24/02/2026
Henry Coulibaly :
Un jour, dans le cadre de mon travail, j’ai rencontré des personnes influentes qui ont apprécié mon professionnalisme et la qualité de mes rendus.
Elles m’ont promis de m’ouvrir des portes, de me créer des contacts et de me faire accéder à des sphères plus élevées.
Mais il y avait une condition : rejoindre leur bord politique et me mettre à leur service avant toute aide.
Dès lors, une question m’a traversé l’esprit :
À Abobo, faut-il appartenir à un parti politique pour bénéficier d’un accompagnement ou pour voir son projet soutenu ?
À Abobo, la jeunesse représente une force vive : créative, ambitieuse et profondément résiliente. Elle déborde d’idées, d’énergie et de volonté. Pourtant, malgré ce potentiel évident, le chômage persiste, les initiatives peinent à se structurer et de nombreux jeunes entrepreneurs ont le sentiment d’avancer seuls, sans véritable accompagnement durable.
Lorsque l’opportunité devient conditionnée par une affiliation politique, un déséquilibre s’installe. On glisse vers un système où le favoritisme prend le pas sur l’équité, où la loyauté est parfois valorisée au détriment de la compétence, et où la jeunesse peut être instrumentalisée. Le mérite, la capacité d’innovation et l’engagement devraient pourtant constituer les premiers critères d’accès aux opportunités et aux soutiens.
Abobo regorge de créateurs, d’entrepreneurs, d’artistes et d’innovateurs. L’ingéniosité locale est réelle. Toutefois, beaucoup font face à un manque de financement transparent, à l’absence de suivi technique structuré et à un déficit d’accompagnement organisationnel. La problématique dépasse le simple cadre politique. Elle relève aussi d’un enjeu institutionnel : mettre en place des mécanismes clairs, accessibles et équitables pour tous.
Le leadership local joue un rôle déterminant dans cette dynamique. Les responsables en charge de la jeunesse devraient être des facilitateurs, des connecteurs, des mentors et des défenseurs de projets crédibles. Leur mission est d’ouvrir des portes, de créer des passerelles et d’encourager l’excellence. Lorsqu’ils deviennent des filtres politiques, la confiance s’érode et l’élan collectif s’affaiblit.
Il faut néanmoins reconnaître les forces existantes. Abobo possède une jeunesse dynamique, combative et animée par une forte culture de résilience. Le potentiel entrepreneurial y est réel et tangible. Cette énergie constitue un socle solide sur lequel bâtir des politiques publiques inclusives et efficaces.
Cependant, certains points demeurent préoccupants. Le manque de transparence dans l’accès aux opportunités, la politisation des aides et le découragement progressif des jeunes indépendants risquent d’étouffer l’initiative et la créativité. À long terme, cela pourrait freiner le développement local et affaiblir la confiance envers les institutions.
Des solutions constructives peuvent être envisagées. La création d’un fonds communal transparent dédié aux projets des jeunes, la mise en place d’un comité d’évaluation neutre, la publication publique des projets financés et l’organisation régulière de forums d’écoute permettraient d’instaurer un climat de confiance. Former les leaders jeunesse à une gestion inclusive renforcerait également la cohésion et l’équité.
La véritable question n’est pas de savoir si un jeune doit appartenir à un parti politique. La question essentielle est de déterminer si Abobo souhaite bâtir une jeunesse libre, compétente et autonome, ou une jeunesse dépendante et alignée. Une commune forte se construit sur le mérite, la compétence et l’équité. Et continuer même quand tout semble difficile est déjà, en soi, une forme de leadership.
Pourtant, nous savons qu’à Abobo, de nombreux jeunes sont porteurs d’idées innovantes.
Sont-ils tous membres de partis politiques ?
Qui sont les responsables en charge de la jeunesse communale ?
Et surtout : que deviennent nos appels à financement, nos demandes d’accompagnement, nos dossiers déposés sans réponse ?
Abobolais tv