30/08/2026
Ce dimanche 30 août à Goma, dans la province du Nord-Kivy, le Groupe d'actions assemblées pour la résilience juvénile (GAARJ organisation) a offert au public à l'Espace francophone (ex Alliance française), le spectacle "Pardonne-moi, mon Père"
Ce n'est pas seulement un spectacle, c'est surtout ce rappel douloureux, ces blessures sur lesquelles on n'a pas pu placer les mots à cause de leur cruauté, ce silence qui a suivi et de vécu noir mais quotidien de la sous-région de Grands Lacs.
"Pardonne-moi, mon Père", c'est aussi une dénonciation silencieuse de l'indifférence commune face à ces malheurs qui frappent sans distinction de sang, de race, d'origine et de l'histoire alors que depuis 30 ans, tout le monde semble crier : 'Plus jamais ça".
Mon Père, un prêtre catholique entend sans relâche les différentes confessions de ses croyants qui chacun a vécu une histoire sombre, noire jusqu'à l'emmener à verser quelques larmes vu les mots qui peignent la cruauté, l'animosité de certains porteurs d'armes, et chaque dégât causé durant leur passage.
Cikunde, cité dans la pièce écrite par Hubert Mwamba sous la mise en scène de Christophe Hamissi, est cet enfant de 3 ans seulement pour qui la mère nourissait des rêves : député, ministre, président ou autre personnalité mais qui un soir, disparait après l'incursion d'hommes armés. Ces derniers ont non seulement violé sa mère, mais plus encore ses soeurs avant de disparaître avec Cikunde.
Le spectacle fait voyager aussi dans l'utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre. D'un côté, une jeune adolescente se fait violer par deux hommes armés avant qu'ils n'utilisent une bouteille qu'ils introduisent dans son appareil génital ; de l'autre, l'opération Sonytec peint l'usage de tout objet à pénétrer dans l'appareil génital, après avoir joui. Ici également, cette échographie cruelle qui arrache un enfant du ventre de sa mère.
Et cette femme qui est devenue enceinte après avoir été violée par deux hommes et qui se demande finalement : qui est le père de mon enfant ? Perdue, départagée entre enlever cette grossesse ou laisser venir l'enfant, la dame s'interroge sur l'attitude à prendre alors que la réligion refuse de tuer.
Face à tous ces mots, toutes ces douleurs, toutes ces larmes, toutes ces confessions, toutes ces questions sans réponses, mon Père n'a eu d'autre expression que ses larmes, écrire tout ce qu'il entend sans jamais dire un mot, une phrase ou encore prêcher.
Le spectacle "Pardonne-moi, mon Père" finit cependant par un ton d'espoir, cet appel à l'action pour que "Plus jamais seuls" ne devienne une récitation qu'on dira à tout celui qui veut l'entendre, à toute oreille en quête de mélodie. Deux acteurs insistent sur "Venez", un cri d'alarme, un cri de détresse, un sos, un mayday pour que chacun apporte sa pierre à l'édifice, pour qu'ensemble, donnions la voix à toutes vies fauchées durant ces trois decennies de guerre.
Sur le tableau : le Rapport Mapping, produit par le Haut-Commissariats des Nations unies aux droits de l'homme, qui recense 617 cas de violations des droits de l'homme et du Droit international humanitaire (DIH), commises en République démocratique du Congo entre 1993 et 2003.
Guerschom Mohamed Vicci