19/11/2024
Interview exclusive de Femke Hermans : Une championne belge en quête de reconnaissance
Bonjour Femke, pouvez-vous revenir sur vos débuts en boxe ? Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce sport ?
En fait, j’étais footballeuse à la base. Je voulais travailler ma condition physique, et je me disais que, parmi les sports où la condition compte beaucoup, la boxe est vraiment au sommet. J’ai commencé à m’entraîner, et après quelques séances, c’était comme un microbe : tu commences et tu ne sais plus t’arrêter.
Quels ont été les moments les plus marquants de votre carrière jusqu’à présent ?
Pour moi, plusieurs moments se distinguent. J’ai eu une petite période en boxe amateur, seulement deux ans, mais c’était marquant. J’ai fait presque la moitié de mes combats en France, notamment avec le Ladies Boxing Tours, qui étaient des galas 100 % féminins. C’était une expérience incroyable.
Et puis, bien sûr, je suis fière d’avoir remporté plusieurs titres mondiaux. Le fait d’être allée les chercher à l’extérieur, de pouvoir dire que j’ai déjà affronté et combattu les meilleures du monde jusqu’à présent, est quelque chose d’énorme pour moi.
Comment comparez-vous l’accueil de la boxe en Belgique avec celui que vous recevez à l’étranger ?
C’est très différent. En Belgique, les gens qui connaissent bien la boxe me reconnaissent, mais à l’étranger, c’est une autre histoire. Après des combats à l’international, tu te rends compte que tu es bien plus reconnue à l’extérieur qu’à domicile. C’est décevant de ne pas avoir cette reconnaissance en Belgique alors que je suis double championne du monde.
Quels sont les défis que vous avez rencontrés en tant que boxeuse belge sur la scène internationale ?
L’un des plus gros défis est que, venant de Belgique, on est souvent perçu comme des “petits joueurs”. Ils savent qu’on vient d’un pays où la boxe n’a pas beaucoup de moyens financiers, et ils en profitent. On n’est pas toujours traités à notre juste valeur. Mais personnellement, j’aime boxer à l’extérieur, malgré les difficultés.
Votre prochain combat aura lieu à Atlanta. Comment vous êtes-vous préparée pour cette confrontation ?
Honnêtement, c’est l’une des meilleures préparations que j’ai jamais eues. Je travaille avec mon entraîneur, Junior Paulet, en one-to-one, et mes entraînements physiques ont été parfaitement équilibrés. Mentalement et physiquement, je me sens au top.
Quels sont vos objectifs à court et à long terme dans votre carrière ?
À court terme, mon objectif principal est de défendre mes deux titres et de les garder. Ensuite, à long terme, j’aimerais unifier les titres, car ils sont encore divisés entre plusieurs fédérations.
Envisagez-vous de représenter la Belgique aux Jeux olympiques ou préférez-vous vous concentrer sur votre carrière professionnelle ?
Les Jeux olympiques ne m’intéressent pas du tout. Mon poids n’est pas représenté dans les catégories olympiques, et je devrais soit monter à 75 kg, soit descendre, ce qui ne me convient pas. Je me sens très bien dans ma catégorie actuelle, et je préfère nettement rester dans le circuit professionnel.
La boxe professionnelle en Belgique ne permet pas toujours de vivre de son sport. Comment parvenez-vous à concilier votre vie professionnelle et votre carrière sportive ?
J’ai toujours jonglé entre travail et boxe, donc c’est une routine pour moi. Cela demande des sacrifices, surtout dans ma vie privée. Par exemple, je suis de nouveau seule, car cette discipline demande énormément de temps. Je travaille à temps plein comme superviseure dans la logistique, ce qui me permet de maintenir un équilibre financier et de me concentrer sur mes préparations pour les combats.
Avez-vous bénéficié de soutiens institutionnels ou publics dans votre carrière ?
Non, jamais. Toute mon aide est venue de sponsors privés, qui m’accompagnent depuis le début. Je suis reconnaissante pour leur fidélité, mais il n’y a aucune reconnaissance des institutions belges, ni au niveau régional, ni national.
Quels sont vos projets pour promouvoir la boxe auprès des jeunes en Belgique ?
J’investis beaucoup dans la promotion de la boxe féminine, car il y a encore beaucoup de travail à faire. Les grands noms comme Delfine Persoon, Oshin Derieuw ou moi-même ont ouvert des portes, mais il n’y a pas beaucoup de relève. On doit continuer à mettre en place des structures pour que les jeunes talents aient plus d’opportunités.
Quels sacrifices avez-vous dû faire pour atteindre ce niveau ?
Beaucoup de sacrifices, surtout dans ma vie privée. Je m’entraîne six jours sur sept, en plus de mon travail. Cela demande énormément de temps et d’énergie, et ce n’est pas toujours compatible avec une vie personnelle stable.
Quelles valeurs tirez-vous de la boxe, et comment les appliquez-vous dans votre quotidien ?
La boxe, c’est avant tout le respect. Même si tu veux “arracher la tête” de ton adversaire sur le ring, il y a toujours un respect profond entre boxeurs. C’est aussi un sport qui m’a inculqué une discipline inébranlable, qui est essentielle pour atteindre ses objectifs.
Que diriez-vous aux jeunes filles belges qui rêvent de devenir championnes comme vous ?
Travaillez dur. Je dis toujours que le travail peut battre le talent. Si vous êtes déterminées et prêtes à vous investir, tout est possible. Alors, croyez en vos rêves et ne lâchez rien.