Kat verite

Kat verite Verite, kat sou tab, chak semèn Avèk Gaspard Dorélien

06/16/2026

❤️♥️💙💕😘😍🥰

Si Letènèl ak jwè yo fè   rive nan dezyèm tou   la ⚽️, sa ap bay pèp Ayisyen yon lajwa ak espwa san parèy!  jire! Ti mes...
06/05/2026

Si Letènèl ak jwè yo fè rive nan dezyèm tou la ⚽️, sa ap bay pèp Ayisyen yon lajwa ak espwa san parèy!

jire! Ti mesye seleksyon nasyon al la, ban nou kado sa non! 🙏🏽🙏🏽🙏🏽
Mil mèsi davans! 🙏🏽🙏🏽🙏🏽

Sans regretsC’est fou comme un roman peut vous retourner le cerveau. “Sans regrets” de Françoise Bourdin est une histoir...
06/02/2026

Sans regrets

C’est fou comme un roman peut vous retourner le cerveau. “Sans regrets” de Françoise Bourdin est une histoire des plus ordinaires. Mais n’a-t-on pas dit que l’extraordinaire a toujours élu résidence dans la simplicité? C’est sans regrets que je me suis laissé chiffonner le cœur par ce roman où l’amour va et revient à tout-va.

C’est mon 21e roman depuis 2026. Je ne compte pas les trois romans de Mélissa Da Costa que j’ai laissés en plan. Pas parce qu’ils ne me plaisent pas; plus deux autres de Virginie Grimaldi, qui reposent sur ma table de chevet et dans les coins de ma tête. Je dois finalement le reconnaître : je suis aussi frivole en lecture qu’une personne que je connais en amour.

Si je compte bien, j’ai dix romans que j’ai commencés en même temps (une vraie orgie de lecture), les laissant s’assoupir… et j’ai terminé en deux jours “Il y a 7 ans” de Guillaume Musso. Ce dernier est l’auteur qui m’a gardé captif de juillet 2021 à juin 2022. J’ai lu une dizaine de ses romans. Et depuis trois jours, je suis scotché à “Sans regrets”, de cette autrice que je découvre, dont j’adore la délicatesse du clavier.

Je le termine ce soir. Ou ce matin. Il est passé 1 heure du matin au moment où mes doigts, fébriles, pianotent sur l’écran de mon téléphone ces mots, sans pieds, sans tête.

J’ai le cerveau tout renversé par l’histoire de Richard, qui rompt avec son amour d’enfance — pour qui il avait rompu d’avec sa femme, et mère de sa fille — pour ce même amour de jeunesse. C’est à se demander si l’amour a toujours sa tête sur ses épaules?

Gaspard DORÉLIEN
Ottawa
02.06.26
1 h 12 AM

😜

L’idée d'être avec toiLe hasard doit sûrement ne pas exister. Ce qui est aujourd’hui était juste un rendez-vous. J’ai ad...
05/27/2026

L’idée d'être avec toi

Le hasard doit sûrement ne pas exister. Ce qui est aujourd’hui était juste un rendez-vous. J’ai adoré ce que tout le monde appellerait hasard ou accident dans la rencontre de la pétillante Solène (Anne Hathaway) et du gentil et audacieux Hayes (Nicholas Galitzine) dans le film "The Idea of You". Cette histoire (bien que je n’en sois qu’à la 56e minute) est une excellente leçon sur l’imprévisibilité et la tangibilité de l’amour. Je ne sais pas si les 61 minutes qui restent me décevront, mais j’adore l’idée d'être déjà avec toi. Amour!

J’ai toujours admiré Anne Hathaway. Il paraît que les années ont bonifié cette merveilleuse actrice qui ne fait pas ses 41 ans. Elle est sublime. Éclatante. Et incroyablement crédible dans ce rôle gênant qu’elle joue dans ce film, dont Gabrielle Union est l’une des productrices. Le jeu d’Anne est naturel, adroit et séducteur. Elle a 40 ans dans le film et développe une amourette avec un garçon de 24 ans. La connexion était inattendue. La relation, au regard de la logique sociétale, devrait être impossible. Dans la 70e minute et poussière, la dure réalité les rattrape ou du moins, rattrape la Solène de 40 ans. Je suis le déroulement. Espérant que Robinne Lee, actrice et autrice du roman du même titre, de qui le film a été adapté avait trouvé un dénouement à la hauteur de la première heure de l’histoire.

87e minute. J’adore jusqu’à présent le dénouement. J’adore le message lancé contre ce faussé généralement admis entre l’homme et la femme. Le premier sexe n’est jamais jugé quand il se met avec une jeunotte. Mais quand c’est le deuxième sexe que l’amour fait sortir des sentiers battus, on fait tomber sur son dos toutes les foudres du ciel.

Il est 4h30 du matin. Je dois être au bureau dans moins de 5 heures. Mais il reste encore 30 bonnes minutes avant la fin. Je croise les doigts contre toute déception.

89e minute. Je viens de hurler de surprise. Une surprise heureuse. Je ne vais pas vous “spoiler”. Je ne dis rien. Mais la dernière action dans le studio d’enregistrement entre Hayes et Solène est une perle. C'était tellement inattendu, drôle et profond à la fois.

Continuons. Les doigts toujours croisés.

“Le monde déteste le bonheur des femmes”, vient de lâcher Tracy (Annie Mumolo), une copine de Solène. C'est probablement vrai. Mais, de ma perspective, je ne pense pas que ce soit différent pour les hommes. En tout cas, on n’a semblé avoir jamais aimé le mien.
Retournons au film, vite fait.

5h04. J’ai les yeux inondés. Pas une once de déception. C’est le meilleur film romantique que j’ai regardé depuis 2024. Un presque sans faute pour l'autrice et scénariste Robine Lee, pour le réalisateur Michael Showalter et surtout pour les deux personnages principaux, la délicieuse Anne Hathaway et le talentueux Nicholas Galitzine. L'amour, toi, tu es merveilleux. Ce sont les mauvaises combinaisons qui te souillent la plupart du temps. Sinon, l’amour est beau. Éternel. Magique. Remplissant.
The Idea of You, je vous le recommande. Vivement!

Gaspard DORÉLIEN, Master of Arts
Ottawa,
27.05.2024
5h12 AM

Le phallus sur quatre roues  Je suis dans un embouteillage sur la route de Bourdon. Le thermomètre sur le tableau de bor...
05/15/2026

Le phallus sur quatre roues

Je suis dans un embouteillage sur la route de Bourdon. Le thermomètre sur le tableau de bord me dit qu’il fait très chaud : 36 degrés Celsius. Bien entendu, derrière mes vitres. Heureusement qu’il me reste encore le bonheur inestimable de la clim en voiture. Un léger assoupissement rend lourds mes yeux. Et soudain, tous les autres véhicules se transforment en organes génitaux humains. Comme il y a plus d’hommes derrière les volants, c’étaient surtout des phallus montés sur des roues que je voyais prendre la direction du centre-ville.

J’ai le ventre qui éclate à cause des deux bols de béga que je viens d’ingurgiter à la hâte, à la ruelle Chrétien. C’est comme être saoul. Mais par le ventre. Je commence à voir les véhicules qui m’arrivent dans le sens opposé comme la représentation physique de leurs conducteurs et de leurs conductrices.

Certains avaient l’air béat. D’autres se renfrognaient comme des chatons peureux. Mais il y en avait surtout qui étaient dénudés. Le rasoir avait dû strier le dos, ou le monticule qui précédait le chapeau en forme de clochette.

Chaque véhicule correspondait à la tronche de son maître. Ou maîtresse. Certains étaient des figures géométriques irrégulières. J’en ai même vu qui ressemblaient à des triangles aux proportions inégales. D’autres étaient ronds, avec des diamètres impossibles. La fierté se lisait sur des visages derrière des vitres de montures aux fières allures. Pourtant le dégoût et la honte, aux larges traits, se dessinaient sur des visages en proie à d’épais ruissellements de sueur.

Chacun était monté sur un phallus qui portait les stigmates des exploits ou des échecs, des séances où les parties supérieures des uns demeuraient suspendues en l’air.

Chacune arrivait dans ma direction sur des vulves montées sur roues. Elles étaient minces, tantôt rondes. Mais elles avaient surtout une forme allongée. La crête était tantôt généreuse, tantôt chiche, quand elle ne disparaissait tout simplement pas entre deux bandes empaillées ou nues.

La ligne de véhicules qui monte vers Pétion-Ville s’ébranle enfin. Je prends conscience de ma rêverie. Quand on est saoul du ventre, le subconscient peut être un farceur perverti. Des phallus et des vulves sur quatre roues! J’en ris encore!

Gaspard Dorélien, MA
14-05-06
17 h 25

Maso!Ça doit être ça, le masochisme. Chercher la douleur. La trouver et s’en enivrer. L’esprit est devenu encore plus ch...
05/14/2026

Maso!

Ça doit être ça, le masochisme. Chercher la douleur. La trouver et s’en enivrer. L’esprit est devenu encore plus chiffonné. Mais la douleur insoutenable de l’ennui qui squattait chaque cellule de mes pensées est remplacée maintenant par une nouvelle.

Lundi, j’avais résolu de ne plus m’empiffrer de café. Mon cœur s’était essoufflé de battre, de travailler aussi fort. Aussi vite. Dix tasses de café… même si c’était du café au goût de pisse de chien mort, il restait que ce liquide noir n’avait pas moins de caféine que celui, fort et bon, d’Haïti.

Je n’en ai pas bu dix tasses ce matin. Mais cinq. Mon cœur a recommencé à courir. Très vite. Trop vite. Mais je ne regrette rien. J’adore quand ma tête se prend pour un oiseau qui apprend à voler. Qui réussit des envols, mais à qui il arrive d’atterrir aussi sur le bec. Je crois que Baudelaire appelle ça l’ivresse.

J’ai découvert depuis peu qu’on pouvait se soûler en buvant beaucoup de café. C’est ce que j’ai fait ce matin. C’est ce que je cherchais. Je m’en voudrais de sortir, de gâcher un masque, de courir le risque de me faire éternuer dessus, juste pour aller acheter du rhum. Le café fait le même travail. Ou me travaille, moi, comme le rhum. Je ne sais même plus si mon cœur pourra continuer à courir ce marathon.

Mais je savais d’avance que cette ivresse, ces fausses ailes que je m’acquiers en étant trop gourmand, me ferait aussi mal que quand une rose se sèche. Mais je m’en fous. Je suis saoul. C’était ça, le but.

Ça doit être ça, être maso.

Gaspard Dorélien
13 mai 2020
8 h 10 AM

🙃

Déménagement!C’est moi qui suis peut-être pas normal. Je me demande : comment quelqu’un qui a plus de 40 ans peut décide...
05/14/2026

Déménagement!

C’est moi qui suis peut-être pas normal. Je me demande : comment quelqu’un qui a plus de 40 ans peut décider de déménager du jour au lendemain et arriver à le faire? Sans rien traîner derrière lui? Ou si peu. Sans regret? Et sans retourner sur ses pas? Et sans avoir le cœur qui se décompose?

Moi, cela m’a pris un an. En vrai, plus de 12 mois. Pour me faire à l’idée de déménager seulement. Changer de pays. Voir de nouveaux visages. Entendre des bruits nouveaux et, jusqu’ici, inconnus. Sentir de nouvelles odeurs. Goûter à des saveurs qui surprennent. Qui plaisent. Qui dégoûtent ou qui chavirent, tout simplement. Découvrir de nouvelles façons de bâtir le quotidien. Découvrir de nouvelles façons de s’enfermer. Oublier les barricades. Découvrir d’autres façons de respecter l’autre. Accepter qu’on n’est pas plus qu’un numéro dans ce nouvel environnement. Vivre la solitude au milieu des foules. Ne plus être surpris par la propreté des rues. Accepter de manger des fruits stériles, parce qu’ils n’ont pas de pépins. Ne plus s’étonner que le piment puisse être aussi doux que le poivron. Trouver de l’eau à chaque visite au robinet. Ne plus être étonné que l’interrupteur change la vision à chaque fois qu’on le fait changer de position. Réaliser qu’une connexion Internet pouvait être aussi rapide que le guépard. Oublier les concerts d’armes à feu. Oublier le noir qui a, le plus souvent, habité les quatre murs de la maison. Oublier la peur que la venue de deux hommes montés sur une motocyclette peut générer.

Mon esprit a pris plus de neuf mois, en entier, pour digérer ça. Tout le reste du temps a consisté à sélectionner ce que je prendrais avec moi pour partir. J’ai fait un premier. Un deuxième. Un troisième… un dixième tri. La pile n’avait pas changé. Elle était trop chargée. Mon père ne possède pas un cargo. Moi non plus.

Impossible de faire rentrer le très peu de choses que mes mains, mes yeux, mon cœur… mon quotidien ont caressé pendant ces 25 dernières années dans six, sept… huit bagages de voyage.

J’ai résolu de vendre des choses. Même si mon cœur me dissuadait de le faire. Mais il était hors de question que je vende telle ou telle chose. J’ai recommencé à trier. J’ai sélectionné. J’ai mis de côté. J’ai pratiquement plié des choses pour les faire entrer dans ma tête. Dans mon âme.
Vendre une chose qui a été présente pour servir tous les jours est, pour moi, comparable à un crime de haute trahison. C’est, pour moi, une traîtrise qu’on ne peut pas nommer.

J’ai creusé et fouillé longtemps la partie de moi qui, en général, trouve les solutions aux problèmes. Ça y est. J’ai trouvé : donner en cadeau les choses qui ne rentreront pas dans mes bagages et auxquelles je tiens, comme je tiens à chaque larme que verse mon cœur quand il est content ou quand la tristesse le dévore.

J’ai donné beaucoup de choses. Des livres. Des caméras. Des photos. Des tableaux. Des habits. Des assiettes. Des accessoires de cuisine. Des véhicules. Des espaces. Des moments. Des cahiers. Des habits. Des cravates. Des chaussures. Des chaises. Des téléviseurs. Des écrits. Des larmes.

Le plus dur, c’était les livres. J’ai des livres que je n’avais jamais lus, mais envers lesquels j’avais pris les plus grands engagements. J’ai, pendant des années, promis à ces ouvrages qu’un temps viendrait où, pendant des heures, des jours, ou même des semaines, ils seraient toujours avec moi dans les toilettes, les salles et les lignes d’attente… Pendant tout ce temps, mes yeux déshabilleraient chacune de leurs lettres, chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chacune de leurs pages, jusqu’à la dernière. Ces livres-là, je ne pouvais pas les donner. Même pas en cadeau. Mais des livres pareils, j’en avais trop. Certains sont terrés, depuis des mois, dans des malles. Je partirais avec eux, comme je dois partir avec mes amours.

Il y en a avec qui j’ai connu des moments euphoriques, des évasions porteuses de tout le bonheur du monde… que je ne pouvais pas offrir non plus.

Mes nuits ne comprenaient plus le sommeil. Mon esprit ne connaissait plus de paix. Le repos était un mot, un état d’être que je ne connaissais plus.
J’ai donné en cadeau plus d’un millier de livres. J’ai été ce traître. J’ai été, pour beaucoup de livres, celui qui n’a pas su respecter une promesse renouvelée à chaque aurore.

Cinq mois plus t**d, la blessure n’a toujours pas été refermée. Cinq mois plus t**d, je continue de me poser cette question, qui n’a reçu que des réponses muettes. J’ose, ne serait-ce que pour faire danser le couteau dans la plaie. Je suis peut-être aussi maso.
“Comment quelqu’un qui a plus de 40 ans peut décider de déménager du jour au lendemain et arriver à le faire sans avoir laissé derrière une grosse partie de son âme?”

Gaspard Dorélien
13 mai 2020
5 h 03 AM

Petite action, mais un grand rêve réalisé!Il date de 1987/1988. Mais je l’ai réalisé avec mon   presque 40 ans plus t**d...
05/10/2026

Petite action, mais un grand rêve réalisé!

Il date de 1987/1988. Mais je l’ai réalisé avec mon presque 40 ans plus t**d. Aujourd’hui, samedi 9 mai 2026, j’ai parcouru 2,36 km à vélo avec mon fils. Chacun sur sa bécane. On a été chez le coiffeur, ensuite on a un peu fait le tour de mon building d’appartement qu’une certaine personne appelle ghetto. C’était ça, le rêve : faire un tour à bicyclette avec mon père.

On ne l’a jamais fait parce que je n’ai jamais proprement possédé ma propre bicyclette. En novembre ou décembre 1987, je me suis cassé une dent sur la bicyclette de mon père. Depuis lors, mes parents, super-protecteurs, voulaient me garder loin d’une bicyclette. Bien sûr, ils n’ont pas pu. Je n’étais jamais loin de celle de mon père quand elle était à la maison. Et le dimanche était mon jour favori. Pour deux raisons : 1) j’étais dans la cuisine avec ma mère; 2) j’avais droit à la bécane pour aller acheter de la glace à l’usine située entre Thor 71 et 69, à Carrefour, commune située dans la banlieue sud de Port-au-Prince. Après cette course, je devais aller laver l’engin à la rivière de Tessereau, située au bout de l’Impasse des Fleurs, à Thor 73.

Mais le rêve, c’était d’avoir ma propre bicyclette et pouvoir aller faire une virée avec mon père. Et à cause de cet accident, de ma dent cassée (pour laquelle beaucoup m’enviaient pourtant) et de la tendance trop protectrice de mes parents, je n’ai jamais pu voir ce rêve se concrétiser.

Quand j’ai eu moi-même les moyens de m’acheter une bécane, ce sont les voitures qui m’intéressaient. En 2025, je me suis acheté une bicyclette d’occasion (40 $) et je me suis promis de réaliser ce rêve avec mon Petit Matelot. Mais l’hiver est arrivé trop vite (selon moi). Ce n’est que ce samedi que j’ai pu enfin concrétiser, dans la glaise du réel, ce grand rêve vieux bientôt de 40 ans.

On a déjà fait de la bicyclette ensemble. Mais jamais avec deux engins. Il a vraiment adoré. Mais moins que moi. Ce n’était pas juste 2,36 km parcourus. C’était un rattrapage d’une action manquée depuis près de 40 ans. C’était une promesse non accomplie depuis trop longtemps. C’était la promesse d’un bonheur qui s’est bonifié au-dedans de moi.

Heureux que cette joie ait été partagée par la chair de ma chair. Par mon amour de fils. On s’est promis une chose pour cet été : on va remettre ça chaque semaine. Promesse d’un père gaga.

Gaspard Dorélien
Ottawa
09.05.26
20 h 09

M defann nou devine sa m sot regle la! 😜
04/28/2026

M defann nou devine sa m sot regle la! 😜

“What a wonderful world”J’ai descendu les vitres. L’air, au dehors, par cette nuit de lundi d’avril, n’était pas très fr...
04/16/2026

“What a wonderful world”

J’ai descendu les vitres. L’air, au dehors, par cette nuit de lundi d’avril, n’était pas très frais. Mais la vitesse de mon déplacement le rendait assez agréable. J’étais content de partager avec la rue, les notes agréables de “What a wonderful world”, la chanson mythique du grand jazzman Afro-américain, Louis Armstrong, que crachaient avec rage de plaisir les haut-parleurs enroués de mon “Apye pi mal”.

Je n’ai pas eu un seul haussement de tête, un seul sourire, un seul pouce en l’air pour cette musique qui célèbre la beauté du monde. La musique n’a parlé à personne. Leur monde n’est sûrement pas magnifique. Car il n’y avait pas le vert des arbres, seulement la noirceur de la nuit qui n’avait rien de sacré comme l’entend le chanteur. Il n’y avait pas dans la rue de vrais amis qui se demandaient comment l’autre allait et ils ne se disaient guère qu’ils s’aimaient. Ce merveilleux de Louis Amstrong ne collait pas du tout à la réalité de cette nuit qui annonçait la pluie sur Delmas.

J’ai du éteindre la radio. Remonter les vitres. C’est peut être indécent d’écouter aussi fort, ici, une musique qui vante la beauté du monde.

Mes yeux balayaient l’autoroute de Delmas. J’ai essayé de trouver un peu de magnificence sur la route. Il y avait ces réchauds et ces marchandes de poulets barbecue après Delmas 33. Ils occupent les mêmes espaces où un camion avait broyé la vie d’environ une dizaine de mères de famille en 2012. Le maire de Delmas a beau essayer de les chasser. Mais c’était en vain. Ces Cheffes de famille sont aussi têtues que la misère qui les tenaille. Elles n’ont même pas conscience qu’elles exposent leur vie à la mort en essayant d’inventer leur survie aux abords de la route.

Plus haut, un embouteillage s’installe. Des camionnettes et des mini-bus déglingués sont mes voisins immédiats sur la route. À l’intérieur, des passagers au regard blafard sont agglutinés. Comme des sardines. Le confort dans le transport en commun n’est pas un concept qu’ils connaissent. Personne d’ailleurs ne connaît. Ni les conducteurs aux têtes blasées par les fatigues de la journée, ni les usagers de ce type de transport ne connaissent ou n’envisagent d’ajouter le mot confort dans leur réalité.

En fait, l’embouteillage est provoqué par la station d’essence de Delmas 34 qui livre encore à compte-goutte, le précieux liquide aux véhicules qui s’alignent, pêle-mêle, sur l’autoroute et dans l’ensemble de l’espace de la station. Tout le monde est impatient. L’impatience crée une indiscipline où le premier arrivé se voit doubler par le dernier arrivé. Un foutoir pas possible. Le sauve-qui-peut l’emporte sur les règles les plus élémentaires du vivre ensemble.

Je remets la musique. Mais je ne la partage plus. Je la garde pour moi seul. Les vitres sont remontées. Je savoure la voix enjôleuse de Louis Armstrong qui parle d’un monde magnifique. Il ne nous a sûrement pas vus en 2019. Sans électricité. Sans sauvegarde de l’environnement. Sans rien.

J’oublie la musique. Mes yeux et ma curiosité retournent sur la route. J’essaie d’y retrouver un peu de merveilleux. Je compte entre 8 à 10 espaces de restaurants-dansant entre Delmas 40B et Delmas 67. Sur des tables, des dizaines de bouteilles de bière et d’autres spiritueux plus alcooleux trônent comme des trophées de chasse. De jeunes serveuses appâtent les éventuels clients qui passent. Beaucoup vendent et l’alcool et leur corps. Pour survivre ici, il paraît que servir des boissons ne suffit plus. Le plus est fait de tout et surtout de chair.

Les clients sont tous les soirs dans ces espaces pour noyer dans l’alcool tous les manques et les maux de la République. Inflation. Insécurité. Incompétence des dirigeants qui accélère la descente aux enfers du pays. Incertitude du lendemain.

Je continue de chercher le magnifique du monde que chante Louis Armstrong. Je n’ai vu que des nocturnes héros et héroïnes du désespoir qui sont rangés devant la succursale d’une banque commerciale à Delmas 48. Ils vendent de tout. Mais rien du magnifique monde de Louis Amstrong. Il est peut être merveilleux notre réel. Mais n’a toujours rien de magnifique.

Gaspard Dorélien, MA
Delmas, 22h33 - 15-04-2019
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