10/01/2026
Mon nouvel ami Le lézard amoureux, après avoir lu le mirifique recueil de poésie d'Émilie Allard, m'a fait part d'un souhait que personne malheureusement ne peux exaucer. Il aimerait qu'Émilie se rapetisse à sa taille afin de pouvoir glisser ensemble sur les nervures des feuilles d'automne en toboggan-tandem. Tout comme moi, il trouve que la poète fait montre d'une habileté peu commune à se hisser à la même hauteur que les éléments paradoxaux qu'elle scrute avec autant d'acuité dans Sinusoïdes. Quand on lit Émilie, on ne peut s'empêcher d'avoir envie de foncer tout droit dans la nuit noire même si on ne voit rien car elle nous pousse à faire confiance en nos intuitions, à torpiller nos biais. Souvent aussi, on se prend à vouloir à tout prix dénouer nos intériorisations malsaines et on se sent enfin assez d'attaque pour les faire valser dans la sémillante candeur du jour. Chose certaine, lire Émilie Allard provoque, rend admiratif et soulève le caractère inexorablement chamarré du monde. Le Lézard m'affirme comprendre intimement ce vers d'Émilie : "je dormais à l'intérieur de mon sommeil". Je lui ai répondu que je comprenais, pour ma part, parfaitement cette strophe magistrale: "laisse se partir/le sens proche/du corps comparé".
Notre prochaine lecture conjointe s'arrêtera sur Fourrières d'Iris Grondin. La première fois que je l'ai lu, j'étais debout, comme pétrifié, impossible de considérer le fait de m'asseoir tellement je ne voulais rien rater de la charge propulsée avec une rigueur syntaxique f***e. Le Lézard me regarde, lorsque je lui raconte ça et me tire la langue. Je ne sais pas pourquoi, je suis certainement fantasque à ses yeux .... on est donc deux, une chance qu'on s'a !
Éditions Nota bene