09/14/2026
Analyse| Une centaine de manifestant.e.s contre le tramway : un message qui porte de moins en moins?
La manifestation contre le tramway tenue ce samedi à Québec aura réuni à peine une centaine de personnes — un essoufflement marqué par rapport aux mobilisations précédentes.
Le contraste est frappant. Les opposants répètent que la contestation est massive, s'appuyant sur des sondages qui chiffrent le rejet du projet à 60 %, voire 76 % selon une étude commandée par Respect Citoyen. Or, si l'opinion s'exprime facilement dans un sondage, la mobilisation sur le terrain raconte une tout autre histoire : dès qu'il faut descendre dans la rue, les troupes ne suivent plus.
Certes, la faible participation ne signifie pas que les mécontents sont devenus partisans du projet. Elle révèle toutefois l'incapacité de cette opposition à structurer un mouvement populaire crédible, capable d'influencer le leadership municipal ou la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Sur le fond, les discours prononcés samedi — notamment par Éric Duhaime — recyclent des griefs connus qui résistent mal à l'analyse.
S'insurger contre le retrait d'environ 200 cases de stationnement sur un tracé de 19 kilomètres manque singulièrement de perspective. À l’échelle d'une ville qui compte six espaces de stationnement par automobile et qui prévoit de nouveaux parc-o-bus en périphérie, cet impact reste marginal.
Le refrain sur la « voie retranchée » repose sur la même confusion. Une artère urbaine n'est pas une autoroute. Remplacer une voie de circulation automobile par une infrastructure sur rail augmente nettement la capacité brute de déplacement d'un corridor. C'est d'autant plus vrai que le tramway libérera les voies réservées aux autobus, qui atteignent déjà leur point de saturation à l'approche de la Colline Parlementaire.
Quant à la détresse des commerçants, elle s'appuie largement sur la hantise des chantiers. La perturbation durant la phase de construction est réelle et exige des mesures d'accompagnement solides. Mais assimiler les entraves temporaires d'un chantier aux retombées permanentes d'un mode de transport est une erreur : les données sur les réseaux structurants montrent qu'une fois en service, la fréquentation commerciale et la valeur foncière augmentent dans les axes desservis.
Le débat sur la mobilité à Québec doit aller au-delà des répétitions de slogans sur le stationnement ou les entraves routières. La question centrale reste directe : quel mode de transport optimisera le déplacement des citoyens pour les prochaines décennies?
L'efficacité d'un réseau ne se mesure pas au nombre de véhicules qu'on y accumule, mais au nombre de personnes qu'on réussit à faire circuler.