18/11/2025
LA LUTTE UNIT ET LE POUVOIR DIVISE. Je prie de tout coeur que l'exercice du pouvoir ne sépare pas le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, deux leaders qui fondent l'espoir de la jeunesse africaine. J'estime que ce qui oppose vraiment les deux hommes tient à leur nature: Sonko, qui est d'un tempérament volcanique, voudrait des changements politiques révolutionnaires alors que Faye, beaucoup plus pondéré, joue à la prudence. L'affaire me rappelle un peu la séparation du Cubain Fidel Castro d'avec son ami Che Guevara, lequel avait poussé son idéal de justice jusqu'à s'attaquer à la politique impérialiste de l'Union soviétique, principale alliée du régime de Castro... Cela dit, l'histoire des divorces politiques est d'une richesse exceptionnelle. Je cite, au passage, quelques cas célèbres.
CAMEROUN : Père de l'indépendance, Amadou Ahidjo démissionne en 1982 de la présidence de la République pour passer le pouvoir à son Premier ministre Paul Biya. Ayant gardé la tête du parti unique, Ahidjo fait de l'ombrage à son successeur qui, en août 1983, l'accuse de tentative de coup d’État et le fait condamner à mort par contumace en février 1984.
FRANCE : En 1993, Jacques Chirac, chef du RPR, principal parti de la Droite, désigne, après la victoire du parti aux législatives, son fidèle ami Édouard Balladur pour occuper la Primature à la tête d'un gouvernement de cohabitation avec le président de Gauche, François Mitterrand. Chirac préfère se réserver pour la future présidentielle. Mais quand la présidentielle arrive, en 1995, patatras! Balladur lâche son mentor et présente sa propre candidature. Malgré cette lutte fratricide, Chirac arrive devant Balladur au 1er tour de l'élection puis bat Lionel Jospin au second tour avec 52,6% des voix.
MAURITANIE : En août 2008, Mohamed Ould Abdelaziz renverse le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l'avait nommé général et chef d’état-major particulier. Il se fait ensuite élire président de la République en 2009 et réélire en 2014. À la fin de ce mandat, en août 2019, il pèse de tout son poids pour faire élire comme successeur son dauphin désigné : le général Mohamed Ould Ghazouani, qui fut son chef d’état-major puis son ministre de la Défense. Comme Aziz promet de revenir un jour au pouvoir si la Constitution lève la limitation des mandats et qu'il continue de peser au sein du parti au pouvoir, il dérange fort Ghazouani. Une commission parlementaire est vite chargée, début 2020, de se pencher sur des dossiers judiciaires le concernant. Il finit par être arrêté et condamné à 15 ans de prison qu'il est en train de purger.
ZIMBABWE: Le président Robert Mugabe avait les meilleures relations avec Emmerson Mnangagwa, son compagnon de la guerre d'indépendance. Celui-ci reste son vice-président pendant 37 ans et est considéré par tous comme son futur successeur. Mais en 2017, Mugabe veut donner la succession à sa propre épouse : Grace Mugabe. Et pour favoriser les chances de celle-ci, il limoge Mnangagwa le 6 novembre 2017. Dès le 14 novembre, l'armée, proche de Mnangagwa, met Mugabe en résidence surveillée. ll est alors chassé de la tête du parti au pouvoir, la Zanu-PF, et remplacé par Mnangagwa. Il est contraint de démissionner de la présidence de la République le 21 novembre 2017 et Mnangagwa lui succède.
SOUDAN. Les généraux Al-Burhane, chef de l'armée, et Daglo, chef des FSR (paramilitaires), s'allient, le 25 octobre 2021, pour renverser le gouvernement de Transition dirigé par le civil Abdallah Hamdok. Les deux officiers vont, par la suite, se brouiller pour le partage du pouvoir. Les combats éclatent le 15 avril 2023 après que les FSR ont attaqué des bases militaires. Cette guerre a déjà fait des dizaines de milliers de morts et 12 millions de déplacés.