. Les échanges économiques et diplomatiques entre les deux capitales connaissent alors leur âge d'or.

1978 : le tournant Bouteflika
Tout bascule à la mort de Boumediene, le 27 décembre 1978. Son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, écarté du pouvoir et voyant ses ambitions présidentielles contrariées, s'installe alors à Dubaï, où il tisse une relation étroite avec la famille régnante émiratie, allant jusqu'à devenir, selon plusieurs biographies, conseiller informel du prince de Dubaï. Il y demeurera, par intermittence, jusqu'à son retour sur la scène politique algérienne et son « élection » à la présidence de la République en avril 1999.
Selon des experts, cette parenthèse émiratie aurait scellé, bien avant son accession au pouvoir, des liens d'intérêts que Bouteflika aurait ensuite fait fructifier depuis le palais d'El-Mouradia — au point, affirment-ils, de privilégier les Émirats arabes unis dans des dossiers stratégiques et de favoriser, en retour, un rapprochement d'Alger avec les États-Unis. Des informations, largement reprises dans la presse et les cercles nationalistes algériens.
C'est dans ce contexte qu'à partir de 2001 l'Algérie s'arrime officiellement au Dialogue méditerranéen de l'OTAN, rejoignant les pays du pourtour méditerranéen — Maroc, Tunisie, Mauritanie, Égypte, Jordanie, Israël — associés à l'Alliance atlantique. Pour les mêmes experts, cette orientation aurait ouvert un accès privilégié des intérêts occidentaux, notamment américains, aux immenses réserves du Sahara algérien, avec une présence humaine et logistique croissante sur certains sites d'exploration, une présence qui a nourri, dans l'opinion publique algérienne, un ressentiment durable à l'égard de ce qui est perçu comme une américanisation rampante de zones stratégiques du pays.

L'héritage bouteflikiste et l'emprise économique émiratie
Abdelaziz Bouteflika est mort en 2021, mais une partie de l'appareil administratif qu'il a façonné pendant vingt ans lui aurait, selon beaucoup d’observateurs, survécu. Durant cette période, les Émirats arabes unis ont pris pied dans plusieurs secteurs stratégiques algériens : gestion de ports, investissements dans l'agroalimentaire, la logistique, l'immobilier de luxe, ainsi que dans certains projets culturels et religieux.
Lorsque Abdelmadjid Tebboune est élu à la présidence en décembre 2019, il hérite, selon plusieurs sources proches, d'un paysage économique et politique où l'influence émiratie s'est imposée bien au-delà du strict cadre bilatéral, avec des relais locaux accusés d'agir davantage pour le compte d'intérêts étrangers que pour celui de l'État algérien.

Une rupture mûrie de longue date
La rupture proclamée le 10 septembre 2026 n'est donc pas, selon Alger, un coup de tête. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères évoque « une grande retenue » observée pendant des années, et de multiples mises en garde adressées à Abou Dhabi avant que la décision finale ne soit prise. Dans les mois qui ont précédé l'annonce, le président Tebboune avait lui-même évoqué, sans le nommer explicitement, un « État minuscule du Golfe » accusé de s'ingérer dans les crises du Mali, de la Libye et du Soudan ; fin juillet 2026, il expliquait encore que l'Algérie s'abstenait de rompre pour ne pas aggraver les divisions au sein du monde arabe.
Deux dossiers structurent, de l'aveu même des autorités algériennes, ce désaccord de fond : l'ingérence régionale des Émirats dans la bande sahélienne, et leur normalisation des relations avec Israël dans le cadre des accords d'Abraham — une ligne diplomatique qu'Alger a toujours combattue et à laquelle l'enrichissement pétrolier émirati aurait, selon les autorités algériennes, donné les moyens d'action dans des pays fragilisés par la pauvreté ou les conflits internes, du Sahel au Soudan en passant par certains pays du Maghreb.

Alger et Washington : un partenariat qui ne transige pas sur la Palestine
Il convient de préciser que l'Algérie ne se pose nullement en adversaire des États-Unis, loin s'en faut : l'Algérie considère au contraire les États-Unis comme un pays ami, avec lequel elle entretient des relations diplomatiques et économiques renforcées. Elle ne se pose donc nullement en adversaire de Washington et ne rejette pas, sur le principe, l'idée d'une normalisation avec l'État hébreu. Alger conditionne toutefois cette perspective au respect du cadre fixé par les résolutions de l'ONU : la reconnaissance d'un État palestinien indépendant sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

Une ligne de fracture plus profonde
Au-delà des équilibres diplomatiques du moment, cette rupture ravive une question identitaire plus ancienne : celle du positionnement de l'Algérie entre monde arabe, Méditerranée et Afrique. Ni Rome, ni l'Empire ottoman, ni la France coloniale n'ont réussi à détourner ce pays de ses racines. C'est sur cette terre qu'Augustin d'Hippone a médité sur l'homme, la foi, le doute et le temps. L'Algérie reste d'abord une terre amazighe, qui a fait de l'arabe sa langue officielle sans renier son ancrage méditerranéen et africain — un ancrage que beaucoup, à Alger, jugent aujourd'hui plus éloigné, culturellement et géographiquement, des monarchies arabes du Golfe.

En rompant, le 10 septembre 2026, ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, l'Algérie clôt plus d'un demi-siècle d'une relation ambivalente, tissée dans les années 1970 autour du pétrole puis fragilisée par des soupçons d'ingérence régionale et une divergence de fond sur l...

Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin peut-il vraiment y croire ?Un paysage dominé par le Rassemblement nationalLe...
09/09/2026

Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin peut-il vraiment y croire ?

Un paysage dominé par le Rassemblement national
Les derniers sondages de rentrée dessinent un rapport de force sans ambiguïté. Selon l'agrégation des dernières enquêtes (Ifop, Ipsos, Elabe, OpinionWay, Harris Interactive), le Rassemblement national arrive nettement en tête des intentions de vote au premier tour, autour de 35,6 %. Une étude Ipsos bva-CESI pour Le Parisien confirme que Marine Le Pen conserve une avance très nette dans les intentions de vote, sans être pénalisée par sa situation judiciaire.
Derrière elle, le champ politique reste éclaté. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s'affirme comme la figure la plus solide, avec un score progressant entre 15 % et 17 % selon les hypothèses de candidature. Au centre et à droite, la situation est plus confuse : une éventuelle candidature conjointe d'Édouard Philippe rassurerait 36 % des Français, juste derrière Marine Le Pen, mais la droite et le bloc central envisagent désormais d'organiser une primaire, par crainte d'une élimination dès le premier tour.
C'est dans cet espace encombré — où se pressent déjà Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou encore Raphaël Glucksmann côté social-démocrate — que Dominique de Villepin doit se faire une place.

Des chances électorales aujourd'hui très minces
Sur le plan strictement électoral, les chiffres ne jouent pas en sa faveur. Selon le site Sondages 2027, Dominique de Villepin est crédité en moyenne de 3,0 % des intentions de vote au premier tour, sur une quarantaine de mesures réalisées depuis avril 2025. Un score qui le maintient loin des qualifications pour le second tour et même en retrait de plusieurs figures plus installées dans le paysage partisan.
Ce chiffre reflète une réalité structurelle : sans parti solide derrière lui — son mouvement, France Humaniste, reste une formation légère — sans groupe parlementaire ni relais militant comparables à ceux du RN, de LFI ou même des Républicains, Villepin doit construire une campagne largement sur sa personnalité et son expérience d'État. C'est une stratégie qui avait déjà échoué en 2012, lorsqu'il avait dû renoncer faute de parrainages suffisants.
Son atout reste une notoriété forgée par son passage à Matignon (2005-2007) et, surtout, par son discours à l'ONU en 2003 contre l'intervention en Irak, resté un moment marquant de la diplomatie française. Mais la notoriété ne se traduit pas mécaniquement en intentions de vote, comme le montrent ses scores actuels.

Que changerait une victoire de Villepin ?
L'exercice reste hypothétique, tant l'écart avec les favoris des sondages est important. Mais le profil de Villepin donne des indications sur l'orientation qu'il chercherait à imprimer s'il accédait à l'Élysée.
Sur le plan international, son parcours de ministre des Affaires étrangères et son opposition historique à la guerre en Irak suggèrent une diplomatie plus indépendante vis-à-vis de Washington, dans la tradition gaullienne d'autonomie stratégique française, avec un accent mis sur le multilatéralisme.
Sur le plan social, la « justice sociale » qu'il revendique comme axe de campagne tranche avec les orientations plus libérales portées par une partie de l'ex-majorité macroniste, sans pour autant le rapprocher du programme économique de la gauche radicale. Villepin se positionne plutôt sur une ligne gaulliste sociale, mêlant État stratège et cohésion nationale.
Sur le plan républicain, sa mise en avant de la défense des « principes républicains » s'inscrit dans un contexte où, selon la même enquête Ipsos, les Français expriment un attachement massif à ces principes tout en doutant fortement de leur application concrète dans la société. C'est un terrain que plusieurs candidats, de tous bords, cherchent aujourd'hui à occuper.
Concrètement, une présidence Villepin romprait sans doute moins avec les équilibres institutionnels qu'une victoire du RN ou de LFI, dont les projets impliquent des ruptures plus nettes avec les politiques budgétaires, migratoires ou européennes des dernières années. Villepin incarnerait davantage une ligne de continuité républicaine, avec un infléchissement social et diplomatique, qu'une rupture de système.

Sur la scène internationale, le retour d'une ligne gaullienne
C'est sans doute sur le terrain diplomatique que la marque Villepin serait la plus lisible, tant l'homme a construit sa carrière sur cette scène-là. Ses prises de position répétées ces deux dernières années donnent une idée assez précise de l'orientation qu'il chercherait à imposer à l'Élysée.
Sur l'Ukraine, Villepin ne remet pas en cause le soutien à Kiev face à l'agression russe, mais il pousse depuis plusieurs années pour un cessez-le-feu négocié et dénonce ce qu'il appelle le « deux poids deux mesures » de la diplomatie occidentale, qui traiterait différemment les victimes civiles selon les conflits. Il plaide surtout pour que l'Europe cesse de dépendre des arbitrages américains sur ce dossier et se dote de ses propres capacités de dissuasion et de négociation.
Sur la Palestine, sa ligne est plus tranchée : il a qualifié dès l'été 2025 la situation dans la bande de Gaza de « génocide » et réclamé un cessez-le-feu immédiat, une position qui l'a rapproché d'une partie de la gauche tout en l'éloignant de la ligne prudente longtemps tenue par l'exécutif français. Une présidence Villepin laisserait présager une position française plus critique envers la conduite de la guerre par Israël, et vraisemblablement une reconnaissance accélérée de l'État palestinien.
Sur l'Iran, il s'est opposé frontalement aux frappes américano-israéliennes de 2026, les qualifiant d'« illégales, illégitimes, inefficaces et dangereuses ». Le message est cohérent avec sa doctrine de 2003 : la force ne règle pas les crises de prolifération, seule la voie diplomatique et le cadre onusien peuvent contenir Téhéran durablement.
Sur l'Algérie, il tranche avec le climat de fermeté qui domine actuellement le débat français. Il a mis en garde contre la tentation de faire d'Alger le « bouc émissaire » des difficultés migratoires françaises et plaide pour le dialogue plutôt que pour l'escalade sur les dossiers consulaires et les mesures d'éloignement. Une présidence Villepin chercherait probablement à apaiser une relation bilatérale aujourd'hui très dégradée, quitte à s'exposer aux critiques d'une partie de la droite et du RN.
Vis-à-vis de Bruxelles et de l'Union européenne, enfin, Villepin défend ce qu'il appelle un « sursaut euro-gaulliste » : une Europe puissance, capable de bâtir sa propre base industrielle de défense et de ne plus dépendre du parapluie américain, dans un contexte qu'il juge marqué par un désengagement, voire une hostilité, de l'administration Trump envers le projet européen. Il ne s'agit pas d'un projet fédéraliste classique, mais d'un renforcement de la souveraineté européenne assumé depuis Paris, une ligne qui pourrait heurter les partenaires les plus atlantistes de l'Union, mais qui séduit une partie des chancelleries inquiètes du retrait américain.
Au total, une victoire de Villepin dessinerait une France plus autonome vis-à-vis de Washington, plus critique envers Israël, plus conciliante avec Alger et plus volontariste sur la défense européenne, une rupture de ton et de méthode avec l'ère Macron, sans pour autant renier les alliances occidentales historiques de la France.

Une candidature de témoignage plus que de conquête ?
À ce stade, la candidature de Dominique de Villepin ressemble moins à une course pour l'Élysée qu'à une tentative de peser sur le débat, en particulier sur les thèmes de la justice sociale, de l'indépendance diplomatique et de la défense de l'État de droit — des sujets sur lesquels il s'exprime régulièrement dans les médias depuis plusieurs années. Sauf bouleversement majeur de la campagne, ses chances de figurer au second tour paraissent, en l'état des sondages, très limitées. Mais dans une élection où l'abstention et les recompositions de dernière minute ont, par le passé, déjoué les pronostics, rien n'est scellé à sept mois du scrutin.

Invité de BFM Politique dimanche, Dominique de Villepin a mis fin à des mois d'ambiguïté : « Je veux être candidat », a lancé l'ancien Premier ministre, confirmant son intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Il affirme avoir déjà recueilli « plusieurs centaines ...

France et Japon : deux histoires parallèles de contamination nucléaireLe journaliste de Médiapart Johann Fleuri vient de...
09/09/2026

France et Japon : deux histoires parallèles de contamination nucléaire

Le journaliste de Médiapart Johann Fleuri vient de publier une enquête sur les conséquences, aujourd'hui encore visibles, des radiations émises par la centrale nucléaire de Fukushima sur la population et l'environnement japonais. Son travail met en lumière une décision de justice qui résonne étrangement avec un dossier français resté longtemps enfoui : celui des essais nucléaires menés au Sahara algérien dans les années 1960.

Fukushima : la justice japonaise dédouane l'État
Le tribunal de grande instance d'Osaka a refusé de reconnaître la responsabilité de l'État japonais dans le déplacement forcé des populations vivant à proximité de la centrale. Seul l'opérateur du site, TEPCO, a été condamné à verser 500 000 euros à 221 plaignants.
Il faut se souvenir du contexte : le 11 mars 2011, une vague de 30 mètres provoquée par un tsunami a submergé la côte japonaise. À Fukushima, elle a atteint 15 mètres, noyant le système de refroidissement des réacteurs et provoquant leur fusion. Cet accident est classé au même niveau de gravité que celui de Tchernobyl en 1986.
Sur place, certaines personnes ont reçu des doses radioactives supérieures à 250 millisieverts, alors que les scientifiques estiment que des effets sur la santé apparaissent au-delà de 100 millisieverts. Cent dix mille personnes ont reçu un ordre d'évacuation des autorités japonaises. Quant aux « liquidateurs », les travailleurs chargés de décontaminer le site, le seuil d'exposition toléré par les autorités sanitaires japonaises reste fixé à 100 millisieverts.

Le précédent français : les essais nucléaires au Sahara algérien
Entre 1960 et 1966, la France a mené 17 essais nucléaires, dont quatre en aérien et treize en souterrain, confinés dans des tunnels creusés à 150 mètres sous la montagne. En 2009, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) a procédé à des prélèvements sur des déchets organiques – des crottes de chameaux – ainsi que sur de la roche fondue à la suite de l'essai raté de Béryl, en 1962. Tous les échantillons ont révélé une présence de radioactivité dans le sol.
Les conséquences humaines de cet essai furent immédiates et sévères. Neuf cents militaires et civils durent être décontaminés le jour même ; comme ces mesures s'étaient révélées inefficaces, 775 personnes supplémentaires durent l'être dans les huit jours suivants. Plusieurs dizaines de militaires furent envoyés à l'hôpital militaire Percy, en région parisienne, pour des mois de soins intensifs tenus secrets – certains n'y survécurent pas.
Deux ministres se trouvaient sur place lors de l'essai de Béryl : Pierre Mesmer, alors ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. Tous deux furent contaminés. Mais contrairement aux appelés, aux Touaregs, aux habitants et aux militaires présents sur le site, ils furent exfiltrés immédiatement. Cela n'empêcha pas Palewski de mourir plus t**d d'une leucémie qu'il attribuait lui-même à cette contamination.

Un dossier toujours ouvert sur le plan politique
En octobre 2025, le Rassemblement national a fait voter à l'Assemblée nationale une proposition de résolution non contraignante dénonçant l'accord franco-algérien de 1968. Le texte a été adopté avec le soutien de parlementaires de droite non affiliés au RN – des élus probablement portés par des voix de gauche mobilisées au nom du « front républicain ». Rappelons que le gouvernement, informé en amont de tout projet de résolution, peut en déclarer l'irrecevabilité s'il estime qu'elle engage sa responsabilité ou constitue une injonction à son égard. Il ne l'a pas fait.
Le 29 janvier 2026, l'Assemblée nationale a voté un projet de loi visant à indemniser les victimes des 193 essais nucléaires menés en Polynésie française. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat. L'an dernier, la députée de Polynésie Méréana Reid Arbelot avait résumé l'enjeu du débat : selon elle, c'est le risque encouru, et non un seuil d'exposition, qui devrait fonder le droit à indemnisation, à charge d'établir si la maladie développée est liée ou non à l'exposition aux rayonnements ionisants. Elle avait également jugé peu pertinent le seuil d'exposition actuellement retenu.

En Algérie, une contamination toujours active
En Algérie, le sol reste aujourd'hui contaminé. Les populations locales l'ont été aussi, et le demeurent lorsqu'elles n'ont pas développé de pathologie apparente. Des enfants, dans des conditions de pauvreté, continuent de récupérer du cuivre et d'autres métaux à forte valeur ajoutée sur des sites pourtant interdits d'accès par les autorités algériennes, pour en tirer de modestes revenus.
De nombreux témoignages de survivants de ces essais, filmés il y a une dizaine d'années en français comme en arabe, sont aujourd'hui accessibles en ligne. Malgré cela, l'État français continue de minimiser ou de récuser sa responsabilité dans ce dossier.

Une réparation encore attendue
Trois quarts de siècle après les premiers essais, la question de la reconnaissance et de la réparation reste posée. Les événements de Béryl, comme ceux de Three Mile Island (États-Unis, 1979), de Tchernobyl (Ukraine, 1986), de Fukushima (Japon, 2011) ou de Polynésie française, appartiennent à une même histoire : celle des conséquences durables, sanitaires et environnementales, du nucléaire civil et militaire sur les populations qui y ont été exposées, souvent sans leur consentement.

Le journaliste de Médiapart Johann Fleuri vient de publier une enquête sur les conséquences, aujourd’hui...

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