12/29/2025
[𝐑𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝 𝐬𝐮𝐫 𝐧𝐨𝐬 𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐯𝐞𝐬 #𝟏𝟗] ⏳
L'an 2025 tire à sa fin, mais notre série thématique 𝑽𝒊𝒗𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒋𝒆𝒖𝒏𝒆𝒔 se poursuit !
Où se situe la ligne entre divertissement et pouvoir éducatif au cinéma ? Au Canada, entre 1920 et 1939, la prise de conscience du pouvoir des images animées sur les jeunes a pris une forme institutionnelle avec le National Council of Education (NCE), mais ses initiatives ont été sujettes à des dérives idéologiques. Aujourd’hui, (re)découvrons le texte : 𝘔𝘢𝘱𝘱𝘪𝘯𝘨 𝘵𝘩𝘦 𝘚𝘦𝘳𝘪𝘰𝘶𝘴 𝘢𝘯𝘥 𝘵𝘩𝘦 𝘋𝘢𝘯𝘨𝘦𝘳𝘰𝘶𝘴: 𝘍𝘪𝘭𝘮 𝘢𝘯𝘥 𝘵𝘩𝘦 𝘕𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯𝘢𝘭 𝘊𝘰𝘶𝘯𝘤𝘪𝘭 𝘰𝘧 𝘌𝘥𝘶𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯, 1920-1939 de Charles R. Acland (vol. 6, n. 1, automne 1995).
Le lien de l’article, paru dans le dossier « Le cinéma muet au Québec et au Canada : nouveaux regards sur une pratique culturelle », est ici : http://bit.ly/499iLLP
Dans son texte, Acland démontre le rôle majeur qu’a eu le NCE sur la cartographie du cinéma canadien, notamment en le divisant entre le « sérieux » et le « dangereux ». Le NCE – dont l’histoire et les influences demeurent à explorer davantage à ce jour –, à l’époque d’entre-deux guerres où le cinéma était relativement nouveau et où les jeunes découvraient les plaisirs du grand écran, voyait dans le médium filmique un moyen d’éduquer la jeunesse, mais aussi un danger moral s’il tombait dans le pur divertissement. Le cinéma populaire, et plus spécifiquement le cinéma américain, était perçu comme dangereux, accusé de corrompre le goût, d’encourager la violence, l’immoralité et une américanisation des valeurs. Ainsi s’articulerait un lien étroit entre la nation, l’éducation, le loisir et la jeunesse.
Dans cet ordre d’idées, le NCE agissait comme un lobby culturel actif afin de promouvoir une « éducation pour le loisir » où le temps libre doit servir la formation intellectuelle et morale de la nation. C’est pourquoi leur agenda a encouragé la production et la diffusion de films dits « sérieux » à travers la promotion de films documentaires, des événements publics, des semaines du film et des prises de position très claires sur la censure et l’encadrement des salles. Le cinéma muet y était privilégié, car il permettait au conférencier de parler par-dessus les images, de les expliquer, et nécessairement d'orienter leur sens auprès du public. Bien que le NCE ait été un incubateur de productions, d'influences et de promotions du cinéma documentaire, Acland soulève qu’il accordait ironiquement moins d’importance au film lui-même qu’au rôle éducatif des intervenants. On misait avant tout sur des pédagogues, plus que sur des cinéastes.
Le chercheur met en évidence comment ces initiatives culturelles révèlent plutôt une vision impérialiste et normative de la culture, où il s’agit moins de libérer le spectateur que de le former, de guider sa perception et son regard. Malgré ses dérives idéologiques et les critiques qu’il suscite, le NCE a néanmoins contribué à institutionnaliser une pensée du cinéma comme service public, préparant le terrain aux politiques culturelles canadiennes et ce qui deviendra l’Office national du film (ONF).
Ce texte peut nous inviter à réfléchir aux limites d’une conception de la culture réduite à sa seule fonction éducative. Le cinéma, comme toute forme culturelle, gagne aussi à rester un lieu d’émotion, de liberté d’interprétation et d’imagination.
Bonne lecture !
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Image tirée du film 𝘛𝘩𝘦 𝘙𝘶𝘨𝘨𝘦𝘥 𝘐𝘴𝘭𝘢𝘯𝘥 (Jenny Gilbertson, 1934)