01/05/2015
À l’occasion de son 20e numéro et de son 10e anniversaire, "Code Magazine" (2005-2015) propose une « rétro-prospective » chez Middlemarch : une exposition conçue comme l’extension en trois dimensions du contenu toujours prospectif de la publication ; une rétrospective d’oeuvres nouvelles, souvent inédites, pour vous conduire du statut d’homo magazinus, en position assise de lecture, à celui d’homo expositus, station debout. Le regard rétrospectif n’est pas dans l’ADN de “Code Magazine”. Depuis sa création à Bruxelles en 2005 et sa reprise à Paris en 2010, il est un magazine soucieux des nouvelles générations et expressions, le regard porté vers l’avant. Pourtant, la parution du dernier numéro parisien offre, le temps d’un printemps, l’opportunité de regarder dans le rétroviseur et de se demander comment nos choix, notre ligne éditoriale et nos invités s’inscrivent dans le paysage artistique – s’ils en constituent un horizon familier ou des curiosités atypiques.
Si le musée imaginaire des artistes publiés s’inaugurait demain, le visiteur découvrirait les sections suivantes, satisfaisant à la muséographie moderne. « Belle peinture & Expérimentations picturales » où trôneraient le néo-concretisme de Roxane Borujerdi, la fausse naïveté de Ruth Van Haren Noman, les expériences matiéristes de Matthieu Blanchard et de Céline Vaché-Olivieri. « Réflexions sur le médium » regrouperait les photographies en volume de Constance Nouvel, les cadrages décadrés de Valentin Bouré, les signes entoilés de Camila Oliveira Fairclough, les occurrences multimédia de Xavier Antin et les "Constellations"
mi-réelle mi-digitale de Pierre Paulin. « Pratiques archaïques et ethno-isme », une importante section à coup sûr, compterait les totems païens de Ferruel & Guédon, le graphisme héraldique d’Eric Giraudet de Boudemange, le mimétisme animalier de Louise Deltrieux, les saucisses ornées de Cécile Noguès, les assemblages chatonnesques de Laurent Le Deunff, la tapisserie augmentée d’Appriou & Kaës, le réalisme magique de Rometti & Costales. « Images & Idées trouvées » serait un cabinet confrontant les fantômes quotidiens de Guillaume Constantin, le regard acéré de Gaëlle Cintré, les expérimentations sci-fi de Florian Sumi. « La vie mode d’emploi », enfin, regrouperait les auscultations vidéos de Pauline Curnier-Jardin et Eléonore Saintagnan & Grégoire Motte, dans le réel et dans l’ailleurs.
Au fronton de ce musée, inscririons-nous : « Aux narrateurs l’art reconnaissant » ? Puisque ce qui réunit nombre de ces artistes est l’envie de raconter des histoires alternatives, dont les échafaudages minutieux font croire à la parfaite vraisemblance. Leurs histoires s’écartent des récits officiels, communément admis, fouillent la matière et les manières pour s’autoriser de tout et de tous, des hiérarchies et des quotidiens.
À l’image de la r***e, l’exposition suit des choix intuitifs, sans distinction de médiums, d’esthétiques ou d’hésitations – non que la pensée soit absente mais elle succombe face à l’intelligence du coeur. Elle est une assemblée d’affections et de pratiques, une réunion d’artistes que nous avons suivi et qui nous ont accompagné en retour. Plutôt à côté des artistes qu’au-dessus d’eux ou à travers eux, Code Magazine n’a jamais eu la tentation de les enfermer dans des catégories, ni de former des néologismes successifs – bref de devenir un « instrument de pouvoir ». Nous avons laissé au lecteur la liberté de cheminer parmi ses inclinations et d’exercer son propre goût. De fait, cette exposition ressemble, en modèle réduit, à la r***e et présente in fine une miscellanée de la plus récente génération artistique.
Laetitia Chauvin & Clément Dirié