15/10/2025
🟣 VBG AU CAMEROUN : ENTRE VOLONTARISME POLITIQUE ET FAIBLESSE INSTITUTIONNELLE
Par Jean Hugues Ambodo, Journaliste
En août 2025, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) publiait un document clé : le Rapport d’analyse situationnelle des Violences Basées sur le Genre (VBG) au Cameroun — une synthèse de 91 pages qui dresse un portrait lucide de la lutte contre un fléau social majeur. Ce rapport, élaboré avec l’appui de Vital Strategies, l’UNFPA et ONU-Femmes, rappelle que « la lutte contre les violences basées sur le genre constitue aujourd’hui une priorité nationale et un enjeu fondamental pour la consolidation d’une société plus juste, plus équitable et respectueuse des droits humains » (MINPROFF, 2025, p. 6).
Pourtant, malgré la volonté politique affichée, la réalité du terrain révèle une réponse encore fragmentée, sous-financée et mal coordonnée.
DES NORMATIFS… SANS ANCRAGE
Depuis la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre les VBG 2022–2026, le Cameroun s’est doté d’un cadre juridique et institutionnel conforme aux standards internationaux, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et la Déclaration de Beijing. Le pays s’aligne également sur les Objectifs de Développement Durable (ODD 5) visant l’égalité des sexes et la fin des violences faites aux femmes et aux filles (p. 17).
Cependant, le rapport note une faiblesse majeure : la coordination multisectorielle reste inopérante. Les acteurs institutionnels (MINPROFF, MINAS, MINSANTE, MINJUSTICE, etc.) travaillent souvent en silos, avec des mandats partiellement superposés et peu de mécanismes de suivi intégrés. Cette fragmentation engendre des doublons d’efforts, un gaspillage de ressources et une invisibilisation des victimes dans les statistiques nationales.
LE NERF DE LA GUERRE : LES MOYENS
La volonté politique ne suffit pas lorsqu’elle n’est pas soutenue par des moyens financiers et humains conséquents. Le rapport 2025 le souligne sans détour :
« Le manque d’accès aux services intégrés de prise en charge, la faible coordination entre acteurs et l’insuffisance des ressources financières constituent des freins majeurs à l’efficacité de la riposte » (p. 14).
En effet, les centres d’écoute et d’accueil, souvent gérés en partenariat avec des ONG comme l’ALVF ou le RENATA, fonctionnent avec des budgets précaires. Dans plusieurs régions, les antennes du MINPROFF n’ont pas de personnel formé à la prise en charge psychosociale. Les magistrats et forces de sécurité manquent d’outils pour traiter les cas de VBG avec sensibilité et diligence.
Ce sous-financement chronique met en péril la durabilité des interventions et alimente la dépendance du pays vis-à-vis des partenaires internationaux.
UNE RÉPONSE ENCORE TROP CENTRALISÉE
L’autre défi mis en évidence par le rapport concerne la territorialisation de la réponse. Bien que la Stratégie nationale encourage l’implication des collectivités territoriales décentralisées (CTD), celles-ci restent encore marginalisées dans la mise en œuvre. L’absence de budgets locaux dédiés aux politiques de genre limite la prévention communautaire et l’accès aux services dans les zones rurales, où les violences sont les plus fréquentes.
Une approche plus décentralisée et participative, appuyée sur les leaders communautaires et les associations féminines, pourrait rendre la lutte plus ancrée dans les réalités locales.
L’ESPOIR : LA DES ACTEURS
Le rapport reste optimiste. Il reconnaît les « forces » du dispositif national, notamment l’existence de la SNLVBG, la mobilisation du secteur associatif et la présence de programmes conjoints ONU-Femmes/UNFPA dans plusieurs régions (p. 70). Il propose aussi des pistes concrètes :
- Améliorer la coordination de la réponse,
- Renforcer le cadre juridique,
- Assurer le financement durable de la lutte,
- Mettre en place un système de suivi-évaluation performant (p. 75–77).
Ces recommandations rejoignent une conviction partagée par les acteurs du terrain : la lutte contre les est d’abord une question de gouvernance et de redevabilité. Tant que les mécanismes institutionnels resteront verticaux, cloisonnés et sous-dotés, les stratégies les plus ambitieuses resteront des textes sans impact tangible.
PASSER DE LA À L’ACTION
Le Cameroun a franchi une étape décisive en plaçant les VBG au cœur de ses priorités nationales. Mais il lui reste à franchir la distance entre l’intention politique et la transformation structurelle.
L’avenir de cette lutte dépendra de la capacité des pouvoirs publics à :
1. Financer durablement les structures locales,
2. Responsabiliser les collectivités territoriales,
3. Rendre des comptes aux citoyens et aux survivantes.
Comme le rappelle le Rapport d’analyse situationnelle des VBG au Cameroun :
« Protéger les droits et l’intégrité des femmes, des filles et de toutes les victimes, c’est garantir un avenir plus sûr, plus équitable et plus prospère pour notre Nation » (p. 6).
👉🏿Abonnez-vous, likez et partagez