19/09/2026
Reine Boga Doudou, fille ainée du ministre feu Émile Boga Doudou raconte le 19 septembre 2002
"Nous étions au 18 septembre 2002. J'avais 11 ans à cette époque. Et ce jour là, je jouais au huit américain avec les gardes à la guérite. Cependant nous avions remarqué quelque chose d'étrange. Il y avait un b***et de taxis compteurs qui stationnaient devant le domicile du voisin avec à bord plusieurs individus. On aurait cru qu'il y avait une fête qui se préparait chez notre voisin. C'était un peu curieux mais nous avons continué de jouer à notre jeu sans que les gardes ne fouillent ces véhicules pour en savoir davantage.[...]
Ce même 18 septembre, mon père revenait d'une mission à Paris et je suis allée l'accueillir à l'aéroport. Dans la voiture, je sentais que mon père était anxieux et je pouvais lire l'inquiétude dans son regard. Il n'était pas de bonne humeur comme à son habitude, alors je l'ai laissé tranquille pendant qu'il parlait au téléphone avec des personnes.[...]
Une fois à la maison, mon père a reçu la visite de plusieurs personnes avec qui il a longuement parlé. C'est aux environs de 1h du matin que papa est entré dans ma chambre pour me faire la bise et me souhaiter une bonne nuit. Je me suis alors couchée. À 2h30 du matin, mon père rentre dans ma chambre et me réveille subitement. Il me dit : "Reine, ils sont en train de tirer sur la maison. Il faut qu'on parte d'ici." Alors, mon père, moi, ma mère, mes deux petites sœurs et mon petit oncle, montons à bord de la voiture. Mon père essaie de démarrer mais la voiture refuse de démarrer. À cet instant, une b***e vient pour briser la vitre de la voiture. Mon père et nous, descendons du véhicule et il me dit : "Reine, va te cacher avec ta mère et tes sœurs." Je lui dit : "papa pourquoi je dois me séparer de toi ? Mon père me répond que si je refuse d'aller avec ma mère, ce qui va se passer, ne sera pas bon.
Je refuse de partir avec ma mère, alors pour la première fois, mon père s'est fâché et m'a crié dessus. Nous sommes allés nous cacher dans une pièce vers la piscine et mon père et mon petit oncle se sont dirigés vers le séchoir qui donnait sur la résidence du voisin.
À ce moment, les tirs étaient beaucoup plus forts, alors mon oncle a propulsé mon père dans la cour du voisin pour le cacher mais dès que mon père y est tombé, il a été accueilli par des tirs qui l'ont assassiné.
Nous sommes restés dans notre cachette jusqu'à 9h du matin le 19 septembre et l'armée est venue nous chercher dans un char pour nous conduire à la présidence. Une semaine plus t**d, nous sommes allés en France. C'est arrivés en France que nous avons réalisé que nous avions perdu notre père."
Interview réalisée en 2025 par Guillaume Vergès.