21/09/2025
Le Sénégal s’inspire de l’Éthiopie pour financer son développement par sa diaspora : une leçon d’autonomie pour l’Afrique
Dakar – Le Sénégal vient de lancer un emprunt obligataire ambitieux destiné à sa diaspora, s’inspirant directement du modèle éthiopien qui avait permis à Addis-Abeba de financer le gigantesque barrage de la Renaissance sans recourir aux prêts traditionnels du FMI, de la Banque mondiale ou des marchés financiers internationaux. Une stratégie audacieuse qui pourrait redéfinir la souveraineté financière des États africains.
Le modèle éthiopien : une inspiration majeure
Il y a quelques années, l’Éthiopie réalisait un exploit rare sur le continent : financer un projet d’infrastructure structurant sans s’endetter en devises auprès des créanciers internationaux. Grâce à une mobilisation nationale et un emprunt obligataire auprès de sa diaspora et de ses fonctionnaires, le pays a évité les conditionnalités souvent strictes des bailleurs de fonds et préservé sa marge de manœuvre économique.
Le Sénégal emboîte le pas
Suivant cet exemple, le Sénégal a officiellement lancé son propre « Diaspora Bond », visant à lever 300 milliards de FCFA (soit environ 450 millions d’euros). L’annonce a été faite par le Premier ministre Ousmane Sonko lui-même, le 14 septembre 2025, lors d’une rencontre avec la communauté sénégalaise en Italie.
Ces fonds serviront à financer le Plan de Redressement Économique et Social (PRES), un programme ambitieux de 5 667 milliards de FCFA étalé sur trois ans, destiné à relancer la croissance et à consolider les infrastructures nationales.
Les obligations, proposées avec des maturités de 3 à 10 ans et des taux d’intérêt attractifs (entre 6,4 % et 6,95 %), seront ouvertes à la souscription du 22 septembre au 10 octobre 2025.
Une démarche stratégique aux multiples enseignements
Cette initiative soulève plusieurs enseignements majeurs pour les autres pays africains :
1. La diaspora, un levier financier incontournable
Les transferts de la diaspora représentent une manne financière souvent sous-exploitée. Les canaliser vers l’investissement public via des instruments structurés permet de financer des projets nationaux sans alourdir la dette extérieure.
2. Souveraineté et indépendance financière
En évitant ou en réduisant le recours à la dette libellée en devises, les pays limitent leur vulnérabilité aux fluctuations monétaires et aux pressions géopolitiques. L’Éthiopie l’a démontré, le Sénégal le confirme.
3. Un taux attractif comme argument gagnant
Proposer des rendements compétitifs (ici entre 6,4 % et 6,95 %) est essentiel pour concurrencer les autres placements disponibles à l’étranger et inciter les diasporas à investir dans l’avenir de leur pays d’origine.
4. La confiance comme moteur
Ce mécanisme repose sur un pacte de confiance entre l’État et ses citoyens à l’étranger. Une gouvernance transparente et une communication claire sur l’utilisation des fonds sont indispensables pour pérenniser ce type de financement.
Un modèle reproductible ?
Oui, à condition que les États africains renforcent leur crédibilité financière et institutionnelle. La réussite de l’opération sénégalaise dépendra de sa capacité à honorer ses engagements et à garantir aux souscripteurs un retour sur investissement sécurisé.
Si l’initiative porte ses fruits, elle pourrait inspirer de nombreuses autres nations africaines souhaitant diversifier leurs sources de financement et affirmer leur autonomie économique.
Conclusion : vers une nouvelle ère financière en Afrique ?
Le Sénégal, en s’inspirant de l’Éthiopie, envoie un signal fort : l’Afrique peut compter sur ses propres forces pour se développer. Cette approche novatrice, si elle est bien exécutée, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère où le financement endogène deviendrait la norme plutôt que l’exception.
Reste à voir si les autres pays du continent sauront tirer les leçons de ces expériences et mobiliser, à leur tour, l’or financier que constituent leurs diasporas.