08/06/2026
[ Changement de la constitution]
Résidant à l’étranger, le journaliste congolais Dan Kalala Kalambay livre son point de vue après que le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation de la RDC a sollicité l’implication des universités dans le débat sur la révision de la Constitution, une démarche qu’il considère comme une tentative de politisation du milieu universitaire.
Il écrit : (Chronique du journaliste congolais Dan Kalala Kalambay)
LE RÉGIME TSHISEKEDI ET LA TENTATION DE POLITISER L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : QUAND LE POUVOIR CONGOLAIS VEUT FAIRE DES UNIVERSITÉS UN RELAIS POLITIQUE
Après les difficultés rencontrées dans la rue et les critiques suscitées par le projet de révision constitutionnelle, le pouvoir congolais semble désormais tourner son regard vers les universités. Une correspondance du ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations, invitant les établissements à s’impliquer dans une campagne autour de la Constitution de 2006 soulève de sérieuses interrogations sur la place que l’État entend réserver aux institutions académiques.
L’université n’est pas un instrument de propagande. Elle est un espace de savoir, de recherche, d’esprit critique et de liberté intellectuelle. Son rôle est de former des citoyens capables d’analyser les enjeux de leur société, non de servir de caisse de résonance à des projets politiques portés par le pouvoir en place.
À un moment où les étudiants sont confrontés à des problèmes bien réels en l'occurrence les infrastructures délabrées, le manque de bibliothèques, l’insuffisance des laboratoires, la précarité des conditions d’études et le chômage massif des diplômés, il est légitime de se demander si la priorité du gouvernement se trouve réellement dans l’amélioration de l’enseignement supérieur ou dans la recherche de nouveaux relais de mobilisation politique.
Les universités congolaises attendent des investissements, des réformes académiques et des perspectives d’insertion professionnelle pour leurs diplômés. Elles n’attendent pas d’être entraînées dans des batailles politiques dont elles ne devraient ni être les arbitres ni les acteurs.
Lorsqu’un pouvoir peine à convaincre l’opinion publique, la tentation peut être grande de déplacer le débat vers des espaces institutionnels plus facilement encadrés. Mais les amphithéâtres ne doivent pas devenir des tribunes partisanes. Les étudiants ne constituent pas une réserve électorale à mobiliser ni un public captif à convaincre.
Le débat sur l’avenir de la Constitution est un débat national qui doit se dérouler dans un cadre pluraliste, transparent et ouvert à toutes les sensibilités politiques. Il ne peut être réduit à une campagne menée au sein des établissements d’enseignement supérieur sous l’impulsion de l’administration.
Préserver l’autonomie et la neutralité de l’université est une exigence démocratique. Car dès lors que le savoir se met au service de la politique partisane, c’est l’indépendance de la pensée qui se retrouve menacée. L’université doit rester un sanctuaire du savoir, non un laboratoire de conditionnement politique.
La plume du journaliste Dan Kalala Kalambay ✍️🏾 🇨🇩🖤