02/01/2026
🔴 – Une plainte pour escroquerie amoureuse de 11,8 millions F CFA se termine par un non-lieu : récit d’une affaire entre confiance, argent et justice
Le 30 décembre 2025, le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso a tranché une affaire qui mêle sentiments, argent et promesses non tenues.
Une jeune femme, que nous appellerons Sara, commerçante dans une boutique familiale de vêtements et de chaussures pour femmes, a porté plainte contre son compagnon Alain, un commerçant habitué des voyages en Chine, pour escroquerie portant sur 11 800 000 F CFA.
🔹 Une relation de confiance devenue litige financier
Selon les déclarations de Sara, la relation avec Alain n’était pas qu’amoureuse : elle reposait aussi sur une confiance professionnelle.
Alain, qui voyageait régulièrement en Chine pour ses affaires, lui aurait proposé de l’aider à développer son commerce en l’associant à ses circuits d’approvisionnement.
Séduite par cette opportunité, Sara lui aurait remis, en plusieurs versements, une somme totale de 11 800 000 F CFA, sans contrat écrit, dans l’espoir de partir avec lui en Chine pour acheter de la marchandise.
Mais les mois passent, et le voyage ne se concrétise pas. Pire encore, Sara découvre que le projet n’a jamais été lancé.
Alain lui restitue seulement 2 300 000 F CFA, laissant un manque à gagner de 9 500 000 F CFA. Désemparée, Sara décide de porter plainte pour escroquerie.
🔹 Devant la justice : deux versions opposées
Lors du procès, Sara raconte en détail la relation de confiance qu’elle entretenait avec Alain. Elle explique qu’il venait la chercher à la boutique, qu’il lui avait promis un avenir commercial en Chine, et qu’elle avait accepté de financer le projet en toute bonne foi.
Alain, de son côté, reconnaît avoir reçu l’argent, mais affirme qu’il s’agissait d’un prêt personnel, et nie toute promesse de voyage ou d’association commerciale. Il précise avoir simplement mis Sara en contact avec une connaissance pour les démarches de visa, sans s’engager davantage.
Le ministère public, convaincu qu’il y a eu manœuvre frauduleuse, requiert 12 mois de prison avec sursis et 500 000 F CFA d’amende. Les avocats d’Alain, eux, soutiennent qu’il s’agit d’un différend civil, et non d’une infraction pénale, puisque leur client reconnaît la dette et qu’aucun document ne prouve une intention d’escroquerie.
🔹 Verdict : non-lieu et recours civil conseillé
Le tribunal conclut que l’infraction d’escroquerie n’est pas constituée, faute de preuves tangibles d’une intention frauduleuse. Alain est donc relaxé.
Quant à la demande de remboursement formulée par Sara, elle est déclarée irrecevable dans le cadre de cette procédure pénale.
Le juge invite toutefois la plaignante à engager une procédure civile, seule voie possible pour tenter de récupérer les 9,5 millions F CFA restants.
🔹 Une affaire révélatrice de vulnérabilités sociales et juridiques
Au-delà du verdict, cette affaire soulève des questions importantes sur la gestion des relations personnelles mêlées aux finances, surtout dans un contexte où les preuves écrites font défaut.
Elle met en lumière la nécessité de formaliser tout engagement financier, même entre proches ou partenaires intimes.
Elle révèle aussi la vulnérabilité des femmes entrepreneures, souvent exposées à des abus de confiance dans un environnement où les mécanismes de protection juridique restent parfois inaccessibles ou mal connus.
Enfin, elle rappelle que la justice pénale ne peut pas tout régler, et que le recours civil reste une voie essentielle, bien que plus longue et coûteuse, pour faire valoir ses droits.
Yangbeogo Guigma Paul Ilboudo Daouda Kouanda Mohamed Papys Boucare Ouedraogo Ahmed Keita Kassoum Ouedraogo