04/09/2026
RÉMUNÉRATION DES AME
Partagez-vous cette analyse ?
La rémunération publique n’est jamais une traduction parfaite de l’utilité sociale d’un métier
Les cris de cœur de certains aspirants au métier d'enseignement (AME), qui estiment que leur salaire ne correspond pas à l’importance de leur métier, poussent à savoir si le salaire d’une personne reflète-t-il réellement l’utilité de son travail pour la société ?
Nous devons éviter de transformer le débat sur les salaires en une simple guerre entre catégories de travailleurs du genre > .
Je pars d’abord dire qu’un métier peut être extrêmement utile à la société sans être parmi les mieux payés. Et à l’inverse, un métier qui rapporte beaucoup d’argent n’est pas obligatoirement plus utile à la société.
C’est interessant non ?
Voilà !
J’étais aussi ému quand j’entendais aussi des raisonnements du genre :>
C’est facile de le dire . Mais dans la réalité, le calcul est beaucoup plus compliqué.
Le nombre de ministres, de députés et le président reste minime à l’échelle d’un pays. Si on réduit, par exemple, le salaire d’un député de 4 794 722 fcfa à 2 000 000 fcfa, on récupère 2 794 722 fcfa. Mais combien de fonctionnaires cela permet-il réellement d’augmenter, et pendant combien de temps ? Il faut aussi regarder combien de personnes sont concernées, combien coûterait une augmentation durable des salaires et si le budget de l’État peut supporter cette nouvelle dépense chaque année.
C’est justement là que ce raisonnement montre ses limites . Même en réduisant de moitié les salaires des ministres et des députés, ou en les supprimant complètement, la somme totale récupérée resterait une goutte d’eau face à la masse salariale nécessaire pour augmenter les milliers, voire les dizaines ou centaines de milliers, d’agents publics à faible revenu.
Répartie entre tous ces bas salaires, cette somme ne se traduirait finalement que par une hausse de quelques francs par personne. Ce serait donc une mesure purement symbolique, qui ne résoudrait en rien le problème structurel du pouvoir d’achat.
Au-delà de la question de l’argent, il faut aussi parler d’un autre risque ; faire fuir les compétences et rendre les ministres , députés plus vulnérables à la corruption. Pensez-vous que, par exemple, les personnes que Romuald Wadagni a nommées ministres n’avaient pas, avant cela, des occupations plus rémunératrices à l’étranger, qu’elles ont dû quitter pour revenir travailler au pays ?
Des salaires à la hauteur des responsabilités permettent d’attirer des personnes compétentes et expérimentées, qui pourraient souvent gagner beaucoup plus dans le privé, mais qui choisissent quand même de travailler pour l’intérêt général. Si on baisse fortement ces salaires, on risque simplement de décourager les meilleurs profils de venir travailler dans la gestion des affaires publiques.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’une rémunération correcte sert de garde-fou. Quand les responsabilités sont énormes mais que la rémunération ne suit pas, les tentations de corruption, de conflits d’intérêts ou d’influence de groupes financiers deveniennent plus fortes. Allez faire un tour dans un ministère pour voir réellement ce qu’il en est ; la charge de travail, les responsabilités et le nombre de personnes qu’un ministre doit manager. Vous n’avez aucune idée de ce que cela représente.
Je recentre à nouveau le débat ; ce n’est pas une question de prendre à l’un pour donner à l’autre.
À titre d’exemple Imaginez un hôpital. On ne peut pas dire : > Le salaire du directeur et les besoins des infirmiers sont deux questions différentes. On peut discuter du salaire du directeur, comme on peut discuter de celui des infirmiers, mais les problèmes doivent être examinés séparément, en fonction des responsabilités, des besoins et des moyens disponibles.
C’est pareil avec le budget de l’État.
Ce n’est pas parce qu’on réduit la part de quelqu’un qu’on a d’office assez de gâteau pour nourrir correctement tous les autres. Si le gâteau est trop petit, le vrai problème est la taille du gâteau.
Voilà pourquoi je pense qu’il faut sortir de cette opposition entre catégories de travailleurs. Le problème est loin de savoir quel fonctionnaire doit être suffisamment pauvre pour que son collègue puisse être mieux payé. Le vrai sujet, c’est de savoir comment l’État doit améliorer l’ensemble de sa politique salariale, particulièrement pour les agents les moins bien rémunérés, tout en trouvant des ressources suffisantes pour financer ces améliorations.
Voyons donc s’il faut rémunérer chacun selon la valeur de son travail.
D’abord qui détermine cette valeur ? Avec quels critères ? Et comment mesure-t-on la valeur sociale d’un métier ?
Prenons un enseignant et un médecin. Tous les deux rendent des services essentiels. L’un participe à l’éducation et à la formation des générations futures ; l’autre soigne, sauve des vies et contribue directement à la santé de la population.
Pourtant, leurs rémunérations sont très différentes.
En Angleterre, par exemple, un enseignant qualifié commence autour de 32 916 livres sterling par an et peut atteindre 51 048 livres sur l’échelle principale, hors Londres. Dans le même système public de santé, un médecin généraliste salarié est rémunéré autour de 73 113 livres par an, tandis qu’un spécialiste peut atteindre environ 96 990 livres et un consultant environ 105 504 livres.
Est-ce que cela signifie que soigner vaut deux ou trois fois plus que former un enfant ? Pas du tout .
Ces différences de salaire ne sont pas une mesure précise de l’importance sociale de chaque métier. Elles résultent des qualifications nécessaires, des responsabilités, de la durée des études, des conditions de travail, de la rareté de certaines compétences, des négociations salariales et des choix budgétaires du pays.
On retrouve la même logique aussi au États-Unis, par exemple où le salaire annuel médian des policiers et agents de patrouille du shérif était d’environ 79 200 dollars en mai 2025. Cela ne veut pas dire que le policier est plus utile à la société qu’un enseignant, un infirmier ou un autre agent public. Cela signifie que le système américain rémunère ces professions selon ses propres réalités économiques, institutionnelles et budgétaires.
Méfiez vous de ceux qui brandissent des idées selon lesquelles le salaire serait une sorte de classement officiel de l’utilité des métiers. Ils n’ont aucune volonté de comprendre comment fonctionnent la distribution des salaires au sommet de l’état.
Il n’existe pas de pays, même parmi les plus développés, où toutes les catégories de fonctionnaires sont rémunérées exclusivement en fonction de la valeur sociale de leur travail.
Si on voulait vraiment appliquer cette logique jusqu’au bout, il faudrait d’abord répondre à une série de questions assez difficiles comme suit: quelle profession vaut le plus ? Celle qui sauve des vies ? Celle qui éduque les enfants ? Celle qui assure la sécurité ? Celle qui produit de la nourriture ? Celle qui construit les routes ? Celle qui fait fonctionner l’administration ? Celle qui crée des entreprises et des emplois ?
Et finalement qui décide de cette hiérarchie ?
Chaque profession pourrait légitimement expliquer pourquoi son travail est indispensable. Le médecin peut dire qu’il sauve des vies. L’enseignant peut rappeler qu’il forme les médecins, les ingénieurs et les dirigeants de demain. Le policier peut parler de sécurité. L’agriculteur peut rappeler que sans nourriture, aucune société ne fonctionne. L’ouvrier peut dire qu’il construit et entretient les infrastructures. Et ainsi de suite.
Si chacun devait être payé uniquement en fonction de son importance sociale , on se retrouverait rapidement avec un problème beaucoup plus compliqué comme comment financer tout cela ? Oui comment vraiment !!!!
C’est pour cette raison que le débat sur les salaires publics doit être mené avec deux choses en tête comme je l’ai placé en commentaire sous un post aujourd’hui : la justice sociale et la réalité économique.
Oui, il est légitime de demander pourquoi certains agents sont aussi faiblement rémunérés malgré l’importance de leur travail. Oui, et je pense que l’État cherche constamment à améliorer les conditions de ceux qui sont les moins bien payés. Mais cela ne signifie pas qu’il faut appauvrir une autre catégorie pour y arriver. Oui . Celui qui est député a deja un train de vie donné et lui ôter un franc c’est le rendre pauvre . Osons-nous dire la vérité.
La question devrait plutôt être comment créer suffisamment de ressources et faire en sorte que ceux qui échappent à l’impôt contribuent réellement, afin que l’État puisse mieux rémunérer ceux qui travaillent pour la collectivité ?
Parce qu’au fond, l’utilité sociale d’un métier et sa rémunération peuvent se rejoindre, mais elles ne sont jamais exactement la même chose.
Un salaire est le résultat de beaucoup de facteurs. La valeur sociale d’un travail, elle, est beaucoup plus difficile à mesurer.
Je m’en arrête là.
Ambroise 𝗦𝗢𝗗𝗘