06/01/2026
Chronique mensuelle 🔥👨🚒🚒 | L’incendie de juin 1845, vu de la rive opposée de la rivière Saint-Charles, George T. Stanford et John Murray, 1845
Tout au long de son histoire, la ville de Québec a connu son lot d’incendies. Cependant, l’année 1845 se démarque nettement des autres. En effet, le 28 mai, le faubourg Saint-Roch est quasiment rayé de la carte, alors qu’il est détruit par une conflagration. Comme si cette catastrophe n’était pas suffisante, le 28 juin suivant, c’est le faubourg Saint-Jean qui est balayé par le feu. En un mois, Québec a perdu 3130 maisons, environ 2000 hangars et dépôts de toutes sortes et elle se retrouve avec plus de 20 000 personnes sur le pavé. De plus, on déplore une vingtaine de décès. Les deux tiers de la ville sont en cendres.
Comment a-t-on pu se relever d’une telle tragédie ? Face à l’ampleur du désastre et sous la direction proactive du maire René-Édouard Caron, la population fait preuve d’une solidarité exemplaire. On demande d’abord à ceux qui ont échappé aux ravages de l’incendie d’accueillir chez eux des sinistrés, le temps qu’ils puissent se prendre eux-mêmes en main. On sollicite ensuite les autorités militaires pour qu’elles fournissent des tentes aux sans-abris. Un village temporaire est ainsi érigé sur les plaines d’Abraham. On offre également l’hébergement dans des endroits publics, que ce soit au parlement de la côte de la Montagne, à la Douane de la rue du Cul-de-Sac, dans une école épargnée de la rue des Glacis, dans la maison du cimetière des cholériques de l’avenue De Salaberry et dans un vaste hangar de Saint-Roch qui avait été sauvé des flammes.
Par ailleurs, de nombreuses collectes sont organisées et la générosité est au rendez-vous. Sous le patronage de la mairesse, les dames de la « bonne société » amassent des vêtements pour ceux qui n’en ont plus. Tous les villages de la région envoient de grandes quantités de vivres. Les hommes d’affaires, les communautés religieuses, des organismes publics et même les banques font des dons importants. Enfin, une collecte de fonds est organisée ailleurs au Canada, aux États-Unis et même en France et en Angleterre, où la reine Victoria ordonne de prononcer des sermons dans les églises du royaume pour éveiller la charité publique. Les Québécois se sont relevés et la ville a été reconstruite. On a malheureusement vécu d’autres conflagrations aussi destructrices, en 1866 et en 1889, mais l’été chaud de 1845 a longtemps été gravé dans la mémoire collective.
Texte de: Jean-François Caron historien
📷Archives de la Ville de Québec CI-N0106-N010648