05/01/2026
TELL ME DIPLOMAT Nº0014
Nicolas Maduro capturé et extradé aux USA : vers un déjà-vu historique ?
Dans la nuit du vendredi 03 janvier dernier, le Président américain Donald Trump a annoncé que le Président Vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme ont été « capturés » et extradés du Venezuela vers les États-Unis.
Cette nouvelle fut accueillie comme une bombe au regard des acteurs impliqués ainsi que des conséquences directes qu'une telle action pourrait avoir sur la géopolitique internationale.
Dans ce numéro de votre émission préférée, nous vous proposons une analyse plus approfondie de cette actualité. Mais avant tout, effectuons une clarification des notions essentielles.
Au sens littéral, le verbe "capturer" signifie s’emparer d’un être vivant ou d’une chose. C'est une action qui implique un rapport de force entre un fort et un faible.
On pourrait le remplacer par "enlever" ou "arrêter" dans le jargon juridique. Dans ce cas, une attestation est l'action consistant à empêcher quelqu’un ou quelque chose de continuer son déplacement, priver quelqu'un de tout mouvement. Priver de liberté, pour faire court.
Celui qui a été « capturé » ici est M. Nicolas Maduro. Nicolás Maduro Moros est un homme politique vénézuélien et ancien dirigeant syndical qui a été président du Venezuela de 2013 jusqu'à sa destitution de facto par les États-Unis en janvier 2026. Il a été vice-président du Venezuela sous la présidence d'Hugo Chávez de 2012 à 2013 et ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2012.
Maduro représente une architecture de pouvoir composée de l’armée, des institutions, du parti, des réseaux économiques et des alliances internationales. Toucher à Maduro, c’est toucher à tout un système en réalité.
En matière de relations internationales, arrêter le Président d'un État indépendant ce n’est pas seulement le priver de liberté, c’est déclarer que son autorité politique n’est plus reconnue et que d’autres peuvent décider à sa place.
Quant au Venezuela, il faut comprendre que c'est un Etat assis sur les plus grandes réserves de pétrole du monde, situé dans une région historiquement considérée par les États-Unis comme leur zone d’influence naturelle, et connecté aujourd’hui aux grandes rivalités entre puissances mondiales.
Jusqu'à présent, le Venezuela possède les plus grands gisements de pétrole, ressource dans laquelle les États-Unis d'Amérique ont énormément investi. On parle de plusieurs milliards de dollars.
Alors, parler de la capture de Nicolas Maduro, Président du Venezuela, et de son exfiltration par une puissance étrangère, revient à parler d’un tremblement géopolitique, une redistribution des cartes en Diplomatie et Relations Internationales, une onde de choc mondiale.
C'est carrément la géopolitique (surtout celle de l'énergie) qui est complètement entrain d'être redéfinie.
En effet, cette action des USA aura d'importantes implications sur le monde entier sur les plans sécuritaire, économique et politique.
Primo, sur le plan sécuritaire, la méfiance générale naîtra au point où chaque État cherchera à se protéger. Normal, puisque si un président peut être arrêté par des puissances étrangères sans cadre multilatéral clair, alors plus aucun État politiquement contesté ou pas n’est en sécurité.
La course à l'armement et à l'arme nucléaire sera encore plus assidue, sans plus grande restriction, parce que les autres Etats évoqueront aussi l'argument de la « légitime défense ». Jurisprudence oblige.
Par ailleurs, cette attaque rend légitimes des conflits déjà en cours (Russie-Ukraine, Israël-Palestine, Rwanda-RDC) et d'autres à venir probablement (Taïwan-Chine, Corée du Nord-Corée du Sud, Japon-Chine, Inde-Pakistan, etc.). On ne va pas être très étonné que d'ici-là, d'autres foyers de tension ou d'autres conflits naissent sur le grobe.
Sur le plan économique, il y aura certainement une inflation du pétrole dans le monde entier, le Venezuela étant l'un des plus gros producteurs (sinon le premier). Le transport aussi prendra un coup.
En termes simples, l'économie mondiale prendra un très gros coup, comme ce fut le cas avec le blé et le gaz depuis le début du conflit Russo-Ukrainien.
Sur le plan politique, l'assaut sur Caracas expose au monde entier la fracture de régime politique Vénézuélien ainsi que les problématiques de gestion efficace du pays.
Beaucoup de choses ont été reprochées à Maduro. Mais jusqu'à sa capture, il a toujours été le dernier rempart contre la pression américaine. Sans lui à la tête du pays, plus de résistance.
Le pays pourrait sombrer dans un chaos indescriptible, surtout quand on sait que les narcotrafiquants sont aussi présents dans le pays et y ont une influence significative. Le pays risquerait définitivement de plonger dans une longue crise, dans une longue instabilité, malgré la nomination de la Vice-présidente pour assurer l'intérim de Maduro.
Un scénario qui fait écho au passé
L’histoire contemporaine montre que ce type de scénario n’est pas nouveau. À plusieurs reprises, des chefs d’État ont été capturés, renversés ou extradés sous pression étrangère.
En 1989, Manuel Noriega, président du Panama, a été arrêté par les États-Unis après une invasion militaire. Le discours officiel parlait de lutte contre le narcotrafic et le blanchiment de capitaux. Mais en réalité, Washington voulait reprendre le contrôle politique et stratégique du canal de Panama.
En 2003, Saddam Hussein est renversé et capturé après l’invasion de l’Irak. Le régime tombe, mais l’État irakien s’effondre aussi, ouvrant la voie à une décennie de chaos, de terrorisme et de guerres civiles, et ce jusqu'à présent.
En 2011, Muammar Kadhafi est éliminé en Libye après une intervention internationale menée par la France et l'OTAN. Là encore, le « dictateur » disparaît, mais le pays se désintègre en milices rivales. C'est d'ailleurs l'un des pays les plus instables sur le globe.
Dans chacun de ces cas, la chute du dirigeant n’a pas produit la stabilité comme souvent envisagée par les auteurs et acteurs de ces interventions.
Dans le cas du Venezuela
Le Président Américain Donald Trump a, dans la conférence de presse après la capture de Maduro, déclaré que les États-Unis d'Amérique dirigeraient le Venezuela en attendant que la situation se régularise.
Mais la vérité est que le risque d'une Libye bis ou d'un Irak bis est trop fort : fragmentation territoriale, économie de survie, ingérences multiples, et effondrement durable et totale de l’autorité centrale.
Peut-être y parviendra-t-il cette-fois. Cependant, les cas précédents n'ont pas laissé une fin reluisante pour les États victimes de ces coups de force, coups de puissance.
Droit international VS Relations Internationales
Le bras de fer entre le Droit international et les relations internationales n'est pas une affaire du XXIè siècle. L'histoire a montré et continue de montrer qu'en matière de relations entre Sujets du droit international, seuls les rapports de forces sont privilégiés.
Autrement dit, il y a que les rapports de force qui priment. Les plus puissants écrasent les plus faibles sans état d'âme. Pour preuve les cas de la Russie par rapport à l'Ukraine, d'Israël par rapport à la Palestine, du Rwanda par rapport à la RDC... des États-Unis d'Amérique par rapport à l'Irak et au Venezuela.
Retirer brutalement un chef d’État dans un pays, au moyen de la force armée constitue un acte d'agression, une remise en cause de la souveraineté du pays concerné. Une tentative de colonisation tout simplement.
Cependant, le Droit international restera muet justement parce que le protagoniste est bel et bien « la plus grande puissance mondiale ». Même les organisations internationales ne vont ni condamner ni opiner. Car le rapport de force est clair.
Vu le niveau du Venezuela, on ne peut vraiment dire qu'il a besoin que son président soit arrêté. Même si le gouvernement ou son Président est « corrompu » jusqu'au cou, une intervention étrangère ne va rien reconstruire. Au contraire, elle renforce les soupçons d’institutions pas du tout crédibles.
Une chose est sûre : l'histoire est têtue. Dans les mêmes conditions, elle se répétera. Et comme toujours, elle se répétera sous la forme la plus tragique.
Ce sera tout pour cette édition, chers amoureux de la diplomatie et des Relations Internationales !
Merci de votre attention, nous vous donnons rendez-vous pour bientôt !