Mille médias de mille sabords Express

Mille médias de mille sabords Express Observation et analyse des médias par Frédéric Antoine, professeur émérite UCLouvain et prof émérite invité UNamur. Analyse et socio-économie des médias.

Past-président du GRER, le Groupe de Recherche et d'Etude sur la Radio.

C’était il y a 42 ans. La RTB(f) changeait pour la première fois de patron, Monsieur Wang conservant néanmoins un bureau...
27/08/2026

C’était il y a 42 ans. La RTB(f) changeait pour la première fois de patron, Monsieur Wang conservant néanmoins un bureau à l’étage de la direction de la « casa Kafka », comme la surnommait alors notamment un célèbre journaliste de La Libre qui ne portait pas trop l’institution dans son cœur…

42 ans plus t**d, même tempo mais pas même partition…

C’était il y a trente ans jour pour jour. Et ces pages restent saisissantes. Elles montrent aussi, par leurs titres et l...
22/08/2026

C’était il y a trente ans jour pour jour. Et ces pages restent saisissantes. Elles montrent aussi, par leurs titres et leur mise en scène, la manière dont la presse populaire belge racontait alors un événement qui allait profondément marquer le pays.
Libération de Laetitia Delhez et Sabine Dardenne, découverte de la mort de Julie Lejeune et Mélissa Russo, émotion collective, indignation, interrogations sur l’enquête : en une semaine, le vocabulaire et les images changent brutalement.Au-delà du document historique, ces unes constituent aussi un témoignage des pratiques journalistiques de l’époque : titres spectaculaires, photographies occupant parfois presque toute la page, vocabulaire extrêmement émotionnel et succession d’éditions spéciales.
Trente ans plus t**d, à l’ère du règne des réseaux sociaux, si pareil drame resurgissait, comment réagiraient ces médias?

RTBF. Trois candidats pour un poste d’administrateur général : est-ce bien légal ?Le Conseil d’administration de la RTBF...
19/07/2026

RTBF. Trois candidats pour un poste d’administrateur général : est-ce bien légal ?

Le Conseil d’administration de la RTBF a adressé au gouvernement de la FWB une liste de trois candidat(e)s pour diriger l’opérateur public. Trois noms, est-ce normal ? Oui et non. Petit regard sur des procédures où le poids du politique n’a jamais disparu.

Dans les faits, la situation actuelle est une « première » : depuis le décret du 19 décembre 2002, entré en vigueur le 28 décembre 2002, qui a ajouté un § 2bis dans l'article 17 du décret du 14 juillet 1997, « le conseil d'administration présélectionne au maximum trois candidats, dans un délai d'un mois ». Ensuite, « le Gouvernement soumet à l'audition du Collège d'autorisation et de contrôle du Conseil supérieur de l'audiovisuel le(s) candidat(s) présélectionné(s) » et « (…) Le Collège remet un avis au Gouvernement dans le mois de sa saisine. »

PONCE PILATE

Cela, c’est pour le respect du texte. Il y a quelques jours, 3 noms ont été soumis par le CA de la RTBF. Or, toujours en fidélité avec le texte, le CA de la RTBF aurait très bien pu ne proposer que 1ou 2 noms, et pas 3. L’option à 3 est celle qui laisse in fine le plus grand rôle au politique, qui va devoir lui-même arbitrer entre les candidatures, c’est-à-dire retenir celles qui sont, comme le dit la presse, « Engagés compatibles », mais surtout « MR compatibles » (sinon « GLB compatibles »), puis ensuite trancher s’il reste plusieurs profils acceptables pour les deux partis.

Cela confirme le côté touchy de chez touchy de l’affaire et l’importance politique de la nomination de l’administrateur général de la RTBF. Cela confirme aussi que, lorsqu’il s’agit de trancher, la présidence du CA de la RTBF est un tigre de papier. Car, en l’occurrence, le conseil d’administration a un peu joué au Ponce Pilate, en renvoyant à d’autres une patate trop chaude pour qu’il puisse s’engager davantage.

Cette procédure, qui permettra de tenir des discours angéliques selon lesquels la politique n’aurait rien à voir dans l’audiovisuel public, est bien une « première ». Car, lorsqu’est entré en fonction l’administrateur général actuel de la RTBF, l’article du décret de 1997 sur la nomination du patron de l’opérateur public n’avait pas encore été modifié. Et dans ce décret-là, il était simplement mentionné : « l’administrateur général est désigné par le gouvernement. » (cf.infra)

SUI GENERIS

La première nomination de Jean-Paul Philippot date du 31 janvier 2002, alors que le décret n’a été voté et n’est entré en application qu’à la fin de la même année. Comme, au terme de chacun de ses mandats, l’administrateur général a été renouvelé à son poste, sans nouvelle sélection ouverte, les dernières conditions décrétales n’avaient pas encore pu être appliqués.
Toutefois, lors de la démission (un peu forcée) du prédécesseur de Jean-Pilippot, cette modification du décret était déjà dans les tuyaux. Le gouvernement de l’époque avait dès lors adopté une procédure transitoire sui generis, inspirée par ce prévoira le décret final de 2002, mais pas tout à fait. Il y eut bien alors un appel à candidatures, le dépôt de projets de gestion, une évaluation des candidatures, puis une décision du gouvernement le 31 janvier 2002. Le Soir écrivait ainsi, le 10/01/2002 : « Ce matin, le gouvernement fixait celle-ci, assez proche du projet de modification du décret portant statut de la RTBF adopté en décembre dernier et décrivant en son article 6 la nouvelle procédure, avec appel à candidats, examen des candidatures par collège d'experts, audition des prétendants puis présentation par l'heureux élu, après désignation, de son projet de gestion au conseil de la Communauté française... » En pratique, il y eut alors désignation d'un collège de cinq « experts » de tendances politiques déclarées (2 PS, 2PRL et 1 Ecolo) qui ont entendu, toujours selon Le Soir, « les trois des prétendants sur leur projet global et leurs prétentions personnelles », puis ont ensuite rendu leurs conclusions « (rapport qualité/prix) au gouvernement qui nommerait finalement le nouveau patron de la RTBF. Une procédure qui respecterait l'esprit du projet de décret de décembre. » Les entretiens préalables avec les candidats étaient, toujours selon Le Soir, menés par Élio di Rupo, qui n’était pas le ministre-président de la Communauté française, mais président du PS. Le ministre-président était Hervé Hasquin, et c’était lui qui avait poussé Druitte vers la sortie.
Toujours selon Le Soir trois noms, à coloration PS, circulaient alors : « Le favori, Daniel Weekers (patron de Déficom et ex-boss de Canal + Belgique), Pierre-Dominique Schmidt, directeur exécutif à l'OCDE alors qu'un autre nom refaisait surface, celui de Jean-Paul Philippot, patron de Iris (l'interhospitalière bruxelloise). » Résultat des courses : ce sont parfois les noms qui « refont surface » qui finissent par l’emporter. Mais comparaison n’est pas raison.

AU COMMENCEMENT

Au commencement, selon l’article 17§1 du décret qui a créé la RTBF lors de la mise en place des Communautés culturelles en Belgique en 1976, la nomination de l’administrateur général « est faite par le Roi, sur avis motivé du conseil d’administration qui propose au moins les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix au cours d’un même scrutin ». Le conseil d’administration est donc alors investi un rôle central. C’est ainsi que sera choisi Robert Stéphane, que tout le monde savait tout de même être le « dauphin » de Robert Wangermée, en place depuis 1960. Il n’avait fallu trois candidats que pour la forme.
Le fait que la procédure fixée par décret soit une « parodie » derrière laquelle se dessinait en réalité le tout pouvoir laissé au principal parti de la coalition dirigeant la Communauté française éclatera lors de la nomination de Jean-Louis Stalport. Le Soir titrait ainsi le 23/11/1993 : « Le futur administrateur général est connu... : le er janvier, Stalport succèdera à Stephane. Di Rupo, maitre de parodie. » En effet, le choix du successeur avait déjà été fait par Élio Di Rupo avant que conseil d’administration de la RTBF ne définisse le profil de la fonction, et lance l’appel public aux candidatures « Pour le 1er décembre, écrit Le Soir, les candidats devront adresser un dossier motivé, accompagné d'un curriculum vitae au président du conseil d'administration. Les candidatures seront examinées lors du prochain conseil d'administration, le 6 décembre, et une liste de trois noms sera alors présentée au ministre Di Rupo. Celui-ci, avec les autres membres de l'exécutif, nommera la personnalité qui prendra ses fonctions au 1er janvier. Mais puisque le PS - à qui revient le poste d'administrateur général - a d'ores et déjà choisi son candidat, les dés sont singulièrement pipés... »

BAS LES MASQUES

Lorsque Jean-Louis Stalport décédera inopinément au retour d’un voyage au Congo, en mai 1977, c’est toujours cette procédure qui est de mise. La mascarade est de retour, et cette fois c’est Philippe Busquin qui est aux commandes. Christian Druitte sera désigné en un temps record. Personne n’est toutefois dupe de la procédure.
D’autant que, au même moment, un nouveau décret était dans les tuyaux, qui mettait terme à cette mascarade de sélection par le conseil d’administration alors que tout était prédécidé par les politiques. Voté en juillet 1997, c’est-à-dire après la désignation du successeur de J.-L. Stalport, on y lit à l’article 17§2 à propos de la procédure de désignation de l’administrateur général une simple phrase :« L'administrateur général est désigné par le Gouvernement. » Point. Là, plus besoin de recourir pour la forme à des administrateurs, élus par le Parlement de la Communauté française et représentant donc des partis : le politique dit lui-même qui décide directement, à l’échelon des partis formant le gouvernement de la Communauté.
Lorsque Druitte sera poussé à démissionner, la situation sera identique : on aurait dû appliquer la procédure discrétionnaire du décret de 1997, mais, comme un nouveau décret, avec une procédure apparemment plus « rigoureuse » était presque voté, le gouvernement n’avait pas osé rejouer une dernière fois le « coup du maître ». Quoique la candidature de Jean-Paul Philippot était clairement celle du parti dominant dans la majorité communautaire.
Voilà pourquoi, depuis 1960, tous les administrateurs généraux de la RTBF ont porté une étiquette « socialiste ». Comme nous l’écrivions il y aura bientôt deux ans, il y a plus que de fortes chances que cela ne soit pas le cas cette fois-ci. La procédure aura été respectée à la lettre jusqu’au bout, comme ne cessent de l’affirmer tant les responsables politiques que ceux de la RTBF. Mais, en communiquant une liste de 3 candidats et pas de 2 ou de 1, le conseil d’administration de l’opérateur public a une nouvelle fois laissé le choix final aux politiques, c’est-à-dire à la majorité MR-Engagés.
Frédéric Antoine.
(pour ceux qui en douteraient encore, illustration conçue avec recours à l’IA)

Aide à la presse : financer un monopole privé, c'est normal ?Depuis l’autorisation donnée par l’Autorité Belge de la Con...
13/07/2026

Aide à la presse : financer un monopole privé, c'est normal ?
Depuis l’autorisation donnée par l’Autorité Belge de la Concurrence, l’absorption du pôle presse de IPM par Rossel va devenir effective. Mais quid de l’aide publique à la presse, qui ne sera presque plus versée qu’à une seule entreprise ?

L’arrivée des titres de IPM chez Rossel va faire augmenter de plus de 100% la subvention publique accordée au groupe de la rue Royale. En 2024, les deux groupes avaient ensemble reçu 11.836.050,00 € d’aide directe, Rossel ne bénéficiant que de 46% du montant (1). On peut estimer que ce total avoisine les 13 millions € pour 2025. Lorsque l’absorption sera effective, en retirant la situation spéciale de Mediafin (L’Écho-De Tijd), propriété à la fois de Rossel et de Roularta, 95% de la somme tombera dans l’escarcelle de Rossel.

Certes, qu’est-ce que 13 millions d’euros pour les finances d’un géant de la presse ? Peu de chose, assurément, et les éditeurs s’en sont souvent assez plaints : cet apport de financement public ne représente qu’une part infime de leurs dépenses. Mais, treize millions d’euros, c’est tout de même supérieur aux 10,5 millions € alloués l’an passé au financement de fonctionnement des douze télévision de proximité de la FWB, somme tellement critiquée à l’heure actuelle.

PLUSIEURS ÉDITEURS, PLUSIEURS TITRES

Alors, est-ce le rôle de l’aide publique directe à la presse que de soutenir un marché aux mains d’un seul opérateur ? L’évidence serait d’affirmer que non. Pour le bon sens, il semble évident que l’aide à la presse a été créée pour garantir la diversité de l’offre de « la presse ». Et donc aussi, subsidiairement, des éditeurs ? Là est tout le débat : une offre variée impose-t-elle une variété d’opérateurs ?

Historiquement, on ne peut apporter qu’une réponse affirmative. À l’origine, chaque titre de presse était propriété d’un éditeur, qui possédait aussi l’outil qui permettait à « la presse » de voir le jour : une presse (ou une imprimerie).

Évidemment, au fil de l’industrialisation du secteur, les logiques de base de l’économie capitaliste vont opérer là comme ailleurs : un même éditeur va se mettre à publier plusieurs titres différents, pour conquérir le plus de « parts de marché », accroître son chiffre d’affaires et maximiser sa rentabilité. Car se sont bien les titres qui se vendent et garantissent la diversité.

Les études du CRISP sur l’historique de l’aide à la presse en Belgique vont en ce sens, estimant qu’elle est supposée être un instrument de soutien au pluralisme de la presse et à la diversité de l'information. C’est en tout cas dans ce cadre que, avant que naisse la Belgique fédérale, la loi du 27 décembre 1974 crée en Belgique cette aide afin de « maintenir la diversité dans la presse quotidienne d’opinion ». Il s’agit bien de permettre au lecteur d’avoir accès à des titres différents. On ne parle pas d’un soutien à des éditeurs, ceux-ci étant des entreprises privées alors que les biens qu’ils éditent sont des « biens culturels ».

QUELQUES ÉDITEURS, PLUS DE TITRES

L’Histoire confirmera que « l’aide à la presse » n’a jamais empêché ni la baisse du nombre de titres ni de celle du nombre d’opérateurs (2). À l’heure actuelle, cette aide fonctionne en vertu d’un décret de 2004. Lors des débats parlementaires précédant le vote de ce décret, ses auteurs rappelleront que l'aide à la presse vise à préserver « une presse quotidienne pluraliste et de qualité », l'idée étant que la presse constitue un pilier de la démocratie et que la puissance publique peut intervenir pour maintenir une diversité de l'information.

Comme le rappelle le Centre de l’aide à la presse de la FWB (3), l’aide directe est aujourd’hui accordée en fonction de cinq critères. Il est intéressant de noter que l’un d’eux constitue 40% des crédits totaux attribués à la presse écrite et concerne le fait d’ « assurer la plus grande diversité au sein de la presse quotidienne, en modulant l’aide par rapport aux résultats économiques de chaque titre suivant un mode de calcul qui privilégie les titres ou groupes de titres les moins rentables. »

TROIS ÉDITEURS, AU MOINS

La question est donc de savoir si une entreprise monopolistique constitue le meilleur moyen d’ assurer « la plus grande diversité » de titres. Depuis la fin des éditeurs de presse quotidienne d’opinion (sociale, communiste ou social-chrétienne) en Belgique francophone, le marché s’est réorganisé sous la houlette de trois opérateurs. Certes, il y a eu un temps où le marché s’était brièvement organisé selon deux pôles, l’un piloté par Rossel et l’autre par… L’Avenir. Mais cette situation n’a pas fait long feu. Redoutant les monopoles et les duopoles, tous les acteurs (politiciens compris) se sont longtemps efforcés de maintenir un marché à trois acteurs : Rossel, IPM et L’Avenir, dont la situation de stand-alone a fini par ne plus être tenable. C’est pourquoi son propriétaire d’alors, l’évêque de Namur, choisit de se défaire du titre pour le céder à la « bonne presse » catholique flamande, c’est-à-dire au groupe Corelio, devenue depuis Mediahuis, qui n’a pas réalisé cette acquisition de gaité de cœur. Raison pour laquelle, quelques années plus, la bonne presse flamande remettra le groupe en vente. À l’époque, il était impensable qu’il ne reste que 2 opérateurs de presse en Belgique francophone. C’est pourquoi ce sont les politiques qui ont imposé le rachat du groupe L’Avenir à l’intercommunale liégeoise Tecteo, spécialisée dans… l’électricité et la télédistribution. Elle deviendra ensuite Publifin, le groupe L’Avenir étant placé dans sa filiale Nethys.

On l’oublie souvent mais, à l’époque, le choix d’un opérateur public pour posséder L’Avenir avait bien comme but d’assurer la pluralité « de la presse ». Non des « titres de presse » mais des « entreprises de presse ». Le scandale Publifin amènera les politiques d’alors à se révolter de voir des titres de presse entre les mains d’un acteur public. Ils auraient peut-être dû y réfléchir à deux fois. Car seul IPM pouvait se porter candidat au rachat de L’Avenir. Comme ce groupe-là n’était pas en bonne forme, le journal namurois et ses compléments ont vite fini par peser sur IPM… et à l’obliger à venir frapper à la porte de Rossel pour qu’il rachète tous ses avoirs « presse ».

UN ÉDITEUR…

Alors, le pluralisme de l’information, est-ce seulement un pluralisme ± réel ou de façade avec des titres différents subsistant au sein d’une même enseigne, mais n’est-ce pas (aussi ?) un pluralisme des opérateurs ?

Rossel s’est engagé pour 7 ans à maintenir le pluralisme des titres actuels et, si l’envie lui venait de vouloir se séparer d’un d’entre eux (L’avenir, probablement), de justifier l’affaire auprès de l’Autorité Belge de la Concurrence. Les collaborations entre les titres seront aussi conditionnelles et contrôlées.

Selon le décret actuel, 60% de l’aide à « la presse » ne concerne ni la pluralité ni la diversité des titres, mais : l’aide à la création de nouveaux titres (on croit rêver) ; l’aide à l'emploi de journalistes professionnels (plus que utile !!!) ; l’aide au développement de la presse numérique (qui n’en finit pas de ne pas réussir l’essai) et l’aide « visant à compenser certaines charges d'exploitation des entreprises de presse ».

Alors que Rossel sera demain l’acteur de tout le marché (sauf, en partie, pour L’Écho), cette aide directe est-elle encore vraiment pertinente et utile dans son entièreté ?

Dans sa déclaration de politique communautaire, la majorité MR-Engagés écrit : « Concernant l’aide à la presse, le gouvernement veillera à adapter celle-ci à l’évolution du paysage médiatique avec pour objectifs le maintien d’une offre d’information pluraliste de qualité, et parallèlement l’amélioration des conditions de travail des journalistes […] ».

Où en est-on deux ans plus t**d ?

Frédéric ANTOINE.

(1) Lecrit, N., Libert, M., Le Cam, F. et Bersipont, R. (2025), Évolution des médias belges d’information 2011-2025. Perspective socio-économique, Bruxelles, LaPIJ, 207p. (Ce rapport actualise les données de l’étude de F. Antoine et F. Heynderickx, État des lieux des médias en Belgique francophone, Parlement de la FWB, 2011).

(2) Gassée, M. (2005). L'aide directe à la presse en Communauté française (1973-2005) Courrier hebdomadaire du CRISP, 1873(8), 1-47. https://doi.org/10.3917/cris.1873.0005.

(3) https://audiovisuel.cfwb.be/aides/aide-medias/aide-presse-ecrite/

La RTBF annonçait samedi que "plus de 1.300.000 Belges" avaient suivi le match Belgique-Espagne sur ses plateformes (tou...
13/07/2026

La RTBF annonçait samedi que "plus de 1.300.000 Belges" avaient suivi le match Belgique-Espagne sur ses plateformes (tous supports confondus). Sans compter les "centaines de milliers" présents devant les écrans géants. Une estimation tellement "hénaurme" que, au JT de 19h30, même Sacha Daout a tenu à l'exprimer de manière prudente.
Selon le CIM, 1.067.605 aficionados ont suivi le match à la télé. Ce n'est pas mal mais moins que le dramatique Belgique-Iran et à peu près autant que le tout aussi décevant Belgique-Égypte.
Des bonnes audiences, certes, mais qui ne classent pas les matches des Diables lors de cette Coupe du monde parmi leurs meilleurs scores Tv de ces dernières éditions. Les Coupes 2014 et 2018 resteront sans doute à jamais les meilleurs résultats Tv des Diables. Évidemment, on était sans doute alors moins sur Auvio et RTBF (actus). Mais on voit bien que cela n'explique pas tout. Par exemple, avec une estimation donnant 1.300.000 personnes tous supports confondus pour le dernier match des Diables à cette Coupe, on est toujours loin des audiences "tv only" de nombre de leurs matches des éditions 2014 et 2018. Les Diables avaient alors plus de soutiens. Tout simplement…

La RTBF annonce dans un communiqué que 927.199  insomniaques ont suivi le match Belgique-USA sur toutes ses plateformes,...
08/07/2026

La RTBF annonce dans un communiqué que 927.199 insomniaques ont suivi le match Belgique-USA sur toutes ses plateformes, dont notamment 206.952 sur Auvio et RTBF Info. Elle y ajoute les 85.318 qui ont suivi la rediffusion du match sur Tipik le 7/7 à 15h pour atteindre un total de 1.012.517 aficionados .
Selon les chiffres CIM, l'audience moyenne ("tous écrans") de ce match historique, (donnée communiquée ce 8/7) a été de 645.428‏ spectateurs.
Quoi qu'il en soit, ce match est l'émission de Tv qui a recueilli chez nous, au plein milieu de la nuit, la meilleure de toutes les audiences Tv du 7 juillet, devant le match Argentine-Egypte (Tipik, 406.257), le JT de 19h30 (La Une RTBF, 354.270‏), et l'après match match Argentine-Egypte (Tipik, 347.386‏) . Le JT du soir de RTL, qui domine d'ordinaire le Top 20, ne vient qu'en cinquième position (330.000). Preuve que posséder les droits sportifs de pareil événement, cela peut casser la loi des audiences.
En «audience Tv only» (hors apport des spectateurs sur les plateformes digitales), cela ne place pas ce fameux match de nuit parmi les meilleurs scores des Diables depuis 2010. Mais, en 2026, il fait mieux que le Nouvelle Zélande-Belgique, qui exigeait, lui, de se lever à 5h du matin… (source: .cim.be/fr)

05/07/2026
Le monopole pour sauver la concurrence ?D’ordinaire, les situations de monopole, l’économie de marché n’aime pas trop. L...
05/07/2026

Le monopole pour sauver la concurrence ?

D’ordinaire, les situations de monopole, l’économie de marché n’aime pas trop. Le monopole, c’est même l’opposé du libéralisme. Et pourtant, c’est au nom du sauvetage de la diversité que l’Autorité belge de la concurrence (ABC) vient d’autoriser le rachat du pôle presse d’IPM par Rossel, créant de facto une situation de monopole.
De manière générale, la règle d’or de l’économie de marché est la concurrence. En 1748 déjà, Montesquieu écrivait que « c’est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises, et qui établit les vrais rapports entre elles » (1). Et, pour que cela fonctionne, il faut un grand nombre d’acteurs, comme le rappelait en 1967 l’Autrichien Friedrich August von Hayek, principal théoricien et défenseur du libéralisme économique moderne : « Ce que l'on appelle concurrence économique n'est en réalité qu'une lutte pour la liberté de choix, une lutte dans laquelle la multiplicité des acteurs garantit qu'aucun d'eux ne disposera du pouvoir exclusif de décider à quelles conditions un autre pourra vivre ou travailler. » (2).
HARO SUR LE MONOPOLE
On peut être d’accord ou contester ce principe mais, dans nos sociétés occidentales, la « multiplicité des acteurs » est une des bases du système économique libéral. Et celui-ci honnit logiquement tout monopole. En 1776, Adam Smith pensait déjà que « le monopole est un grand ennemi de la bonne gestion, laquelle ne peut s’établir d'une manière générale que par suite de cette concurrence libre et universelle qui force chacun à avoir recours à une bonne gestion pour la défense de ses propres intérêts ». (3). Libéral radical français, Frédéric Bastiat proclamait en 1850 : « La liberté, c’est la concurrence. Le privilège, c’est le monopole. Là où est le monopole, la société souffre ; là où est la concurrence, elle progresse. Le monopole tend fatalement à l'immobilité, la concurrence pousse nécessairement vers le progrès. » (4) Quant à Milton Friedman, pape de l’économie libérale contemporaine, il écrivait en 1962 : « Le monopole privé est un fléau pour le fonctionnement d'une économie libre, mais il est presque toujours temporaire car il est constamment miné par le progrès technique et la concurrence. » (5)
Classiquement, le système économique libéral admet une situation de monopole dans des cas bien précis, et en particulier celui des « monopoles naturels » où avoir un seul producteur peut coûter moins cher que plusieurs. John Stuart Mill, en 1848 (6), évoquait notamment les routes, les canaux, les chemins de fer, ainsi que la distribution d’eau ou de gaz : des cas où une concurrence parallèle peut être matériellement absurde. On sait que, depuis lors, la plupart des « monopoles naturels » ont été remis en cause, et on a assisté à une « libéralisation » de nombreux secteurs où il était appliqué.
Plus récemment, William Baumol définissait le monopole naturel par la condition de coût : « une seule entreprise peut fournir l’ensemble de la demande à un coût inférieur à celui de plusieurs entreprises. » (7)
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
Les principes de l’économie de marché s’appliquent-ils à la presse ? En 1859, John Stuart Mill écrivait déjà que, « si toute l'humanité moins un n'avait qu'une seule opinion et qu'une seule personne eût une opinion contraire, l'humanité n'aurait pas plus le droit de faire taire cette personne que celle-ci n'aurait le droit de faire taire l'humanité [...]. Étouffer une expression, c'est voler l'espèce humaine ». (8) « Notre liberté de choix n'est possible que parce qu'il existe une multiplicité d'acteurs économiques. Si les moyens de production d'un journal — de la papeterie à l'imprimerie — tombent sous le contrôle d'un monopole, celui-ci contrôle ce qui peut être imprimé. Celui qui contrôle toute l’activité économique contrôle les moyens de toutes nos fins » précisait à la fin de la Seconde Guerre mondiale Friedrich Hayek (9). En écho, Milton Friedman rappellera de manière ferme trente ans plus t**d : « La liberté de la presse est illusoire si un seul acteur détient toutes les imprimeries et tout le papier. Le marché libre, en assurant la séparation du pouvoir économique et du pouvoir politique, préserve les citoyens du monopole des moyens d’expression. » (10)
CHERCHER L’ERREUR
L’Autorité belge de la concurrence affirme dans sa présentation sur son site internet que « l’interdiction d’abus de position dominante est une composante essentielle de la politique de concurrence et son application effective permet un meilleur fonctionnement des marchés, au bénéfice des entreprises et des consommateurs » (11) et que « certaines fusions peuvent nuire au fonctionnement du marché, notamment en créant ou en renforçant un acteur dominant. Dans pareil cas, ces fusions pourraient entraîner des prix plus élevés, une réduction du choix ou encore de l'innovation ». (12)

Mais, saisie à propos du rachat de la presse d’IPM par Rossel, dans le communiqué de presse de 3 pages auquel nous avons pu avoir accès (13), elle conclut finalement à autoriser l’opération, moyennant certains garde-fous exigés de la part du racheteur.

Le communiqué explique que, « pour apprécier les effets de l’opération, l’Autorité a tenu compte de l’évolution prévisible du secteur de la presse écrite francophone en Belgique. À cet égard, elle a pris en considération les difficultés structurelles auxquelles le secteur est confronté, notamment la baisse continue du lectorat et des revenus de la presse imprimée, une transition vers le numérique difficile à rentabiliser, la pression concurrentielle croissante exercée par les grandes plateformes numériques sur les recettes publicitaires, ainsi que les incertitudes entourant le maintien de l’aide publique à la distribution de la presse ». Dans ce contexte, on doit se résoudre à admettre des fusions et ce qui est même plus qu’une « position dominante » : un monopole total.

Demain, 100 % de l’édition de la presse belge francophone sera entre les mains du groupe Rossel, de même qu’une partie de la presse magazine. Côté presse quotidienne, il ne restera en dehors des griffes de l’ogre de la rue Royale que la version francophone en ligne de HLN.be (7sur7.be), le propriétaire du titre étant par ailleurs associé à 50 % avec Rossel dans la possession de RTL Belgique. L’Écho, que l’on croit souvent être un journal indépendant est aussi propriété de Rossel à 50 %, mais avec Roularta, éditeur de la plupart des titres importants de la presse magazine qui ne tomberont pas aussi dans l’escarcelle de Rossel lors du rachat.
100% ROSSEL

Difficile bientôt d’échapper à un produit Rossel. S’il ne veut pas « lire du Rossel », il restera au Belge francophone à s’abonner à la version francophone en ligne du Standaard, propriété du groupe Mediahuis avec lequel Rossel n’a pas de liens aujourd’hui. Autres solutions dans le secteur « presse » : lire la presse française (mais pas les titres de PQR dont Rossel est, aussi, propriétaire). Ou, dans une perspective médias d’information au sens plus large, se tourner vers les médias de service public, vers LN24 (encore pour combien de temps propriété d’IPM ?) ou vers les télévisions de proximité (tant qu’il en reste)… Il existe à côté de cela d’autres pure players en ligne, mais dont la crédibilité et l’indépendance restent à être complètement éprouvées. Et une presse magazine alternative, mais à la diffusion encore plutôt confidentielle.

On entend souvent dire : « Mais cela n’est pas grave : Regardez la Suisse. Dans ce pays, le groupe Ringier contrôle aussi toute la presse. Et tout se passe bien. » Pas vraiment. Aujourd’hui le marché de Suisse romande reste très ouvert. Il y a un principal acteur, le groupe de presse zurichois Tamedia (famille Coninx-Supino), mais il y a aussi d’autres éditeurs et même un remarquable journal de qualité qui fonctionne sous forme de Fondation : Le Temps. Cerise sur le gâteau, subsistent aussi plusieurs éditeurs d’organes de presse régionaux indépendants.
Alors que demain, en Belgique, il n’y aura plus que Rossel.

On a aussi longtemps entendu les éditeurs de presse dire : « Il y a trop de journaux en Belgique francophone. Regardez l’Allemagne : il n’y a qu’un titre par land. Or, la Wallonie, c’est l’équivalent d’un land allemand ». Pas tout à fait vrai à 100%. Car il y a en Allemagne de nombreux titres « nationaux » qui dépassent l’horizon d’un seul land, ou des journaux qui ont un intitulé lié à un land, mais qui rayonnent dans toute l’Allemagne. La remarque est plus exacte à l’échelon de la presse régionale elle-même. Mais dans ce secteur, le meilleur exemple est celui de la France. Oui, dans les quatre coins du pays, il existe un quotidien régional (PQR) en position dominante. Toutefois, il n’est pas toujours pas seul sur son marché : il y est confronté à des quotidiens outsiders qui continuent à résister en n’adoptant pas les tendances mainstream des titres du géant PQR.
En Belgique francophone, cela sera le désert.

FAIRE « COMME SI »

Les conditions exprimées par l’ABC tendent à intégrer à une situation de monopole le « comme si » d’une situation de concurrence, afin de répondre aux menaces que l’ABC reconnaît elle-même dans son communiqué : « À l’issue de son analyse, l’Autorité considère que l’acquisition d’IPM par Rossel entraîne des risques concurrentiels principalement sur le marché de la presse quotidienne francophone et sur celui de l’achat de services journalistiques. »
L’absorption d’IPM par Rossel entraîne-t-elle seulement « des risques concurrentiels » ? En situation de monopole, c’est un petit euphémisme. S’il n’y a plus qu’un acteur, il n’y a plus de concurrence. Sauf si on joue à dire : « on va faire comme s’il y en avait encore ». Une preuve de plus du surréalisme à la belge, qui semble boulonnée par les conditions émises par l’ABC pour autoriser l’opération.
Mais que risque le seul acteur encore en place si, demain, il s’assied sur les conditions auxquelles on lui a octroyé l’acquisition de son concurrent ? « Rossel ne pourra en outre cesser d’exploiter un titre que si elle démontre à l’Autorité que son maintien n’est plus économiquement raisonnable. Le titre concerné sera alors mis en vente dans des conditions prédéfinies afin de maximiser les chances de reprise par un acheteur soumis à l’approbation de l’Autorité, et les engagements continueront de s’appliquer au repreneur vis-à-vis du titre en question », précise l’ABC. Mais à quelles conditions jugera-t-on que le maintien d’un titre ne sera plus économiquement « raisonnable » ? Le texte complet de la décision de l’ABC énumère-t-il des critères, des indices de raisonnabilité ? À L’Avenir, on aimerait sans doute bien le savoir. Tout comme avoir accès aux « conditions prédéfinies » fixant les conditions de la mise en vente…

Rossel s’est ensuite engagée, pour une durée initiale de 7 ans, sur une série de points concernant notamment les conditions de travail des journalistes (14). Les engagements relatifs au maintien des titres et à leur identité éditoriale sont, eux, à durée indéterminée, tout en permettant la vente d’un titre si son maintien n’est plus économiquement raisonnable. Tout en n’empêchant pas d’ici là des réorganisations internes, voire des suppressions d’éditions jugées surnuméraires. Et, à ce niveau, c’est toujours L’Avenir qui perd. Il y a un an, nous l’avions hélas déjà écrit dans un post (15).

Tout cela alors qu’il est clairement établi que c’est IPM qui a supplié Rossel de lui racheter tous ses titres, et non Rossel qui aurait réussi une OPA sur IPM. Les ambitions démesurées de IPM, nous avons déjà aussi parlé in tempore non suspecto dans un autre post.(16)
Pauvre Belgique.

Frédéric ANTOINE.

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(1) Montesquieu (1748), De l’esprit des lois, livre XX, chap. IX, « De l’exclusion en fait de commerce ».
(2) Hayek, F. A. (2007). Essais de philosophie, de science politique et d’économie (C. Secrétan, Trad.). Les Belles Lettres. (Œuvre originale publiée en 1967).
(3) Smith A. (1991), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Tome 1, Paris, Flammarion, coll. « GF », p. 234.
(4) Bastiat, F. (1850). Harmonies économiques. Édition numérique UQAC, p. 178.
(5) Friedman, M. (2016). Capitalisme et liberté (A. M. Charno, Trad.). Flammarion, p. 193. (Œuvre originale publiée en 1962).
(6) Stuart Mill J., Principles of Political Economy (1848), livre V, chap. XI, §11
(7) Baumol, William J. (1977), “On the Proper Cost Tests for Natural Monopoly in a Multiproduct Industry”, American Economic Review, vol. 67, n° 5, p. 809-822.
(8) Mill, J. S. (1990). De la liberté (L. Lenglet, Trad.). Gallimard. p. 85. (Œuvre originale publiée en 1859).
(9) Hayek, F. A. (2013). La route de la servitude (G. Blumberg, Trad.). Presses Universitaires de France. p. 71. (Œuvre originale publiée en 1944).
(10) Friedman, M. (2016). Capitalisme et liberté (A. M. Charno, Trad.). Flammarion, p. 193. (Œuvre originale publiée en 1962).
(11) https://www.abc-bma.be/fr/abus-de-position-dominante
(12) https://www.abc-bma.be/fr/concentrations
(13) Comme le vulgus pecus, nous n’avons pas pu prendre connaissance de la décision complète et motivée de l’ABC.
(14) « continuer de déterminer les conditions de travail des journalistes selon les conventions en vigueur (qu’elles soient sectorielles, d’entreprise, collectives ou civiles) et dans le respect des mécanismes de concertation sociale. Les engagements protègent également le travail journalistique, notamment son indépendance, et encadrent le recours à l’intelligence artificielle afin d’éviter une utilisation excessive ou imposée. Ils prévoient en outre l’adoption d’un code de conduite applicable aux journalistes indépendants, destiné à garantir des relations contractuelles transparentes, prévisibles et équitables. »
(15) https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2025/06/lavenir-de-lavenir.html)
(16) https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2020/07/lavenir-imp-quand-la-grenouille-devient.html

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