08/06/2020
SORTIR DES PRÉJUGÉS NÉGATIFS SUR YOPOUGON
J'ai lu un post hier nuit qui m'a étonné. Il y a encore des gens qui croient en ces histoires la ? Le gars dit en substance qu'il a quitté Yopougon parce que c'est un quartier qui déprave les jeunes filles, et qui est loin des zones de travail. C'est aussi selon lui un quartier dans lequel les jeunes ne sont pas ambitieux. Il explique enfin qu'il y règne une pauvreté endémique, qui ne dit pas son nom. Direction Cocody où il aurait pris ses nouveaux quartiers, et trouvé tout le contraire. Ce monsieur écrit pareilles énormités, et près de 500 personnes lisent, valident le post et vont jusqu'à le partager.
Je pense qu'en réalité l'auteur de ce papier, en plus d'être complexé, rêve de Cocody. À mon avis, il n'y est pas encore installé comme il l'affirme. Ou alors n'a-t-il pas encore bien fait le tour du propriétaire. Peut-être même, et c'est une option, qu'il n'y a jamais vraiment mis les pieds. Il y a en effet des gens qui passent des années de la sorte à Yopougon sans avoir besoin d'aller à Cocody. Et d'ailleurs de quel Cocody parle-t-il ? À Cocody, je connais un quartier qui s'appelle Colombie, sans doute l'un des plus vastes quartiers précaires d'Abidjan, depuis les différents déguerpissements. Ghettoïsation absolue, pauvreté garantie. Il s'étend de Sococe à Agban, en passant par le zoo et le carrefour Duncan. Je pourrai en citer d'autres. Mais je connais aussi à Youpougon, qu'il a quasiment décrit comme un quartier de prolétaires, le Millionnaire, dont certaines villas n'ont absolument rien à envier aux châteaux de la Riviera Beverly Hills. Laissons de côté ces quartiers chics. Dites moi, quelle est la différence du point de vue du standing et du type de d'habitations, entre les quartiers Sicogi de Yopougon, et ceux de Cocody Centre? C'est le même genre de maisons, et les habitants s'y sont tous installés dans les années 70 à 80. D'ailleurs leur profil social est strictement identique.
Projetez-vous maintenant dans le quartier Maroc ou celui d'Ananeraie à Yopougon. Fermez les yeux quelques secondes et ouvrez les à Cocody Angré. Vous êtes par exemple derrière le terminus, direction le château, ou dans certaines zones de la Riviera Palmeraie. Vous retrouvez le même type d'immeubles collés les uns aux autres, des R+2, 3 ou 4. D'ailleurs au niveau des loyers, les prix sont sensiblement les mêmes. L'environnement dans ces quartiers est aussi identique : Des boulangeries à tous les coins de rue, des waren qui manquent de vous écraser si vous n'ouvrez pas l'œil en marchant, des bars climatisés et maquis un peu partout. Des boutiques de mode, des quincailleries, et autres commerces de proximité; des supermarchés low-cost, des garages automobiles improvisés dans des terrains non construits, et plusieurs espaces dits « pleins airs ».
Mais là où je me suis rendu que ce Monsieur ne connait pas du tout Cocody, c'est lorsqu'il a parlé des longs trajets pour sortir de Yopougon, et se rendre à son travail. À le lire, on aurait dit qu'à Cocody c'est une simple sinécure. Circulation fluide partout, laisse-t-il entendre. Alors si tu me lis cher ami je te dirai juste ceci : « je ne sais pas où tu habites à Poye et où tu travailles pour te plaindre du trajet. Tu as peut-être raison, donc yako. Mais crois moi, si tu es à Cocody Faya, et que tous les matins et soirs tu dois te taper un Faya - Vridi zone industrielle, tu vas rendre témoignage, comme on dit... » Vraiment il est temps pour certains de sortir des préjugés. Préjugés négatifs pour ce qui est de Yopougon en particulier, ou excessivement amplifiés, vis à vis de Cocody. Oui Cocody est la commune chic d'Abidjan, ça ne se discute pas, mais tout n'y est pas rose, loin de là. Non, Youpougon n'est pas le fin fond du trou du cul du monde. Il y a beaucoup de problèmes dans cette commune, notamment sociaux, comme il y en a dans toutes les autres, mais il y fait bon vivre. Quant à l'affirmation selon laquelle Yopougon est la mère des vices et de la dépravation, qui lobotomise la capacité des jeunes à etre entreprenants, je m'y attarderai pas, tant ce vieux cliché est redondant.
Texte de Jean Christian Konan, pris sur le forum "2000 Vins"