23/12/2025
"Podium - Le pouvoir du sport", exposition à laquelle nous avons le plaisir de participer, est visible à La Cité Miroir jusqu'au 10 mai 2026.
Quatre thématiques y sont explorées : la performance, le fair-play, le collectif et l'inclusion.
Nous y exposons "What the foot ?!", l'occasion de découvrir comment le football est redéfini, vécu, célébré par des footballeuses des quatre coins du monde.
La scénographie est sublime, signée Charlotte Nicolas.
L'une des pièces qui nous a marquées lors de notre visite est un mannequin portant le judogi de Charline Van Snick, judokate belge d'exception. L'athlète était présente et nous a présenté cette oeuvre :
"Dans le judo, le judogi doit rester immaculé. S'il y a une goutte de sang, on est obligé de la nettoyer. Mon judogi à moi, il est pas immaculé. Il est plein de souffrance, de taches, d'emprise, de violence, d'humiliations physiques et psychologiques que j'ai vécues ou dont j'ai été témoin.
J'ai voulu symboliser tout ça sur ce mannequin pour "qu'elle" puisse le porter à ma place.
Les phrases inscrites sur le kimono ont été dites, par des personnes qui sont encore en poste à la fédération et qui étaient connues par des responsables au niveau du ministère du sport. J'ai parlé très vite en interne, j'ai dit tout ce qui se passait mais c'était l'entraineur avant tout. On m'a répondu "Non mais c'est un bon père de famille".
Le mannequin a un côté robotique qui représente la dissociation, le besoin de prendre distance pour traverser ces violences.
Elle porte ses médailles à bout de bras.
J'aimerais que les gens se rendent compte à quel point le sport de haut niveau est violent, une violence avec laquelle je dois vivre , ce qui est très difficile au quotidien. On utilise des sportifs/sportives pour rayonner mais on va taire tout le reste. C'est "Athlète kleenex. On prend, on jette".
J'avais besoin de déposer ces souffrances mais aussi qu'elles résonnent parce que je ne suis pas un cas unique. C'est aussi pour ça que le mannequin n'a pas de visage. Ce que j'ai vécu, je l'ai vécu dans un système qui existe encore aujourd'hui.
"Mate" est inscrit sur le judogi. En japonais, ça veut dire "stop", c'est un terme utilisé en judo par l'arbitre, une personne extérieure au combat, qui vient l'interrompre.
La violence, ça ne vaut pas la peine de l'endurer pour s'accomplir sur le plan sportif. Il y a d'autres façons de faire et j'aimerais que les fédérations ouvrent ces voies alternatives."
(Charline Van Snick, propos recueillis par L. Derenne)