11/21/2025
On parle souvent des coups et des cris.
En ces Journées d’action contre les violences faites aux femmes, j’écris la lettre que j’aurais aimé recevoir avant de me retrouver, moi aussi, en centre d’hébergement pour femmes.
Chère toi,
Je ne t’écris pas pour te faire peur.
Je t’écris pour que tu ne te perdes pas.
Je ne sais pas exactement où tu en es avec lui.
Je sais seulement ceci :
j’ai déjà connu ce type de relation et je sais jusqu’où ça peut aller quand on se tait trop longtemps.
Cette histoire a abîmé ma foi, mon espoir, mon sentiment même de mériter mieux.
Je me suis retrouvée seule, vidée, appauvrie, en train d’essayer de recoller les morceaux d’une vie que je croyais solide.
Peut-être qu’aujourd’hui tu te dis :
« Avec moi, ce sera différent. Il a changé. Il a compris. »
Je me suis dit ça moi aussi.
Et avant moi, une autre a probablement voulu y croire.
Alors je te laisse ces phrases :
J’ai connu ce qu’une relation comme celle-là peut faire. Tu n’as pas besoin de traverser tout ce que j’ai vécu.
Tu peux te sauver plus vite que moi.
La chimie ne justifie pas les dégâts.
On parle peu de ces violences-là : celles qui ne laissent pas de bleus mais qui grignotent tout le reste.
Ce sont les violences qui :
• te font douter de ton jugement,
• te font t’excuser d’exister trop,
• contrôlent ton temps, ton argent, tes décisions,
• redéfinissent ce que tu as le droit d’espérer.
Ce ne sont pas toujours des cris.
Souvent, ce sont des :
« Tu dramatises. »
« Tu exagères. »
« Tu n’es jamais satisfaite. »
Jusqu’au jour où tu ne sais plus si ton malaise est réel ou si c’est toi “le problème”.
Ce que j’ai vécu avec lui a éteint beaucoup de lumière en moi. J’ai mis de la distance pour survivre, pas par caprice.
J’ai appris à respirer sans que tout passe par lui.
J’ai dû me choisir, alors que tout me conditionnait à me sacrifier.
Je veux que tu gardes ta clarté. Tu vois déjà les signaux :
• ces moments où ton corps se crispe mais où tu te tais,
• ces discussions où tu ressors confuse, coupable, complètement épuisée,
• ces promesses jamais suivies d’actions concrètes,
• ces “explications” où tu finis toujours par t’excuser.
Ce n’est pas “juste une mauvaise passe”.
C’est une dynamique.
Et une dynamique, ça use. Ça isole. Ça finit par casser.
Je te souhaite autre chose que ça. Je te souhaite :
• une vie où tu ne marches pas sur des œufs,
• une relation où tu peux dire “non” sans trembler,
• une stabilité matérielle et émotionnelle qui ne dépend pas de son humeur,
• une place à toi, dans ton travail, tes projets, tes rêves.
Je te souhaite de connaître un amour qui ne t’abîme pas.
Un amour qui ne te fait pas choisir entre ta dignité et la paix apparente.
Et si ce n’est pas possible avec lui, alors je te souhaite la force de t’en aller.
Je sais que des questions te traversent :
« Est-ce que je vais vraiment réussir à m’en sortir ? Est-ce que je mérite vraiment mieux que ça ? »
Je ne vais pas te mentir : partir fait peur.
Mais rester te coûte, chaque jour, des morceaux de toi.
Sauve-toi. Protège-toi. Et, si tu as des enfants, protège-les aussi…
L’amour ne devrait jamais exiger que tu te renies.
Ni que tu t’effaces.
Ni que tu te brises en deux pour rester “compréhensive”.
En écrivant cette lettre, je pense à toi, à moi,
et à toutes celles qui ont dû se reconstruire en silence en centre d’hébergement, chez une amie, dans une petite chambre ou dans un coin de leur propre maison.
Si quelque chose en toi se reconnaît,
tu n’es pas f***e.
Tu n’es pas faible.
Tu n’es pas seule.
Demander de l’aide, poser une limite, partir si nécessaire, ce n’est pas trahir quelqu’un.
C’est choisir de ne plus te trahir toi-même.
Avec tout ce que je sais maintenant, je ne te dirai jamais : « Fais comme moi. »
Je te dirai :
Fais mieux que moi.
Plus tôt.
Pour toi. 💫