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Les Dominicains haineux ou incultes?Wilson Isidor venait de planter deux buts à la République dominicaine. Haïti venait ...
10/03/2026

Les Dominicains haineux ou incultes?

Wilson Isidor venait de planter deux buts à la République dominicaine. Haïti venait de gagner 4-1. L’euphorie. L’adrénaline. Le sang chaud du football. Le garçon pointe le sol, puis son maillot, et lâche : « La Hispaniola est Haïti. Haïti est ici. »
Et là, tremblement de terre patriotique de l’autre côté de la frontière.
On parle de souveraineté. On menace de saisir la FIFA. Des responsables politiques réagissent. Le gouvernement se raidit. On dirait presque que Wilson Isidor avait traversé la frontière avec des chars.

Calmons-nous!

Il n’a pas annexé Santo Domingo entre son premier et son deuxième but. Il a parlé. Peut-être avec provocation. Peut-être avec l’arrogance jubilatoire d’un joueur qui vient de vous en mettre quatre. Mais ce qu’il a dit possède une petite racine historique qui semble avoir piqué très fort.

Parce que Hispaniola n’est pas le nom originel de l’île.
Ce nom vient de Christophe Colomb. L’envahisseur. Le pillard. Celui dont l’arrivée inaugure sur cette terre la destruction du monde autochtone. Avant que l’Europe ne rebaptise ce qu’elle n’avait pas créé, les premiers habitants utilisaient notamment Ayiti, Quisqueya et Bohío pour désigner l’île. Des sources anciennes attestent bien l’usage de Haïti avant La Española.

Alors, chers voisins, avant de faire une syncope nationale parce qu’un footballeur haïtien prononce « Haïti » en parlant de l’île, il faudrait peut-être choisir calmement de quel héritage vous voulez être les défenseurs : celui des peuples qui étaient là avant Colomb, ou celui du monsieur qui est arrivé ensuite pour rebaptiser la maison.
Et puisque nous sommes dans l’Histoire, allons-y franchement.

Quand l’Espagne réannexe Santo Domingo en 1861, les Dominicains se soulèvent. Ceux qui veulent restaurer leur République comprennent qu’ils auront besoin d’aide. Et ils la cherchent où? En Haïti.

Des chefs de la future guerre de Restauration se tournent vers Haïti pour obtenir soutien moral, refuge et assistance. L’Académie dominicaine d’histoire elle-même rapporte que certains dirigeants révolutionnaires considéraient l’appui haïtien comme nécessaire au succès de leur lutte.

L’histoire est parfois une vilaine chose : elle empêche de haïr confortablement.
Alors la question me vient : les Dominicains qui explosent aujourd’hui sont-ils haineux ou incultes?

Je connais trop la République dominicaine pour répondre « incultes ». J’y ai vécu. J’y ai voyagé. J’y ai rencontré des gens intelligents, chaleureux, cultivés.
Donc le problème est ailleurs.
C’est cette vieille haine antihaïtienne, nourrie depuis des générations, répétée, recyclée, politisée, parfois enseignée comme un réflexe de défense nationale.
Et la haine a un talent particulier : elle rend bête même quelqu’un d’instruit.
Elle peut même faire oublier 1937.

Le massacre du Persil. Des milliers d’Haïtiens assassinés sous Trujillo, souvent à la machette, parce qu’ils étaient Haïtiens. Voilà où peut mener l’idée qu’un voisin n’est plus un voisin mais une menace biologique, culturelle, raciale.
Nous sommes en 2026. Ça ne repassera pas.

La République dominicaine peut contrôler sa frontière. Elle peut appliquer ses lois migratoires. C’est son droit. Mais humilier, traquer, brutaliser, expulser massivement des Haïtiens comme s’ils constituaient une contamination nationale nourrit exactement le poison historique dont cette île a déjà trop bu.

Depuis la déclaration d’Isidor, la chasse aux Haïtiens semble avoir redoublé d’ampleur. J’ai même reçu des témoignages d’Haïtiens en situation régulière, avec leurs papiers en règle, interceptés par des agents. Comme ils avaient de l’argent sur eux, ils se sont fait racketter — pratique malheureusement bien connue — puis relâcher sans même être conduits au centre de détention de Haina.

Et il faut aussi arrêter un fantasme. La République dominicaine n’est pas une superpuissance. Elle n’est pas les États-Unis. Elle n’a ni la capacité militaire, ni le poids géopolitique, ni la licence historique que certaines grandes puissances se sont arrogée pour envahir, occuper ou remodeler des territoires selon leurs intérêts. Elle ne va pas envahir Haïti, absorber Haïti, effacer Haïti ou décider que les Haïtiens doivent disparaître de l’île.

Il faudra donc s’habituer à une vérité géographique extraordinairement compliquée : nous sommes là. Vous aussi. Deux peuples. Deux États. Une île.

Même Luis Abinader semble incapable de monter à une tribune internationale sans qu’Haïti finisse quelque part dans son discours. À la dernière Assemblée générale de l’ONU, la crise haïtienne occupait encore une place centrale dans son intervention et dans son agenda new-yorkais.

À force, Haïti devient presque le troisième parti politique dominicain.
Mais on ne construit pas une identité nationale en passant son temps à expliquer qui on n’est pas.

La République dominicaine n’est pas Haïti. Très bien. Haïti n’est pas la République dominicaine. Très bien aussi.

Maintenant qu’on a réglé ce problème de maternelle, pouvons-nous enfin grandir?
Parce que nous n’allons pas déplacer l’île. Nous n’allons pas déménager l’un des deux peuples. Et nous n’allons pas passer les deux prochains siècles à nous regarder comme deux chiens de part et d’autre d’une clôture.

La haine n’est pas une preuve de puissance. Elle est souvent l’aveu d’une peur.
Parfois d’un complexe. Toujours d’une faiblesse.
L’homme n’a pas été fait pour passer sa vie à fabriquer un ennemi dans le visage de son voisin.

Alors oui, Wilson Isidor a provoqué.
Mais peut-être que le vrai scandale n’est pas qu’un Haïtien ait crié « Haïti est ici ».
Peut-être que le vrai scandale est qu’en 2026, il suffise encore de prononcer Haïti en République dominicaine pour réveiller autant de colère.

Gaspard Dorélien

03.10.26
16h58

Phobie de l’IA, je retourne à la machine à écrireDéjà, je subissais le syndrome de l’imposteur : ce doute permanent qui ...
10/02/2026

Phobie de l’IA, je retourne à la machine à écrire

Déjà, je subissais le syndrome de l’imposteur : ce doute permanent qui vous fait vous demander si vous avez vraiment la légitimité de créer, d’écrire, de publier… À cela s’ajoutait la bonne vieille phobie de la page blanche.

Maintenant, il faut compter avec une nouvelle angoisse : écrire soi-même un texte, y mettre ses idées, ses émotions, ses nuits blanches, ses hésitations, ses corrections… et voir quelqu’un conclure tranquillement : « Ça, c’est de l’IA. »

Une amie vient de me dire qu’elle compte s’acheter une machine à écrire.

Je monte à bord.

Ma prochaine acquisition pour mon aventure avec l’écriture sera donc une machine à écrire.

Au moins, quand je publierai un texte, je pourrai peut-être joindre une photo du ruban encreur, des doigts tachés, de la feuille chiffonnée et des fautes corrigées au “liquid paper” comme certificat d’authenticité.

Et encore… je suis sûr qu’un jour quelqu’un dira :

« Oui, mais l’IA peut aussi imiter une Re*****on. »

À ce rythme-là, il ne me restera bientôt plus qu’une solution : écrire à la plume d’oie, puis faire signer chaque page par deux témoins et un notaire.

Gaspard Dorélien

02.10.26
14 h 43

LAVE BOUDA yo ak gòl! IMILYE YO ak gòlGrenadye yo, tanpri souple, nou pa kapab bay frè n ak sè n anpe Dominiken ak Leta ...
09/29/2026

LAVE BOUDA yo ak gòl! IMILYE YO ak gòl

Grenadye yo, tanpri souple, nou pa kapab bay frè n ak sè n anpe Dominiken ak Leta Dominiken ap maltrete, imilye… tanpri LAVE BOUDA yo ak gòl! IMILYE YO ak gòl pou nasyon an!

Mèsi davans!

Sitwayen konsène!

Ale chache kote w grate tande   Youn nan pi bèl repòtaj m fè an 2009. Yon atik ki pibliye nan Le Nouvelliste 7 desanm 20...
09/23/2026

Ale chache kote w grate tande

Youn nan pi bèl repòtaj m fè an 2009. Yon atik ki pibliye nan Le Nouvelliste 7 desanm 2009. Menm nan korektè tèks sa pat pase. Men lan di m 70% tèks la se IA ki fè l 🤣🤣🤣

Allo maman, je garde encore la plume!Maman,Je ne sais pas si tu te souviens exactement de ce moment-là. Moi, oui.En 1996...
09/22/2026

Allo maman, je garde encore la plume!

Maman,

Je ne sais pas si tu te souviens exactement de ce moment-là. Moi, oui.

En 1996, j’étais encore en seconde/Rhéto quand tu as financé la publication de mon premier recueil de poèmes. À cet âge-là, on ne mesure pas toujours la portée de certains gestes. On les reçoit avec enthousiasme, avec fierté, parfois avec l’insouciance de la jeunesse. Mais trente ans plus t**d, je comprends mieux ce que tu avais fait. Tu n’avais pas seulement payé l’impression de quelques pages. Tu avais validé quelque chose en moi. Tu avais dit, sans forcément le formuler ainsi : « Continue. Ce que tu écris mérite d’exister. »

Et puis, il y a eu ce premier roman que tu m’as offert. Un Harlequin. En anglais. Je me souviens moins de l’histoire que du geste. Là encore, tu avais mis un livre entre mes mains. Une porte. Une invitation.

Aujourd’hui, j’ai envie de te dire que je n’ai pas perdu cette direction.

Depuis octobre 2024, je lis et j’écris à plein temps. Ce n’est certainement pas l’entreprise la plus rentable que j’aie jamais menée. Très loin de là. Mais Bon Dieu, qu’est-ce que je suis heureux!

En 2025, j’ai lu ou écouté 44 livres et demi. Oui, le demi compte. En 2026, j’en suis déjà à une trentaine. Et je continue.

Je ne suis pas parti en vacances depuis août 2022. Pourtant, je voyage tout le temps. Je traverse des pays. Des villes. Des époques. Des maisons. Des chambres. Des drames. Des histoires d’amour. Des guerres intérieures. Des renaissances. Je fais le tour du monde à travers les livres.

Et quand je referme un roman, j’ouvre souvent un autre monde : le mien.

J’écris. Je crée des personnages. J’explore les thèmes qui m’ont toujours habité : la cuisine, la résilience, la psychologie, la musique — j’écris aussi des paroles de chansons —, le cinéma, l’amour, les relations entre hommes et femmes… et depuis quelque temps, le pardon.

Il y a quelque chose d’immense dans le fait de partir d’une page blanche et de voir apparaître une voix, une émotion, une histoire, parfois un univers entier.

Alors aujourd’hui, je voulais simplement te rassurer.

La plume que tu as aidé à mettre dans ma main en 1996 ne s’est pas perdue.

Je l’ai gardée.

Je l’ai parfois posée.

Je l’ai reprise.

Je l’ai transformée.

Mais elle est encore là.

Merci pour le recueil.

Merci pour le roman.

Merci d’avoir cru, peut-être avant moi, qu’il y avait quelque chose à écrire.

Allô maman…

je garde encore la plume! ✒️✍🏽

Gaspard Dorélien

22.09.26
12h55

Je vous jure que le roman est beau…Comme tout bon roman, dès les premières ligne l’auteur te place dans le coeur de l’hi...
09/14/2026

Je vous jure que le roman est beau…

Comme tout bon roman, dès les premières ligne l’auteur te place dans le coeur de l’histoire. Sans fioriture. Sans introduction rebarbative et ennnuyeuse.
Quand à l’écriture, elle est imagée, forte de caractère et obstinément poétique!
Je comfirme, a pondu une oeuvre exceptionnelle!
Hâte de manger le reste des pages du livre! 😜🤗
Gaspard D.

14.09.26
15h43

…Ce texte est cru. D’une sincérité sainte.Et la mélancolie dans la voix de   vous prend aux tripes. Elle vous garde capt...
09/12/2026

…Ce texte est cru. D’une sincérité sainte.

Et la mélancolie dans la voix de vous prend aux tripes. Elle vous garde captif. Elle vous fait mal au point d’inonder votre visage (du moins le mien — kòm gwo ti kriye).

Merci pour ce don fait à l’homme : celui de créer autant de beauté.

Vive la musique!

GD
3h24 AM

Provided to YouTube by DistroKidJe t’aimais sans armure · Maélian...

Ça n’est pas humain! Ça n’est pas Haïtien!Je ne comprends pas. Je refuse de comprendre. Comment un être humain peut-il p...
09/10/2026

Ça n’est pas humain! Ça n’est pas Haïtien!

Je ne comprends pas. Je refuse de comprendre. Comment un être humain peut-il prendre une machette, découper un autre être humain vivant, entendre ses cris, voir son sang, observer la peur dans ses yeux… et continuer? Comment peut-on assister à l’agonie d’une personne et ne plus voir une personne? Comment peut-on ensuite raconter cela, presque froidement, et affirmer qu’on recommencerait si la victime revenait à la vie? Comment? À quel moment quelque chose s’est-il cassé en nous?

Ça n’est pas humain. Et ça n’est surtout pas Haïtien.

Je n’ai pas la prétention de vouloir réécrire les règles qui régissent le vivre-ensemble entre les hommes. Mais il y a des évidences qu’on ne devrait même pas avoir besoin d’expliquer. Nous sommes fragiles. Nous avons besoin les uns des autres. Nous pouvons tomber malades. Perdre un emploi. Perdre une maison. Perdre un enfant. Perdre une mère. Perdre la tête. Perdre l’espoir. Aucun de nous ne maîtrise suffisamment la vie pour pouvoir regarder l’autre de haut.

Et pourtant, nous nous détruisons. Physiquement. Moralement. Avec les a***s. Avec les machettes. Avec les mots. Avec les humiliations. Avec les réseaux sociaux. Avec cette étrange jouissance qui semble parfois habiter celui qui réussit à faire souffrir l’autre.

Je sais. Cette phrase peut déranger. Parce qu’un crime commis par un Haïtien est bien un crime commis par un Haïtien. Mais je parle ici de ce que nous avons prétendu être. De ce que notre histoire nous a obligés à devenir. Nous sommes les descendants d’un peuple qui a refusé qu’un homme puisse appartenir à un autre homme. Un peuple qui a payé un prix presque inimaginable pour sa liberté.

Après l’indépendance, notre jeune nation a été isolée, méprisée, redoutée par les puissances esclavagistes. La France a imposé à Haïti une indemnité écrasante en échange de la reconnaissance de son indépendance. Pendant des générations, notre pays a porté le poids économique de cette extorsion historique.

Nous avons suffisamment payé. Nous avons suffisamment été punis. Nous avons suffisamment connu le rejet. Pourquoi devons-nous maintenant devenir nous-mêmes les bourreaux de nos propres frères? Pourquoi ajouter notre haine à celles que l’histoire nous a déjà servies? Pourquoi transformer un autre Haïtien en ennemi simplement parce qu’il ne pense pas comme nous?

Regardez-nous. Féministes contre antiféministes. Lavalas contre Duvaliéristes. PHTK contre Lavalas. Hommes contre femmes. Jeunes contre vieux. Clairs contre foncés. Riches contre pauvres. Diaspora contre résidents. Ceux qui sont partis contre ceux qui sont restés. Ceux qui parlent français contre ceux qui parlent créole. Ceux qui ont étudié contre ceux qui n’ont pas pu. Nous avons inventé tellement de raisons de nous détester que l’amour, parfois, semble devenu un acte de rébellion.

Et les réseaux sociaux ont offert à cette haine un stade de cent mille places. On insulte. On ridiculise. On expose. On déshabille moralement. On filme l’humiliation. On applaudit la chute. On transforme le malheur d’un autre en divertissement.

Il y a des gens qui ne tuent personne avec une a**e, mais qui assassinent tous les jours avec leurs mots. Une réputation. Une dignité. Une estime de soi. Un courage. Un rêve. On peut faire saigner quelqu’un sans le toucher. On peut pousser une personne au bord du gouffre avec un écran entre elle et nous. Pourquoi? Qu’avons-nous donc à gagner à voir l’autre diminuer?

Je pense souvent à cette idée simple : nous ne nous sommes pas créés les uns les autres. Je n’ai pas fabriqué ton cœur. Tu n’as pas fabriqué mes poumons. Aucun de nous n’a posé les yeux de l’autre dans son visage. Aucun de nous n’a décidé du premier battement du cœur de l’autre. Alors d’où nous vient cette arrogance de décider qui mérite de vivre? Qui mérite d’être humilié? Qui mérite d’être exclu? Qui mérite d’être détruit?

Nous n’avons pas le pouvoir de création les uns sur les autres. Nous ne devrions pas nous arroger celui de l’élimination.

Je sais que ce cri peut se perdre. Je sais que dans le fracas des a***s, les appels à l’amour ont parfois l’air naïfs. Je sais qu’un homme qui tient un f***l peut rire d’un texte qui parle de fraternité. Je sais qu’une personne nourrie par la haine peut trouver mes mots inutiles. Mais je préfère encore être naïf du côté de l’amour que lucide du côté de la barbarie.

Parce qu’au bout de tout cela, nous voulons tous presque la même chose. Dormir sans peur. Voir nos enfants grandir. Manger à notre faim. Être respectés. Être aimés. Avoir quelqu’un à appeler quand tout s’effondre. Pouvoir rentrer chez soi. Pouvoir croire que demain vaut la peine d’être attendu.

Chers Haïtiens. Chères Haïtiennes. Réveillons-nous. Nous sommes restés trop longtemps enfermés dans ce cauchemar. La haine nous a déjà trop coûté. La violence nous a déjà trop volé. Les gangs nous ont déjà pris trop de rues, trop de maisons, trop de vies. Ne leur donnons pas aussi nos cœurs. Ne devenons pas chacun, à notre petite échelle, le gang émotionnel, politique, social ou numérique de quelqu’un d’autre.

Aimons-nous. Pas parce que nous sommes toujours d’accord. Mais précisément parce que nous ne le serons jamais complètement. Aidons-nous. Protégeons-nous. Respectons-nous. Quand quelqu’un tombe, tendons la main avant de sortir le téléphone. Quand quelqu’un réussit, applaudissons sans chercher l’ombre derrière sa lumière. Quand quelqu’un pense autrement, répondons-lui sans essayer de le détruire. Quand quelqu’un souffre, souvenons-nous qu’un jour, ce sera peut-être nous.

Je ne rêve pas d’un peuple parfait. Je rêve simplement d’un peuple qui recommence à reconnaître un frère dans le visage d’un autre Haïtien. Un peuple capable de dire : je ne te connais pas. Je ne pense peut-être pas comme toi. Je ne t’aime peut-être même pas encore. Mais je sais une chose : ta vie compte. Ta dignité compte. Tes la***s comptent.

Et tant que nous serons encore capables de nous dire cela les uns aux autres, tout ne sera pas perdu.

Gaspard Dorélien

10.09.26
16h46

Ce que retourner en Haïti veut direOn l’appellera Phanord. Il a 34 ans. Il est photographe. Il vit depuis avril 2023 dan...
09/08/2026

Ce que retourner en Haïti veut dire

On l’appellera Phanord. Il a 34 ans. Il est photographe. Il vit depuis avril 2023 dans l’Ohio, aux États-Unis. Depuis deux semaines, il porte le fameux bracelet électronique. Sa déportation vers Haïti est imminente. Et depuis que cette perspective est devenue réelle, dormir trois heures dans une nuit relève de la grâce. Jamais Phanord n’aurait imaginé que l’idée de retourner sur sa terre natale lui enlèverait un jour le sommeil.

Phanord ne déteste pas Haïti. Il en a peur.

Et cette distinction est importante.

Ce texte n’est surtout pas une offense à ceux qui sont restés. Par choix. Par devoir. Par impossibilité de partir. Ceux qui, depuis des années, ont encaissé les coupures d’électricité, l’eau potable devenue incertaine, l’inflation, l’insalubrité, les kidnappings, le concert des a***s, les routes coupées, les quartiers perdus. Ceux-là sont, à leur manière, des super-héros. Ils mériteraient presque le paradis rien que pour avoir réussi à continuer à vivre au milieu de tout cela.

Mais revenir est une autre expérience.

Surtout lorsqu’on est parti après avoir déjà été traumatisé.

Phanord a étudié la photographie au début de 2018 à Fotomatik Haiti, l’école que j’avais créée quelques années plus tôt à Port-au-Prince. Il était sorti lauréat de sa promotion.

Il habitait Côte-Plage 28, à Carrefour.

Photographe de mariage, travailleur, ambitieux, il avait suffisamment économisé pour louer, fin 2019, un petit espace à Delmas 19. Il voulait son studio. Photo. Audiovisuel. Infographie. Sa petite entreprise. Son morceau d’avenir.

Puis Martissant est progressivement devenu ce que l’on sait.

Pour aller travailler, Phanord devait traverser un territoire où le déplacement lui-même devenait une épreuve. En 2020, il abandonne son studio.

Après, même travailler en freelance devient compliqué.

Deux de ses connaissances sont kidnappées, l’une à Delmas, l’autre au centre-ville. L’une d’elles est tuée malgré le paiement de la rançon.

Depuis, certaines images ne quittent plus Phanord.

Il a toujours eu peur des a***s. Désormais, elles habitent aussi sa tête.

Quand, fin 2022, il entend parler du programme de humanitarian parole mis en place par l’administration Biden, il reçoit la nouvelle comme une fenêtre ouverte dans une pièce où il manquait d’air. Il n’a personne aux États-Unis pour parrainer sa demande. Il cherche. Il insiste. Une amie finit par convaincre un parent de l’aider.

En avril 2023, il arrive aux États-Unis.

Pendant ce temps, des membres de gangs prennent possession de sa petite maison à Côte-Plage.

Il n’avait donc déjà presque plus rien vers quoi revenir.

Aujourd’hui, il n’a plus de famille proche en Haïti. Plus de maison disponible. Plus de véritable point de chute.

Et Carrefour, sa commune, ressemble encore moins à celle qu’il a quittée.

Des rapports des Nations unies ont documenté dans Carrefour et Gressier des « taxes » imposées par des groupes armés pour circuler d’un quartier à un autre. Plus récemment, des témoignages ont décrit des quartiers où des hommes armés recensent les habitants et imposent des contributions financières aux occupants des maisons.

Voilà donc ce qu’on demande à Phanord de préparer : un retour.

Mais retourner où?

Dans quelle maison?

Chez qui?

Pour travailler où?

Pour prendre quelle route?

Il n’arrive même pas à construire mentalement son premier jour en Haïti.

Il boit son café noir. Il stresse. Il désespère.

Et depuis deux semaines, il regarde régulièrement sa cheville.

Le bracelet.

Ce petit objet est devenu le calendrier physique de son expulsion.

Dans le même État où vit Phanord, un autre jeune Haïtien portait récemment le même genre de dispositif.

Il s’appelait Pierre Damas Bel. Il avait 20 ans. Étudiant, joueur de soccer, brillant élève, il venait de commencer l’université. ICE lui avait posé un bracelet électronique le 29 juillet. Selon sa famille, il vivait cette surveillance comme une humiliation et était profondément affecté par la perte de sa protection migratoire. Le 31 août, il a été mortellement heurté par un camion après être sorti de sa voiture sur l’Interstate 70. Sa famille considère sa mort comme un su***de lié, au moins en partie, à cette détresse; l’enquête sur les circonstances exactes se poursuit.

Je ne compare pas les deux hommes.

Je ne prétends surtout pas savoir ce qui se passe dans la tête de Phanord.

Mais depuis la mort de Bel, son bracelet pèse peut-être un peu plus lourd.

Car derrière ce morceau de plastique et d’électronique se trouve une phrase silencieuse :

Tu peux être renvoyé.

Et pendant ce temps, les nouvelles qui arrivent d’Haïti ne l’aident pas à préparer son esprit.

Dans la nuit du 23 au 24 août, au moins 47 personnes ont été tuées à Kenscoff. Des dizaines d’autres ont été enlevées. Certaines victimes avaient cherché refuge dans une église.

Puis septembre arrive avec une nouvelle poussée de kidnappings.

Me Caleb Jean-Baptiste, la directrice générale de l’ONAPE Stéphanie Paultre et des policiers qui les accompagnaient ont été enlevés dans l’Artibonite.

À Delmas 31, le journaliste de Radio Télé Métropole Wesly Renaud Jean a également été kidnappé, selon plusieurs médias haïtiens et des sources concordantes.

L’endroit où Phanord devrait revenir ne lui envoie donc aucun signal rassurant.

Même la nouvelle Force de répression des gangs, censée accompagner les forces haïtiennes, n’est pas encore pleinement déployée. Elle n’opère pour l’instant qu’à capacité limitée, alors que les gangs étendent déjà certaines de leurs opérations au-delà de la capitale.

Alors quand Phanord dit :

« Retourner en Haïti, pour moi, ça veut dire mourir »,

je ne peux pas vérifier cette prophétie. Personne ne le peut.

Mais je peux comprendre la peur qui la produit.
Parce que partir transforme parfois le pays natal.

On continue de l’aimer. On cuisine sa nourriture. On écoute sa musique. On parle sa langue. On regarde ses photos. On se souvient de ses rues.

Mais quand l’idée d’y retourner devient concrète, l’amour se cogne brutalement à la réalité.

Et le pays qu’on porte dans son cœur n’est plus exactement celui dans lequel l’avion va vous déposer.

C’est peut-être cela, finalement, que signifie aujourd’hui retourner en Haïti pour certains.

Ce n’est pas rentrer chez soi.

C’est être renvoyé vers un endroit qu’on appelle encore chez soi, mais où l’on ne sait plus où dormir la première nuit.

Gaspard Dorélien

08.09.26
19h44

"Penser contre nous-même" Thélyson Orélien, quand Haïti répond au chaos par un livre Seule la littérature pouvait émettr...
09/07/2026

"Penser contre nous-même" Thélyson Orélien, quand Haïti répond au chaos par un livre

Seule la littérature pouvait émettre un signal aussi positif au milieu de ce terrifiant foutoir dans lequel s’enterre, sans poésie, lentement mais sûrement.

Nous vivons un temps où l’Haïtien est devenu, trop souvent, quelqu’un qu’on repousse.

On le chasse de République dominicaine. On le renvoie des Bahamas. Aux États-Unis, la fin du TPS a replongé des centaines de milliers de compatriotes dans l’incertitude. En Haïti même, des gangs chassent les familles de leurs quartiers, brûlent les maisons, fragmentent les villes, mutilent le quotidien.

L’Haïtien cherche une place.

Pour vivre. Pour dormir. Pour travailler. Pour exister sans avoir à justifier continuellement son droit d’être quelque part.

Et puis arrive Thélyson Orélien.

Pas avec une a**e. Pas avec un discours politique. Pas avec un slogan. Avec un livre. C’était ça, ou mourir. Un premier roman qui se retrouve dans la sélection du Goncourt.

Et c’est là que le paradoxe devient presque bouleversant.

Thélyson vient d’un pays où trop d’écoles fonctionnent sans véritable bibliothèque. D’un pays où les rares espaces consacrés à la pensée, à la lecture, à la transmission sont eux-mêmes fragilisés par le chaos. La Bibliothèque nationale d’Haïti se trouve dans une zone devenue presque inaccessible. Elle a été vandalisée. La bibliothèque des Frères de l’Instruction chrétienne, à proximité, a elle aussi subi la violence du désordre.

Or, l’écriture est souvent le prolongement de la lecture.

Alors comment expliquer qu’un jeune issu de cet environnement puisse produire une œuvre capable de se frayer un chemin jusqu’à l’un des prix littéraires les plus prestigieux du monde francophone?

Comment expliquer que face à des sociétés où l’on trouve des bibliothèques, des librairies, des galeries d’art, des salles de spectacle et des lieux de savoir presque à chaque coin de rue, un Haïtien venu d’un pays où la culture elle-même doit parfois lutter pour survivre arrive à imposer sa voix?

Peut-être parce que la création ne naît pas seulement de l’abondance.

Elle naît aussi du manque. Du déplacement. Du silence. De la perte. De ce que l’on porte quand tout le reste s’effondre.

Dans ses entretiens, Thélyson ne réduit pas son roman à un récit sur la migration. Il parle surtout d’êtres humains. D’hommes et de femmes qui avancent parce qu’ils n’ont plus le choix. De personnes qu’on appelle “migrants” jusqu’à oublier leurs visages, leurs blessures, leurs rêves.

C’est précisément là que la littérature devient nécessaire. Elle rend un nom à ceux qu’on transforme en statistiques. Elle rend une histoire à ceux qu’on réduit à un statut. Elle rend une dignité à ceux qu’on repousse aux frontières.

Et peut-être que “penser contre nous-même”, c’est aussi cela : refuser de croire que le chaos nous résume.

Haïti n’est pas seulement ce que les gangs détruisent. Haïti est aussi ce qu’un jeune écrivain réussit à construire avec des mots.

Et pendant que certains ferment des frontières aux Haïtiens, la littérature, elle, vient d’en ouvrir une immense à Thélyson Orélien.
Parce qu’au milieu des a***s, quelqu’un écrit encore. Et cette fois, le monde lit.

Gaspard Dorélien

07.09.26
15h15

Photo: Éditions Grasset

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