10/01/2026
TRIBUTE RECICO
À la découverte des pionniers du cinéma africain
RICHARD DE MEDEIROS
Le cinéaste béninois entre mémoire, modernité et identité
Quand on remonte aux origines du cinéma béninois, un nom s’impose avec évidence, même s’il reste encore trop peu connu du grand public : Richard De Medeiros.
Longtemps professeur de lettres, critique et penseur culturel, il est aussi l’un des premiers à avoir porté le cinéma béninois sur la scène africaine et internationale.
Une vie entre lettres et images
Né à Ouidah, au Bénin, en 1937 (certaines sources évoquent 1940), Richard De Medeiros grandit dans une ville chargée d’histoire, de mémoire et de spiritualité — des éléments qui marqueront durablement son regard de cinéaste.
Il se forme d’abord en lettres à Cotonou puis à Paris, où il s’intéresse particulièrement au surréalisme, aux écritures modernes et à la pensée critique. Ce détour par la littérature nourrit son approche du cinéma, qu’il considère très tôt comme un langage à part entière, capable de raconter l’indicible.
Il enseigne ensuite la littérature et le cinéma dans des institutions en Afrique du Nord, notamment à l’Institut de Journalisme d’Alger, où il réalise ses premiers films.
De retour au bercail, il contribue au développement culturel du Bénin en créant notamment un ciné-club, l’Association du 7e art, et une r***e culturelle, Perspectives 7.
- FILMOGRAPHIE
Les films de Richard De Medeiros s’inscrivent dans une période charnière : celle où le cinéma africain cherche sa voix, son langage et son autonomie.
- Le roi est mort en exil (1970)
Court documentaire historique et politique, fruit de son séjour à Alger..
Le film revient sur l’exil du roi Béhanzin, dernier souverain du Dahomey, déporté en Martinique par la colonisation française.
- Téké, hymne au Borgou (1972)
Documentaire poétique inspiré de la tradition orale.
Le cinéaste y adopte une narration proche du griot, mêlant chants, récits et images du Nord-Bénin.
- Silence et feu de brousse (1972)
Court métrage de fiction explorant la vie rurale et les tensions invisibles entre tradition et modernité au Bénin.
- Le Nouveau Venu (1976)
Premier grand long métrage de fiction du cinéma béninois.
L’histoire met face à face deux visions de la société béninoise :
Senou, fonctionnaire corrompu,
Ahouenou, le nouveau venu idéaliste qui veut changer les choses.
À travers leur affrontement, le film questionne la société post-indépendance, le pouvoir, la modernisation et le poids des croyances.
Le Nouveau Venu est souvent considéré comme l’acte de naissance d’un cinéma béninois conscient, critique et autonome.
- Un regard cinématographique singulier
Richard De Medeiros filme avec sobriété, privilégiant les silences, les gestes hérités à la fois de la tradition orale et de sa formation littéraire.
- Un pionnier trop peu célébré
Souvent éclipsé par les générations suivantes, De Medeiros demeure pourtant l’un des véritables fondateurs du cinéma béninois moderne, inspirant plusieurs générations de cinéastes béninois, dont François Sourou Okioh.
Anecdotes et traces internationales
Il participe à des débats critiques internationaux, notamment autour du regard ethnographique et du cinéma afro-direct, affirmant la nécessité pour les Africains de maîtriser leurs propres images.
En 1980, il apparaît dans Cinématon #86 de Gérard Courant, aux côtés de grandes figures du cinéma mondial — signe de sa reconnaissance internationale.
Redécouvrir l'œuvre de Richard De Medeiros aujourd’hui, c’est comprendre d’où vient le cinéma béninois… et mieux imaginer où il peut aller.
VIVE LE CINÉMA, VIVE LE MAÎTRE !