01/09/2026
𝐀𝐂𝐓𝐄 𝐈𝐈 — 𝐙𝐈𝐆𝐔𝐄́𝐋𝐄 𝐃𝐈𝐓 𝐍𝐎𝐍… 𝐏𝐀𝐓𝐀𝐒𝐒𝐄́ 𝐃𝐈𝐓 𝐎𝐔𝐈
Jusque-là, Martin Ziguélé avait construit sa trajectoire avec patience, entre études, carrière internationale et engagement politique. Puis vient 2001. Une rencontre avec Ange-Félix Patassé fait basculer son destin : l’enfant de Paoua, devenu expert des assurances et cadre de la BEAC, se retrouve aux portes de la Primature. Il ne le sait pas encore, mais quelques heures vont suffire à transformer une carrière professionnelle en destin politique. Le retour à Bangui sera le premier tournant de cette ascension.
𝐋𝐄 𝐑𝐄𝐓𝐎𝐔𝐑 𝐀̀ 𝐁𝐀𝐍𝐆𝐔𝐈
Après plusieurs années passées hors de Centrafrique, Martin Ziguélé rentre au pays en mars 2001.
Il prend ses fonctions à la direction nationale de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) à Bangui, en remplacement de M. Yologaza. Dans son esprit, le retour est avant tout professionnel. Après douze années passées à l’étranger, il entend reprendre ses marques et poursuivre tranquillement sa carrière.
Pourtant, quelques années auparavant, une phrase lancée par un supérieur aurait pu lui mettre la puce à l’oreille.
À la fin de sa mission à la direction nationale de la BEAC au Cameroun, son directeur de l’époque, Sadou Hayatou, lui aurait dit :
« Tel que je te vois, je pense que tu ne veux pas arrêter ta carrière à la direction nationale de la BEAC pour la RCA. »
Ziguélé raconte ne pas avoir compris ce que son supérieur voulait réellement dire. Il choisit même de ne pas lui poser la question. Il allait bientôt en découvrir le sens.
𝐋𝐄 𝐂𝐎𝐔𝐏 𝐃𝐄 𝐓𝐄́𝐋𝐄́𝐏𝐇𝐎𝐍𝐄 𝐐𝐔𝐈 𝐂𝐇𝐀𝐍𝐆𝐄 𝐒𝐀 𝐕𝐈𝐄
À peine revenu à Bangui, Martin Ziguélé se retrouve un jour à table avec Ali Al-Adoul, le Tchadien qui assurait alors l’intérim à la direction de la BEAC après le départ de Yologaza. Le téléphone sonne. À l’autre bout du fil : Ange-Félix Patassé, Président de la République.
Le président lui demande de venir à sa résidence. Ziguélé s’exécute. Il ne sait pas encore qu’en répondant à cet appel, il est en train de tourner l’une des pages les plus décisives de sa vie.
À son arrivée, Patassé lui parle de ceux qui l’ont accompagné dans son combat politique et de la nécessité, désormais, de mettre leur expérience au service du pays.
Puis vient l’annonce. Patassé lui fait savoir qu’il souhaite le voir prendre la tête du gouvernement centrafricain.
Martin Ziguélé est surpris. Le président lui rappelle alors les années de lutte et le rôle joué par plusieurs de ses proches dans sa décision de se présenter à l’élection présidentielle de 1992.
« Écoute, vous m'avez toujours soutenu dans cette lutte en 1992 à Paris. Charles Massi, Jean-Jacques Demafout, Gilbert Nadigi Wazala, Belogoué et toi avez insisté pour que je sois candidat, contrairement à mon idée de laisser Jean-Luc Mandaba faire un mandat avant. Vous m'avez convaincu et j'ai fait le travail. J'ai connu beaucoup de difficultés, donc je voudrais que vous aussi vous vous mouilliez le maillot », rapporte Martin Ziguélé en relatant les propos de Patassé.
Le message est clair : après avoir soutenu le combat politique, il est temps de prendre sa part de responsabilité.
𝐈𝐋 𝐃𝐈𝐓 𝐍𝐎𝐍… 𝐏𝐀𝐓𝐀𝐒𝐒𝐄́ 𝐃𝐈𝐓 𝐎𝐔𝐈
La réaction de Ziguélé est pourtant immédiate. Il refuse.
À peine revenu au pays après douze années d’absence, il estime ne pas connaître suffisamment les hommes, les réalités administratives et les rouages de l’État centrafricain pour occuper la Primature.
Il tente de convaincre le président Patassé de lui laisser du temps pour s’imprégner du fonctionnement du pays.
Mais le président ne cède pas.
Au contraire, il lui demande de lui proposer deux profils : l’un pour la direction générale des Douanes, l’autre pour la direction générale des Impôts.
La rencontre s’achève. Mais Ziguélé n’a pas renoncé à l’idée de faire changer le président d’avis.
À peine sorti de la résidence présidentielle, il contacte le président de l’Assemblée nationale, Luc-Apollinaire Dondon-Konamabaye, qu’il considère comme l’un des rares responsables susceptibles de faire infléchir Patassé. Il lui raconte la scène et lui demande d’intervenir.
Dans la foulée, il contacte également le Premier ministre en fonction, Anicet-Georges Dologuélé, pour l’informer de la décision présidentielle.
Les dernières tentatives restent sans effet.
Le lendemain, dimanche 1er avril 2001 à 13 heures, le décret tombe : Martin Ziguélé est nommé Premier ministre de la République centrafricaine.
La veille encore, il cherchait à échapper à la Primature. Quelques heures plus t**d, il en devient le locataire. Beaucoup ont cru à un poisson d’avril, pourtant, ce n’en est pas un.
𝐃𝐄 𝐌𝐈𝐋𝐈𝐓𝐀𝐍𝐓 𝐀̀ 𝐂𝐇𝐄𝐅 𝐃𝐔 𝐆𝐎𝐔𝐕𝐄𝐑𝐍𝐄𝐌𝐄𝐍𝐓
Cinq jours après sa nomination, Martin Ziguélé retrouve Ange-Félix Patassé au palais de la Renaissance.
Cette fois, le président ne l’appelle plus simplement « Martin ». Il lui dit :
« Monsieur le Premier ministre. »
Quelques mots seulement, mais toute une vie vient de changer de statut.
Le militant entré au MLPC en 1979 est désormais chef du gouvernement centrafricain.
Selon son récit, cette première rencontre permet aux deux hommes de définir les règles de fonctionnement du nouveau gouvernement.
Ziguélé affirme que, hormis les portefeuilles de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, Patassé lui laisse une large marge de manœuvre dans la composition de son équipe gouvernementale. Il décrit ainsi une relation fondée sur une confiance importante.
Pendant ses deux années à la Primature, il affirme même n’avoir tenu qu’un seul Conseil des ministres en présence du Président Patassé . Pour les autres, le chef de l’État lui aurait laissé la responsabilité de conduire l’action gouvernementale et de mettre en œuvre les orientations définies au sommet de l’État.
Une confiance qui, pour Ziguélé, va rapidement se traduire en actes.
𝐋'𝐀𝐆𝐑𝐈𝐂𝐔𝐋𝐓𝐔𝐑𝐄 𝐂𝐎𝐌𝐌𝐄 𝐁𝐎𝐔𝐒𝐒𝐎𝐋𝐄 𝐃𝐔 𝐃𝐄́𝐕𝐄𝐋𝐎𝐏𝐏𝐄𝐌𝐄𝐍𝐓
Au cœur de cette vision : l’agriculture.
Pour Patassé, ingénieur agronome, le développement de la Centrafrique passe nécessairement par la transformation de son secteur agricole. Cette conviction devient l’une des orientations majeures portées par Ziguélé à la Primature.
L’ambition est de faire de l’agriculture autre chose qu’un simple moyen de subsistance : un véritable levier de transformation économique et sociale.
Dans cette vision, le choix de Ziguélé n’est donc pas seulement celui d’un militant fidèle. Il est aussi celui d’un professionnel formé, expérimenté et appelé à traduire une vision politique en action gouvernementale.
𝐋𝐀 𝐏𝐑𝐈𝐌𝐀𝐓𝐔𝐑𝐄 : 𝐋𝐄 𝐃𝐄́𝐁𝐔𝐓 𝐃'𝐔𝐍𝐄 𝐀𝐔𝐓𝐑𝐄 𝐇𝐈𝐒𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄
Martin Ziguélé n’avait pas cherché la Primature.
Il avait même tenté de l’éviter.
Mais en quelques heures, le militant du MLPC, l’expert des assurances et le cadre de la BEAC deviennent Premier ministre de la République centrafricaine.
Son ascension raconte alors plus que le parcours d’un homme : elle raconte le moment où une longue fidélité politique rencontre les exigences du pouvoir.
Mais cette nomination, qui ressemble d’abord à l’aboutissement d’un long engagement, ouvrira aussi une période faite de décisions, de désillusions et de blessures politiques.
Dans l’Acte III, Martin Ziguélé reviendra sur son passage à la Primature, son plus grand regret au sommet du gouvernement et cette trahison politique qui, selon son récit, lui a laissé l’une de ses blessures les plus profondes.
À suivre : ACTE III la semaine prochaine, LE REGRET ET LA TRAHISON.
𝐒𝐀𝐁𝐀𝐍𝐆𝐎𝐓𝐈𝐀𝐋𝐀