Mutations- Burkina Faso

Mutations- Burkina Faso Bimensuel d'informations générales et d'opinions paraissant au Burkina Faso les 1er et 15 du mois www.mutationsbf.net

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28/04/2020

« Il y a parfois un sentiment d’hésitation là où il faudrait être plus engagé et ferme ». Dr Smaila Ouédraogo, Epidémiologiste, ancien ministre et actuel Secrétaire permanent du CNLS-IST
La pandémie du COVID 19 est en train de désarticuler le monde. Partout c’est le branle-bas avec son lot de ratés et de scandales. Le Burkina Faso est sur le pied de guerre depuis le 09 mars 2020, date de la découverte du premier cas testé positif au Covid 19. Comment s’y prendre face à une maladie dite « démocratique » parce qu’elle ne fait pas dans la discrimination ? Dans un pays où même les profanes n’hésitent pas à défier les virologues, il est toujours indiqué d’avoir l’éclairage du spécialiste. Et Dr Smaila Ouédraogo, Epidémiologiste, ancien ministre de la santé et actuel Secrétaire permanent du conseil national de lutte contre le SIDA a bien voulu se prêter à l’exercice.
Membre du Bureau politique du MPP, Chef de service du département de santé publique du Centre Hospitalier Universitaire Yalgado OUEDRAOGO, et également Maître-assistant en Santé Publique, option Epidémiologie à l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Santé (UFR-SDS) de l’Université Joseph Ki-ZERBO, il répond sans détour aux questions relatives à la politique de la riposte et à la responsabilité de leur parti en tant que gestionnaire du pouvoir en place. Lisez plutôt.

Le monde entier est sous la hantise du coronavirus. Qu’est-ce qui explique cette panique mondiale?
D’abord déclarée pandémie (maladie qui affecte tous les continents), l’OMS finira par qualifier l’épidémie du coronavirus (COVID-19) d’urgence de santé publique de portée internationale, déclenchant de facto la mise en œuvre des dispositions du règlement sanitaire international (RSI). L’être humain redoute tout ce qui l’affecte négativement et dont il en connait peu ou pas du tout. Le coronavirus est une épidémie due à un nouveau virus donc jusque-là inconnu. En dehors de ce fait, la rapidité de propagation de l’épidémie et le nombre de décès qui lui est attribué dans certaines catégories de personnes (personnes âgées ou souffrant d’affections chroniques) peuvent expliquer l’état de mobilisation de la communauté mondiale. Il y a également la médiatisation facilitée aujourd’hui par les technologies de la communication avec des acteurs qui communiquent sans aucune notion de déontologie en la matière.
La pandémie est-elle surmédiatisée selon vous? Les pays africains ne feraient-ils pas dans le snobisme ?
Je ne dirai pas que la pandémie est surmédiatisée. Cependant, je pense qu’il ya beaucoup d’amateurisme et de recherche de sensationnel chez certaines personnes. Les réseaux sociaux influencent beaucoup la perception de certains phénomènes, surtout en milieu urbain. Dans un contexte où le communicateur ou l’informateur n’a pas de notion sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, il y a un risque d’infox expresse ou inconsciente.
Je ne parlerai pas non plus de snobisme mais il y a parfois un sentiment d’hésitation là où il faudrait être plus engagé et ferme. Les mesures de distanciation, de confinement ou de mise en quarantaine ont des conséquences énormes pour les peuples du monde entier et surtout les populations africaines qui, sont pour beaucoup, de l’informel et pour une large majorité des épicuriens. Il faut davantage d’éducation pour la santé afin que les populations comprennent et adhèrent aux mesures importantes déjà prises. De même, des mesures concrètes d’accompagnement direct des populations les plus vulnérables doivent immédiatement voir le jour à travers la mise en action des canaux du Ministère en charge de la solidarité nationale. Par expérience, les efforts des Etats en Afrique ne profitent pas souvent à ceux qui en ont le plus besoin.

Vous êtes épidémiologiste. De mémoire d’homme, est-ce qu’une pandémie a déjà ébranlé tant le monde ?
L’histoire de l’humanité est jalonnée d’épidémies importantes, voire de pandémies. En rappel, on peut citer :
la peste d’Athènes (- 430 à - 426 avant Jésus Christ) qui est la 1ère pandémie documentée de l'histoire tua presqu'un tiers de la population de la ville d’Athènes, soit 200000 personnes. On pense actuellement qu’il s’agissait d’une pandémie de fièvre typhoïde ;
la peste Antonine (165-166) qui, en réalité, était une pandémie de variole, tient son nom de la dynastie des Antonins, dont est issu l'empereur Marc-Aurèle ; elle aurait causé 10 millions de morts ;
la peste noire (1347-1352) débuta en Asie et aurait tué entre 25 et 40 millions de personnes en Europe, soit entre un tiers et la moitié de sa population de l'époque ;
l’épidémie de choléra (1826-1832) qui causa près de 100 000 morts en moins de six mois en France, dont 20 000 à Paris ;
la grippe espagnole (1918-1919), d’origine asiatique, aurait tué 20 à 30 millions de personnes en Europe et jusqu'à 50 millions à l'échelle mondiale ;
la grippe asiatique (1956-1957) causa deux à trois millions de morts dans le monde ;
la pandémie du sida (1981 à aujourd’hui) tuait au plus fort de l'épidémie, dans les années 2000, 2 millions de personnes chaque année ;
le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) (2002-2003) apparu en Chine et provoquée par un coronavirus (SRAS COV) a fait plus de 8000 cas et près de 800 morts ;
le MERS-CoV ou Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient (2012) apparu en Arabie Saoudite et dû au MERS-CoV a provoqué 1219 cas dont 449 morts.

L’élément le plus important de ce rappel est que l’humanité, par l’aide de Dieu, a toujours pris le dessus sur ces pandémies.

Pendant que l’épidémie était circonscrite à Wuhan dans une province chinoise, peu de pays avaient déjà songé à des mesures d’endiguement. Ne pensez-vous pas que les pays africains ont été assez négligeant au début de la maladie ? Ce qui a certainement favorisé la propagation de la maladie en Afrique !
C’est vrai que plusieurs angles d’analyse peuvent être faits sur la rapidité de réaction de la communauté internationale en proie à de multiples défis. Toutefois, par rapport à l’état actuel des connaissances et les expériences de chaque Etat en la matière, de bonnes actions ont été prises pour freiner l’apparition et/ou la propagation du virus.
Le Burkina Faso enregistre le plus grand nombre de décès lié au COVID19 en Afrique francophone. Qu’est-ce qui explique cela selon vous ?
Pour répondre véritablement à cette question, il faudra disposer des données plus précises sur les caractéristiques des personnes décédées afin de procéder à des analyses. Nous n’avons pas encore suffisamment de recul.

Ya –il un risque que le corona virus installe sa menace dans la durée comme le VIH ou faut-il espérer que d’ici quelques jours ou semaines, le virus disparaitra de la planète ? Les pandémies tel le COVID 19 sont –elles cycliques ou bien leur survenue est tout simplement hasardeuse ?
Je ne pense pas. Nous ne disposons pas suffisamment d’éléments pour répondre précisément à la question. Cependant, il y a ce que nous appelons, en Epidémiologie, les conditions favorables à la survenue d’une épidémie. La condition sine qua non est l’existence du germe responsable de la maladie. Il se trouve que le nouveau coronavirus responsable de la pandémie en cours a comme réservoir un animal (le pangolin ? ou la chauve-souris ?). Or nous savons que l’élimination d’un germe dont le réservoir est animal est très difficile, voire impossible puisque cela suppose de traiter ou supprimer tous les animaux porteurs du germe. Pour l’instant nous n’avons pas de vaccin ni un traitement spécifique contre le coronavirus. Les seules méthodes efficaces disponibles sont les éléments de préventions basées sur les mesures barrières. L’axiome de base en Epidémiologie est que la maladie n’apparait pas et ne se distribue pas au hasard. Autrement dit, il n’existe pas de maladie sans cause, sans déterminants sociaux et sans facteurs de risque. C’est d’ailleurs bien heureux puisque c’est cela qui permet de les contrôler, éliminer voire éradiquer.
Mais à vous entendre, on a des frissons de savoir que le germe du coronavirus peut rester actif sur la durée tant que l’animal réservoir existera. Et quand on observe comment le monde s’est arrêté, on se demande si avec cette menace permanente, la vie reprendra un jour!
A la lumière du bref rappel historique sur les épidémies, j’affirme que nous sortirons victorieux du combat contre la pandémie du COVID-19. L’homme a toujours pris le dessus et cette fois-ci aussi, il n’y aura pas d’exception. Toutefois, il faut que nous nous y mettions tous car les moyens de lutte disponibles actuellement sont très contraignantes (distanciation sociale, hygiène de la toux, confinement, quarantaine). En rappel, nous n’avons pas encore de vaccin ni de traitement spécifique.
Il ya la controverse sur le produit Apivirine du Dr béninois Valentin Agon. M. le SP du CNLS, il semble que ce médicament est très prisé chez les personnes testées positives au VIH ! Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je ne me suis pas encore fait une opinion sur cette controverse que je trouve très intéressant car elle pose la problématique de la valorisation de nos savoirs traditionnels. Au demeurant, je veux juste rappeler pour ceux qui feignent souvent d’ignorer que la médicine dite moderne a été une fois dite traditionnelle. C’est l’investissement dans la recherche qui a permis l’évolution actuelle à laquelle nous nous agrippons. Notre médecine dite traditionnelle peut et doit devenir une médécine dite moderne un jour. C’est possible.
Contez-nous l’histoire de l’apivirine chez les patients du VIH !
A ce jour, je n’ai pas grand-chose à dire sur l’Apivirine et la prise en charge du VIH au Burkina Faso ou ailleurs. Tout ce que je sais relève plus de la rumeur puisqu’il n’existe pas à ma connaissance des travaux scientifiques sur l’efficacité de l’Apivirine sur l’infection à VIH. Cependant, je demeure convaincu que nous devons créer les conditions pour nous approprier de notre savoir médicinal traditionnel. Il faut accroitre le financement pour la recherche dans le domaine de la médecine traditionnelle en Afrique.
Dans la lutte contre le sida il semble que des chercheurs africains qui auraient été à deux doigts de trouver le remède miracle auraient été ostracisés. Et certains mêmes auraient payé de leur vie. En observant l’adversité que tente de braver le Pr français Didier Raoult pour imposer la chloroquine, on a bien envie de dire que le monde des scientifiques est loin d’être un fleuve tranquille ! Est-ce que la santé de l’humanité n’est pas souvent tributaire des jeux d’intérêts ?
Conformément à ce qui a été dit plus haut, je n’ai pas encore une preuve formelle sur l’existence d’un médicament traditionnel qui aurait entrainé une suppression de la charge virale d’un malade ou l’élimination du VIH de son organisme.
Les industries du médicament, de l’armement et du tabac sont gérées par des lobbies très puissants pour ne pas dire les plus puissants. En ligne de mire, c’est la maximisation du profit. Il faut noter qu’entre l’expérimentation chez l’animal et l’essai clinique chez l’homme, il s’écoule généralement un fleuve de dollars. Imaginez donc que juste après la mise sur le marché d’un nouveau médicament qui a englouti tant d’argent, une autre alternative (dite traditionnelle) apparaît ; elle ne pourra qu’essuyer les attaques de la firme pharmaceutique ayant développé le médicament et qui souhaite maintenant recouvrer son investissement, et faire du bénéfice.
Il ya une forte communication pour rappeler les mesures barrières pour éviter la contamination. Etes-vous satisfait de ce qui est fait en matière de communication ?
Tant qu’on n’est pas victorieux d’une guerre, féliciter ses troupes peut être hasardeux mais les encourager pour raffermir leur combativité me parait sensé. C’est pour cela, je voudrais encourager tous les acteurs de la riposte contre le coronavirus à persévérer pour que nous puissions accélérer notre victoire sur la pandémie. Une épidémie a plusieurs phases et à chaque phase correspond des actions précises et je pense que nous ne sommes pas en re**rd dans la communication.

Vous parlez de phases. Nous sommes à quelle phase de l’épidémie actuellement et comment devrait-on appréhender cette étape ?
A ce jour, 9 régions sont touchées par le COVID-19 avec des transmissions communautaires : nous sommes donc à la phase 3 de l’épidémie. L’une des raisons de la progression de l’épidémie est le non-respect des mesures gouvernementales. Par exemple, vous avez dû apprendre qu’il ya un nouveau foyer à Falangoutou. L’origine de ce foyer proviendrait de Ouagadougou en dépit de la mesure de quarantaine en vigueur. Je saisis donc cette opportunité pour demander à tous les burkinabè de respecter la quarantaine et d’adopter les gestes barrières recommandés par le Ministère de la santé. Par ailleurs, les acteurs de la coordination de la riposte doivent établir une collaboration étroite avec les miniers pour endiguer et stopper les foyers d’origines minières. Vous savez bien que les miniers travaillent de façon rotative. Il faut rapidement, si cela n’est pas le cas, mettre en place un protocole pour une surveillance plus accrue de cette population spécifique.

Mais de plus en plus, les mesures barrières du VIH semblent être délaissées alors que le Burkina Faso enregistre encore un taux de prévalence au VIH non négligeable! Comment la structure nationale de lutte contre le VIH appréhende ce phénomène ?
Nous mettons les efforts sur la promotion de la santé et l’éducation pour la santé et le changement de comportement. Nous allons également redoubler les actions de sensibilisation. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons décidé de raffermir la collaboration avec les acteurs communautaires à travers le financement des plans d’actions de riposte contre le VIH. Cette année, nous financerons, pour une première tranche, environ 600 plans d’actions pour un montant minimum de 1 000 000 fcfa par plan.
N’y a-t-il pas de risque que la lutte contre le VIH connaisse une baisse d’intérêt de la part de l’Etat et des différents partenaires ?
De façon spécifique non. Mais globalement, la situation causée par la pandémie du COVID19 aura sans doute des répercussions sur les futures décisions dans les différents pays de la planète car plusieurs économies, voire toute l’économie mondiale risque de rentrer en récession. Malheureusement, au cours de la semaine passée, j’ai suivi sur une chaine internationale l’annonce des USA qui veulent supprimer leur contribution à l’OMS. Cette situation risque d’affecter la coordination internationale des réponses aux problèmes sanitaires.
Il se dit que les effets du COVID 19 sont plus sévères chez ceux qui ont déjà des antécédents sanitaires comme les Personnes vivant avec le VIH. Le SP CNLS a-t-il une stratégie pour éviter la psychose et la panique au niveau des PV VIH ?
C’est vrai que les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies chroniques ou de maladie qui répriment l’immunité sont à risque de la forme grave de la maladie. Pour ce qui concerne les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), les données actuelles ne montrent pas un risque particulier à leur encontre. Toutefois, les PVVIH doivent continuer à observer leur traitement et rester en contact des acteurs chargés de leur suivi. C’est pour anticiper sur cette problématique que nous avons décidé d’appuyer les actions du Ministère de la santé en mobilisant d’une part les associations de lutte contre le VIH dans la riposte contre la pandémie. D’autre part, nous allons financer à hauteur de 30 millions de FCFA des plans d’actions de prévention du coronavirus en milieu communautaire.

Des personnalités publiques testées positives au COVID 19 ont révélé volontairement leur statut. Rêvez-vous un jour de voir ces témoignages et ces révélations de cette catégorie de personne pour le VIH ?
Pas nécessairement. Il fut une période où cela était nécessaire pour humaniser la perception des uns et des autres du VIH/SIDA. Mon rêve est que chacun de ces acteurs se mobilisent plus pour les actions de prévention du VIH. Donner un exemple en se faisant dépister ou en organisant des activités de dépistage au niveau institutionnel.

Vous êtes épidémiologiste, SP CNLS et par ailleurs ancien ministre de la santé. Quelle suggestion faites- vous pour rendre la riposte du COVID 19 efficace et efficiente ?
Il faut poursuivre les actions de communication et de sensibilisation pour que tout le monde soit davantage conscient de la réalité de la maladie et des risques potentiels encourus. Il faut également mettre en place des brigades de sensibilisation et d’éducation pour la prévention des infections par le lavage systématique des mains, l’éducation à l’hygiène de la toux. Par exemple, si tout le monde arrête une journée de cracher à terre et de jeter les mouchoirs après usage à terre, on peut obtenir une réduction substantielle de la circulation du virus. Cette approche a, ce que nous appelons en santé publique, un rapport coût/bénéfice intéressant car, en dehors du coronavirus, beaucoup d’autres questions sanitaires trouveront des solutions (par exemple les maladies du péril fécal ou la tuberculose). Enfin, l’argent est le nerf de la guerre, je souhaite donc une mobilisation du gouvernement, des partenaires nationaux et internationaux, des citoyens pour le financement adéquat et rapide du plan national de riposte.
Les pays africains semblent être à la remorque de l’occident pour ce qui concerne les mesures de protection telles les fermetures des lieux publics dans un environnement économique difficile. Ne pouvait-on pas tropicaliser ces mesures en tenant compte de la précarité des peuples africains ?
Les conditions qui ont permis la propagation du virus en occident sont les mêmes qu’en Afrique (contacts rapprochés, déplacements de populations, manque d’hygiène de la toux, etc). Un virus, c’est un matériel génétique enveloppé par une protéine ; il n’aime donc pas se déplacer tout seul. L’homme et ses inventions sont responsables de ses mouvements. En l’absence de traitement spécifique et de vaccin, la seule alternative disponible est de réduire au minima les conditions pouvant permettre aux virus de se déplacer. Je conviens avec vous qu’aucune solution durable ne peut exister sans une prise en compte des préoccupations existentielles de ceux sur lesquels elle doit s’appliquer. On peut imaginer que des actions énergiques soient engagées pour amener les populations à s’engager véritablement dans la riposte. C’est ce que le Ministère en charge de la santé essaie de faire à travers sa cellule pour l’engagement communautaire.
Depuis quelques jours un document attribué à des membres du Bureau politique national (BPN) du MPP fustigent la gestion de la pandémie par le ministère de la santé. Mais si les griefs soulevés par ce pamphlet sont fondés, le parti au pouvoir n’est-il pas coresponsable des tâtonnements et des indécisions indexés?
Vous avez-vous-même dit « si les griefs soulevés par ce pamphlet sont fondés, le parti au pouvoir n’est-il pas coresponsable des tâtonnements et des indécisions indexés ». Je préfère m’exprimer sur des opinions assumées et non sur des idées déversées dans un tract. En ma qualité de membre du BPN du MPP, je sais qu’il y a plusieurs instances et cadres pour régler les contradictions ou faire des suggestions pour la bonne marche du Parti et du Pays. Tout membre BPN est sensé le savoir. Du reste, la direction politique du MPP a réagi sur la question en apportant des éclaircissements.
Quelles leçons peut-on déjà tirer avec cette pandémie du COVID 19 ?
Il me semble très tôt pour tirer des leçons. Toutefois, il faudra renforcer les actions de promotion de l’hygiène individuelle et collective, et les actions d’assainissement. Rappelez-vous de l’Axiome de base en Epidémiologie évoqué plus haut : la maladie n’apparait que lorsqu’on lui crée les conditions favorables.
Interview réalisée par Touwendinda Zongo et
Méneptah Noufou Zougmoré

27/06/2019

Le charbongate d’Essakane SA
L’intrigante attitude des autorités
Mardi 21 mai 2019. Le président gabonais Ali Bongo Ondimba, courroucé, signe deux décrets de limogeage de deux hautes personnalités de l’Etat. Il s’agit du vice-président du Gabon, Pierre Claver Maganga Moussavou et du ministre des forêts et de l’environnement, Guy Bertrand Mapangou. Ces deux personnalités sont accusées d’être impliquées dans une affaire de trafic présumé de Kévazingo, une essence de bois précieux interdit d’exploitation.
En effet, en fin février et début mars 2019, près de 5000 mètres cube de Kévazingo, une essence de bois rare très prisée en Asie, d’une valeur d’environ 7 millions d’Euros avaient été découverts dans 2 sites d’entreposage appartenant à des sociétés chinoises, au port d’Owendo, à Libreville. Une partie du Kévazingo était chargée dans des conteneurs sur lesquels figurait le tampon du ministère des eaux et forêts, indiquant ; une cargaison d’Okoum, une essence de bois dont l’exploitation est autorisée.
Dans la foulée, la justice gabonaise a annoncé l’arrestation de 2 ressortissants chinois, accusés d’avoir participé au trafic, avec la complicité de fonctionnaires gabonais.
Il faut noter que le secteur forestier qui représente 60% du PIB (hors hydrocarbure), est l’un des piliers historique de l’économie du Gabon, un pays recouvert à près de 80% par la forêt.
Comme on peut s’en douter, cette affaire de bois précieux gabonais a des traits de ressemblance avec le fameux dossier du charbon fin de la société minière Essakane qui défraie la chronique au Burkina Faso. Ces deux affaires qui se déroulent dans des espaces géographiquement différents et éloignés ont tout de même un dénominateur commun parce qu’elles dégagent chacune une forte odeur de fraude et constituent de ressources très importantes et stratégiques pour chacun de ces deux pays.
Au Gabon, le Kévazingogate avait éclaté à la faveur des dénonciations de la presse et des Organisations non gouvernementales qui s’offusquaient du caractère criminel de la pratique. C’est quasiment le même process qui a révélé le charbongate au niveau du Burkina Faso. En fin décembre 2018, une conjugaison d’efforts et du sens de la responsabilité d’acteurs généralement impliqués dans la procédure d’exportation des minerais a permis de stopper l’exportation présumée irrégulière d’une importante quantité de charbon fin provenant de la mine d’or de Essakane SA.
La presse, notamment le journal Mutations et d’autres confrères ont dénoncé cette pratique qui frise la fraude et l’évasion orchestrée des ressources minières du pays. A l’époque, les plus hauts responsables du ministère en charge des mines étaient monté au créneau pour défendre la société minière en soutenant que l’exportation des cargaisons du Burkina Faso vers le Canada, via le port d’Abidjan n’aurait rien de suspect et que tout se passerait dans les règles de l’art. Mais une mission d’expertise portant sur des exportations litigieuses de charbon fin et autres substances minérales, effectuées par la société Iamgold Esakane SA au cours des années 2015, 2016 et 2018 vient de mettre à nue la supercherie. Les résultats du rapport sont à la fois accablants pour la société concernée et très ahurissants pour le comportement des autorités du ministère des mines. A titre illustratif, le rapport a révélé qu’ «il s’agit d’un résidu de charbon actif contenant de métaux précieux et non du charbon actif tel qu’il a été déclaré en douane». ledit rapport précise que « la valeur totale du charbon exportée clandestinement (c’est-à-dire sans déclaration) avait été sous-évaluée car elle s’évaluerait à 37, 8 milliards de Fcfa au lieu de 22, 3 milliards telles qu’il ressort des factures commerciales des années 2015, 2016 et 2018. » En conclusion, le rapport a notifié qu’au regard des différents manquements, la société minière encourt des sanctions prévues par la loi. Il s’agit notamment d’une confiscation au profit de l’Etat des objets de fraude et des moyens de transport d’une valeur d’environ 142, 5 milliards de Fcfa, une amende dont le minima et le maxima se situent entre 188 et 335 milliards de Fcfa.
Et jusque-là, on se demande comment de telles sanctions qui pèsent en perspectives sur une société pourraient-elles laisser indifférentes les autorités du ministère de tutelle. Car en pareilles circonstances, elles ne sauraient être exemptes de reproches. Soit elles ont agi par complicité pour saborder ou faire main basse sur l’économie du pays, soit elles ont fait preuve de négligences et/ou d’incompétence au point de porter d’énormes préjudices aux intérêts du pays. Et dans chaque cas, les conséquences devraient être tirées. Sauf qu’à la différence du Gabon, où des sanctions ont été prises à l’encontre des présumés trafiquants du bois, le charbongate n’a pas encore ému les plus hautes autorités au point de susciter la prise de mesures ne serait-ce que conservatoires à l’encontre des acteurs de la chaine du « trafic » ! Une attitude très déplorable dans ce contexte de raréfaction des ressources et de fronde sociale généralisée.
Editorial N° 174 de Mutations du 1er juin 2019

3 mai 2019, Journée internationale de la liberté de presse
29/04/2019

3 mai 2019, Journée internationale de la liberté de presse

22/03/2018

par Jean-Baptiste Natama

publié le 15 décembre 2013, dans le N°43 du bimensuel Mutations

La disparition de Nelson Mandela suscite des témoignages sur la lutte de ce grand homme du continent. Dans cette tribune publiée dans Mutations N°43 du 15 décembre 2013, Jean Baptiste Natama, Directeur de Cabinet de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine et acteur de la Révolution burkinabé revient sur la contribution du Burkina révolutionnaire à la lutte contre l’apartheid. Lisez plutôt

C’est indubitablement pour moi un devoir de mémoire et de conscience, d’évoquer Mandela qui disparaît physiquement à un moment où, à titre personnel, je viens de publier un Manifeste à l’intention de la jeunesse. J’en parle parce que ce Manifeste porte sur des valeurs dont l’essentiel se rapporte à la vie de ce grand homme que fut Nelson Mandela, cet « iconoclaste géant politique » emblématique de notre ère, à qui par ailleurs j’ai dédié mon premier recueil de poèmes il y a 10 ans.

Plus qu’un penseur, Mandela aura été un homme d’action dont la vie en elle-même est un enseignement, une école à l’instar de celle de Tierno Bokar le sage de Bandiagara dont Amadou Hampaté Ba rapporte la droiture morale et la vie exemplaire dans ses nombreux ouvrages. Certes Mandela n’est plus, c’est l’ordre normal de l’existence, qu’un jour où l’autre, nous soyons arrachés aux nôtres, au monde. Cependant il demeurera à jamais dans nos cœurs, notre mémoire par le fait que son action jusque-là inégalée aura marqué la conscience universelle de façon heureuse et heuristique. Il aura su donner à sa vie un sens plein, à l’Histoire un héros, à l’humanité un nouveau visage, au temps un nouveau départ, une renaissance.

Homme de grand cœur, combattant engagé, infatigable sur les sentiers épineux de la liberté, de la paix et de la justice, Madiba aura surpris et conquis le monde entier par sa politique de pardon, de rassemblement des nationalités sud africaines, rappelant de manière magistrale à tous que le principe qui veut que tous les hommes quelque soit la couleur de leur peau soient « un » est possible dans son application, à condition que l’on ait la grandeur d’âme qui y sied. Il abhorrait la vengeance et la haine, houle meurtrière qui obligerait à confiner le sens des événements dans un cercle vicieux. L’intrépide choix pour lui aura été celui de l’amour de l’autre, de la tolérance, de la cohérence, du courage, de la conviction qu’à l’utopie prétendue irréalisable l’on peut, cependant, imposer la volonté de transformer le monde compartimenté pour ainsi en faire une nation arc-en-ciel riche de sa diversité.

Force est de rappeler l’inscription profonde de la philosophie de l’ubuntu dans la vie de Mandela, philosophie qui se résume par le principe de l’interdépendance « je suis celui qui suis ; mais je ne suis que parce que les autres sont ». Au contraire de maints autres visions sectaires et partielles du monde, mais qui se targuent dans leur partialité d’imposer le global, l’ubuntu prône une vision holistique de la réalité, la nécessité de considérer dans son approche, même les aspects contraires d’où émerge nécessairement une donnée nouvelle, le sens de la responsabilité de l’individu vis-à-vis de la communauté, le sens de la prévalence de la communauté quant à la construction et à l’édification de l’individu solidaire. La liberté ne naît qu’à la conjonction des responsabilités de l’individu et de celles de la collectivité, du partage solidaire et juste des biens de tous, de la vérité.

Il avait pour idéal une société libre, juste et démocratique. Au nom de cet idéal, il s’était gardé d’abuser de son aura et de sa notoriété, pour s’accrocher au pouvoir. Jamais l’idée ne l’a traversé de s’autoproclamer « messie » omniscient, éternel gourou du trône. Son peuple ainsi que l’humanité dont il aura à jamais marqué la conscience ont su le lui rendre en l’élevant au rang des immortels. Armé de principes justes, réglant sa vie sur des valeurs morales et doté d’une inaltérable volonté, il a fait montre de détachement dans sa relation au pouvoir dont il connaissait bien le caractère éphémère. Ce que malheureusement bien d’hommes politiques oublient lorsqu’ils sont au pouvoir.

En me livrant à ce témoignage sur cet illustre fils d’Afrique, je ne puis m’empêcher de penser à la contribution de mon pays à la lutte contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Remonter l’histoire, n’est pas toujours anecdotique ; surtout la nôtre qu’il nous semble important de l’écrire ou de la réécrire nous-mêmes africains.

En effet, à un moment où le régime raciste blanc au pouvoir en Afrique du sud se radicalisait du fait qu’il perdait du terrain dans la partie australe du continent africain (victoires des nationalistes africains en Namibie et au Zimbabwe, ex-Rhodésie), naissait du refus de l’injustice et de l’exploitation des faibles, dans l’ex-Haute Volta, une révolution humaniste elle-aussi, et qui ne pouvait rester indifférente aux souffrances du peuple sud africain.

Le leader de cette révolution, le Capitaine Thomas Sankara prend, au nom de l’internationalisme et de la solidarité révolutionnaire agissante, dès lors, fait et cause pour la lutte contre l’apartheid en utilisant toutes les tribunes pour dénoncer ce régime cynique, inique et ignominieux (aux réunions des Nations Unies et de l’Organisation de l’unité africaine, lors de la visite du Président Français François Mitterrand à Ouagadougou, etc.). Dans la foulée de cet engagement, le Conseil National de la Révolution (CNR) baptise une avenue et un lycée au nom de Mandela dans la capitale et prend la décision d’offrir symboliquement des armes à la branche militaire de l’ANC (Umkhonto we Sizwe).

Le 4 août 1984, lorsque le nom du pays change pour devenir le Burkina Faso, les tous premiers passeports burkinabè sont délivrés aux noms de Nelson et de Winnie Mandela figures de proue de la lutte de libération de l’Afrique du sud. La contribution du pays des hommes intègres se poursuit, avec la tenue, à Ouagadougou du 09 au 11 octobre 1987, de la réunion du Comité anti-apartheid Bambaataa (nom d’un chef Zulu ayant lutté contre la colonisation Britannique et Hollandaise et qui a réussi à conserver son territoire et son identité propre en Afrique du sud), juste le lendemain des cérémonies de commémoration du 20ème anniversaire du décès du révolutionnaire Ernesto Che Guevara.

Cette réunion a rassemblé dans la capitale burkinabè des représentants de tous les partis et mouvements anti-apartheid d’Afrique du sud mais aussi des autres pays africains et de la diaspora pour définir les stratégies et actions décisives à mener pour obtenir la libération de Mandela et de ses camarades mais aussi pour mettre fin au régime inhumain et honteux de l’apartheid. Une fois de plus, un autre lycée de Ouagadougou est baptisé Bambaataa pour fixer, dans la mémoire collective et l’histoire, l’événement.

Au moment où le monde entier fait ses adieux à Nelson Mandela en lui rendant hommage, il me paraissait essentiel, de rappeler ces quelques faits, afin que notre peuple, particulièrement sa jeunesse, soit légitimement fier de l’apport de notre pays à une partie de ce qui est célébré aujourd’hui comme l’accomplissement de l’homme exceptionnel qu’il a été.

Mandela, s’en est allé mais, comme tous les êtres d’exception, sa légende survivra à son départ. Il nous a laissé un héritage et il reste seulement à espérer qu’il puisse contribuer à inspirer les actes individuels et collectifs des africaines et africains dans la construction de ce continent en pleine quête de renaissance. Le meilleur hommage qui soit, à mon avis, consiste à honorer sa mémoire en rendant possible le rêve qui était le sien ; l’exigence de la responsabilité solidaire, le don de soi pour une fraternité universelle, faire du cercle vicieux, un cercle vertueux.

Adieu Madiba !

Jean-Baptiste Natama

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