08/12/2021
Centrafrique : " il n'y a pas de Wagner dans le pays", dixit un franco-centrafricain
Il sort de son mutisme en s’affichant républicain. Florent Yatibingui Sokambi, Chargé de mission au Ministère du Travail et de l’Emploi, ancien conseiller, national de Transition et ancien président des Républicains en Centrafrique, cède au sentimental en se partageant entre Valérie Pécresse et Eric Ciotti. Dans cette interview exclusive, ce franco-centrafricain dit ne pas disposer d'éléments lui permettant de confirmer la présence du groupe Wagner en Centrafrique.
KN : Florent Yatibingui Sokambi, bonjour. Sentez-vous concerné par les primaires des Républicains qui se dérouleront demain en France ?
FYS : Merci monsieur le journaliste. Je vous remercie de cette opportunité et de cet intérêt que vous m’accordez. C’est vrai en tant qu’ancien Président de l’UMP devenue Les Républicains en République centrafricaine, je suis plus que concerné par ces primaires de la droite du parti des Républicains dit LR qui se déroulent en ce moment. C’est vrai, la droite doit se recomposer et se mettre en ordre de bataille pour pouvoir être en mesure, non seulement de faire un score à la hauteur de son aura et de sa représentativité en France mais en plus nous devons aller à ces élections pas en tant que figurant mais dans le but de gagner ces élections. C’est pourquoi il est important que toutes les composantes de ce grand parti puissent être mobilisées pour pouvoir choisir entre les deux finalistes de ces primaires qui sont Eric Ciotti qui est arrivé en tête et l’ancienne ministre Valérie Pécresse.
KN : Quel intérêt ces élections peuvent avoir pour vous ?
FYS : Ces élections ont un double effet. Le premier d’abord puisque il ne vous a pas échappé que la France reste après, la RCA un pays de cœur pour moi car la France m’a beaucoup donné. Et je reconnais que mon cœur bat d’abord pour la RCA avant de battre pour une autre nation. Mais je ne suis du genre à cracher sur la France puisque je le dis de peur de me répéter, la France m’a beaucoup donné. Et la France est un partenaire historique de mon pays la République centrafricaine. Donc vous voyez, j’ai vécu quasiment un double décennie, c’est-à-dire vingt ans en France. J’ai des enfants qui sont y nés qui sont resté là-bas. J’ai mon père et ma mère qui sont là-bas. La France offre des possibilités à mes enfants d’étudier et d’évoluer. Et puisque c’est ça aussi qui sous-entend votre question. Le parallèle c’est que je suis pour un partenariat gagnant-gagnant entre ces deux pays-là qui est un pays de cœur, la République centrafricaine d’abord et puis la France aussi. Je voudrai des relations apaisées, des relations gagnant-gagnant entre ces deux nations.
KN : Pour qui êtes-vous favorable, Valérie Pécresse ou Eric Ciotti ?
FYS : Merci monsieur le journaliste mais bien avant de répondre à cette question, je pense que vous ne me tiendrez pas rigueur en revenant d’abord au début de ces élections. En toute honnêteté, mon choix de cœur ne s’était pas porté à la fois sur Eric Ciotti et Valérie Pécresse. Mon choix de cœur, mon choix numéro un était Xavier Bertrand. Pour moi, même si aujourd’hui les militantes et les militants ont démontré le contraire, Xavier Bertrand était celui qui est préparé, outillé, capable de battre le Président en exercice, Emmanuel Macron. Malheureusement pour mon choix personnel, les militantes et les militants ont porté leur choix sur ces deux hautes et grandes personnalités de ma famille politique qui ont beaucoup de valeurs et qui l’un comme l’autre seront à même de bien représenter la Droite lors de ces élections. Et je dis en passant que Valérie Pécresse même si à deux reprises elle et moi on s’est retrouvé dans des assises, une première fois à Lyon où elle était l’invitée de la septième circonscription du Rhône à laquelle j’appartiens et la seconde fois lors d’une rencontre exceptionnelle avec le Président Sarkozy mais je ne suis pas sûr que Valérie Pécresse puisse avoir un souvenir de mon visage et de ce que je représente pour le parti en République centrafricaine. Par contre avec Eric Ciotti, j’ai une relation presque amicale. Puisque il m’a reçu à deux reprises à la place Vaugirard. Je m’excuse la place Vaugirard pour ceux qui ne connaissent c’est le siège du parti les Républicains à Paris. Il m’a reçu une première fois en tant que le Délégué Afrique du parti c’est-à-dire le Monsieur Afrique du parti qu’il m’a reçu en tant que le Président de l’UMP, ce qui est devenu Les Républicains ici en République centrafricaine en tête-à-tête dans son bureau pendant une audience qui devrait durer 15 minutes mais qui a finalement duré 1 heure. Et plus une seconde fois, c’est en 2015 qu’il m’a reçu sur ma demande puisqu’à l’époque, je manifestais le besoin d’être reçu par le Président du parti qui était l’ancien Président Sarkozy. Vous voyez c’est dire que si je devais faire un choix, ce serait un choix de raison face à un choix de cœur entre les deux derniers candidats. Mais malheureusement comme au premier tour je n’ai pas voté, pour ce second tour qui va se dérouler ce samedi, je ne pourrai pas non plus voter.
Il y a de cela deux ans que je n’ai pas pu renouveler mon adhésion en tant que militant Républicain, et pourtant ces derniers temps puisque il ne fait aucun doute il y a au moins quatre ans que je n’ai pas été en France, et donc j’ai missionné mes deux amis l’ancien vice-président de l’Assemblée Jean Symphorien Mapenzi et l’actuel député de » Satema, mon cher ami Vidal Siopatis à qui j’ai donné un mandat de pouvoir faire les démarches pour renouveler mon adhésion. Ce qui n’a pas encore été fait mais puisque le Jean Symphorien Mapenzi est encore en France, j’ose espérer que d’ici le mois de janvier, cette démarche administrative finira par se faire et ça me donnera la possibilité d’apporter ma petite pierre à cette aventure de ce candidat ou cette candidate officiel(le) qui va être choisi à partir de demain samedi pour pouvoir pousser, apporter ma contribution multiforme afin que ce candidat puisse être présent au second tour et pourquoi pas avec cette dynamique gagner les élections présidentielles prochaines en France.
KN : Revenons en République centrafricaine. Votre pays vit depuis plusieurs années des réalités politiques, diplomatiques et sécuritaires très délicates. Vous, qui aviez brillé par des sorties médiatiques durant les deux dernières transitions politiques, êtes un des grands absents au débat public depuis plus de cinq ans. Qu’est ce qui explique votre retrait ?
FYS : Monsieur le journaliste c’est vrai que lors des préparations du protocole, vous ne m’avez pas dit qu’on devrait aborder la question nationale. Mais puisque non seulement vous-même vous êtes têtu et les faits sont têtus, et que vous avez eu l’intelligence de poser une question qui est à mon sens pertinente. Je vais briser cette discipline que je me suis octroyée depuis deux. Depuis deux ans en fonction de mes responsabilités au Ministère du travail et de l’emploi, j’ai décidé de me mettre un peu en retrait vis-à-vis de la scène journalistique et politique officielle pour ne pas gêner. Mais je vous dis en passant puisse que puisse c’est un secret de polichinelle que de dire que je suis un très grand admirateur de Kangbi-Ndara et un fidèle des fidèles de Kangbi-Ndara. Donc je vous annonce d’ici le premier trimestre de 2022, je reprendrai ma liberté totale qui va me permettre de reprendre ma place dans le milieu public et en ce moment je vous dirai davantage. Mais la deuxième partie de votre question, je voudrai simplement dire que je ne vois pas d’incompatibilité entre mes activités d’ici et d’ailleurs. La preuve, c’est que dans le passé, en tant Conseiller National de Transition, Rapporteur de la Commission des Affaires Etrangères, Président du Groupe d’Amitié parlementaire Centrafrique-Tchad et Vice-Président du Groupe parlementaire Centrafrique-France, j’ai pu peut-être avec équilibrisme jouer ce rôle sans que ça puisse empiéter sur les relations privilégiées entre ces deux pays. Et donc aujourd’hui je ne suis pas sûr que cette prise de parole peut interférer dans les affaires de ces deux pays qui ont une longue tradition d’amitié et, je dirai de soutiens réciproques. Et donc pour moi, il n’y a pas d’inconvénient puisse que je ne juge pas sur le champ, je laisse la latitude aux autres d’apprécier.
KN : Vous dites que d’ici l’an prochain, ce sera votre prise de liberté totale pour vous assumer pleinement. Alors serez-vous en train de dire que vous allez démissionner de votre poste actuel au Ministère de travail et de l’Emploi ?
FYS : Vous me confirmez que non seulement les faits que vous voulez m’imposer sont têtus mais que Kangbi-Ndara est aussi têtu. Et je vois qu’en vous chassant au naturel vous revenez au galop. Permettez monsieur le journaliste que nous puissions seulement acter ce rendez-vous que je vous annonce maintenant et, au jour venu, je vous dirai plus.
KN : Depuis l’arrivée des russes en Centrafrique, leur contribution favorable au retour progressif de la paix et de la sécurité dans le pays, l’image de la France a pris un sacré coup. En vous affichant « républicain » seriez-vous en train de tourner le dos au pouvoir de Bangui ?
FYS : J’avoue que cette question est à la fois pertinente et épineuse. Mais en toute honnêteté en toute responsabilité, je voudrai d’abord citer le Président de la République le Professeur Faustin-Archange Touadera qui, sur cette question répond en disant, il y a de la place pour tout le monde. La RCA est un pays vivant dans le monde. Et donc la RCA à l’heure de ce village planétaire ne peut pas vivre en autarcie. Et je me retrouve dans le discours du Chef de l’Etat qui s’insère dans une sorte de multilatéralisme intelligent, tout en reconnaissant que notre pays la RCA est fragile et que nous avons besoin, selon toujours les paroles du Chef de l’Etat de tous les amis et partenaires chacun dans son rôle à nous aider pour pouvoir nous en sortir. Et je voudrai aussi me saisir de l’opportunité que vous offrez en ce moment pour revendiquer et réaffirmer mon amitié mon attachement, ma fidélité et ma loyauté vis-à-vis du Chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadera. Ceci étant, je reste un homme public. Et donc je refuse de rentrer dans une sorte de prison à la fois politique et intellectuelle qui consiste à dire qu’on ne doit pas avoir un chapelet de relations à la fois intellectuelle, politique et sociale. Pour moi, ma prise de parole dans un cadre bien précis n’a rien à voir avec ma « centrafricainité » et mes engagements publique et politique. Et au risque de me répéter, je dis ouvertement, publiquement et officiellement tout mon attachement, mon soutien, ma fidélité mon amitié et ma loyauté pour le Président de la République le Professeur Faustin-Archange Touadera.
Et d’ailleurs je fais le distinguo entre ma position nationale et mes prises de position au niveau international. Ce n’est pas un apanage personnel mais que beaucoup de compatriotes qui sont dans la même situation que moi puissent utiliser cette opportunité, cette possibilité pour essayer d’apaiser le climat et d’aller dans le sens de la vision du Chef de l’Etat que j’ai déjà rappelé plus haut qui consiste à dire non seulement il y a de place pour tout le monde mais la RCA ne néglige pas un partenaire, selon la vision du Chef de l’Etat, pour un autre.
Je profite de cette occasion pour rappeler à un apaisement mais aussi pour demander à ce qu’on n’entretienne pas inutilement des tensions, des ratés et des dérapages pour pouvoir envenimer les relations entre Bangui et Paris.
KN : En votre qualité de citoyen français, militant actif des Républicains, résident permanent à Bangui la capitale, confirmerez-vous la présence du groupe Wagner en Centrafrique ?
FYS : Vous savez je ne suis pas en principe, autorisé à répondre à cette question. Néanmoins je donne mon point de vue en tant que Centrafricain, en tant que homme public. Et je dis aux uns et aux autres de faire très attention. La RCA a officiellement des relations avec la Fédération de Russie. Ce n’est pas un péché, nous sommes un pays souverain. Et en paraphrasant un peu l’icône de la politique africaine, celui qui est considéré comme le Pape africain politique, Madiba, Nelson Mandela, qui dit, après toutes ces périodes que nous avions traversées, il parlait non seulement de son Afrique du Sud chérie mais de tout le continent noir et de tous les noirs de la diaspora sur l’étendue de la planète. Et il disait, après tout ce que nous avons connu, esclavage, colonisation, apartheid, discrimination, racisme et autre…avant l’indépendance, nous devons interdire aux autres de nous choisir nos amis et nos relations. Et je crois, le Chef de l’Etat, le Professeur Faustin-Archange Touadera par sa vision et par sa politique, n’est pas en train d’aller à l’encontre de cette vision, pas imposée mais actée par Nelson Mandela qui s’apparente aussi à la vision de notre Père Fondateur Barthelemy Boganda. Donc les Russes sont en RCA avec l’aval du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Et donc, la RCA en tant que pays souverain est libre de choisir quel au pays au monde avec lequel il commerce ou il coopère.
Pour ne pas donner l’impression d’éviter votre question sur ce que vous les médias et certaines voix tordues qui parlent en terme du groupe Wagner. Et moi puisque je n’ai pas d’éléments matériels nécessaires pour affirmer ou infirmer la présence de ce que vous appelez, vous les hommes de médias et les détracteurs de la République centrafricaine, groupe Wagner, je ne que reconnaitre qu’il y a la Fédération de la Russie, le pays de Vladimir Poutine en République centrafricaine dans un cadre officiel avec l’autorisation ou l’aval du système des Nations-Unies à travers le Conseil de Sécurité. Voilà c’est ce que je peux vous dire sur cette question.
KN : Florent Yatibingui Sokambi, merci.
FYS : C’est moi qui vous remercie
Propos recueillis par Johnny Yannick Nalimo