01/12/2025
Le 15 janvier 1971 - Le jour où Anicet Ekanè a été transfiguré
Son destin politique se forge le 15 janvier 1971 à Bafoussam où, venu participer à un match de football entre établissements scolaires, il tombe sur l’exécution sur la place publique de Ernest Ouandié et Tabeu Gabriel, dit «Wambo le Courant».
Cet événement va littéralement le transfigurer et structurer son engagement politique.
Devenu étudiant en France, il prend sa carte à l’Union nationale des étudiants du Kamerun et y milite avant de passer naturellement à l’UPC.
Que s’est-il passé ce 15 janvier 1971 ?
Le 15 janvier 1971, à Bafoussam, une page tragique de l’histoire du Cameroun s’est écrite dans le sang et le courage.
Ce matin-là, Ernest Ouandié, figure emblématique de la résistance camerounaise, se tient debout, digne et déterminé, malgré les menottes qui entravent ses poignets.
Devant une foule nombreuse, massée sur la place, les regards sont figés, partagés entre peur, tristesse et admiration. L’atmosphère est lourde, oppressante, comme suspendue à l’instant. Les murmures se taisent. Seul le bruit des bottes résonne.
Ernest Ouandié avance d’un pas ferme, entouré de soldats, escorté comme un condamné, mais rayonnant comme un martyr. À ses côtés, deux compagnons de lutte : Gabriel Tabeu, surnommé Wambo le Courant, et le jeune Raphaël Fotsing. La foule silencieuse retient son souffle. L’atmosphère est pesante, imprégnée d’une tristesse que les mots ne peuvent décrire.
Arrivé sur la place d’exécution, Ernest Ouandié, fidèle à lui-même, refuse qu’on lui bande les yeux. « Je veux regarder la mort en face », semble-t-il dire par ce geste de défiance et de bravoure. Sa posture impressionne. Le regard fier, il sourit, ce sourire qui résonne comme un pied de nez à l’oppression, comme une promesse silencieuse que le combat ne s’arrête pas ici.
Le peloton d’exécution se met en place. Les fusils sont braqués. Le silence est assourdissant.
Puis, alors que les soldats s’apprêtent à tirer, une voix s’élève soudain de la foule, déchirant l’air tendu de ce matin fatidique. Une femme, portée par un courage aussi grand que le drame qui se joue, ose crier : « Ne les tuez pas ! ». La police, prise de court, tente de la repérer au milieu de la foule compacte, mais en vain. Son geste courageux, aussi furtif qu’inattendu, échappe aux autorités. Le silence retombe. La voix d’Ernest Ouandié s’élève à son tour, forte et claire, transperçant l’air comme un cri d’éternité.
Il sait que sa mort est inévitable, mais il la transforme en acte de résistance. Il parle de liberté, de justice, de sa foi en l’avenir du Cameroun. « Après moi, d’autres continueront le combat », proclame-t-il. Il dit avoir formé des gars qui demanderont des comptes un jour. Et comme pour sceller cet engagement dans les mémoires, il se met à chanter, dans un dernier geste de défi.
Avant que le peloton d’exécution ne fasse feu, il lance : « Vive le Cameroun, l’histoire jugera ! ». Peu avant, il avait dit à ses geôliers : " Dites à mon épouse et à mes enfants que je n'ai pas trahi"
Les soldats hésitent presque. Mais la première salve déchire l’air. Les balles frappent.Il s’effondre et rejoint dans la mort ses deux compagnons d’infortune, Gabriel Tabeu et Raphaël Fotsing.
Un officier européen s’avance, comme pour achever ce qui a déjà été fait. Il dégaine son revolver, s’agenouille auprès du héros mourant, et dans un silence glaçant, tire à bout portant. Un dernier coup, brutal, lâche, inutile.
Ce jour-là, une tentative a été faite pour éteindre l’espoir, pour effacer des vies qui défiaient l’injustice. Mais ce sang versé n’a pas été en vain. Car sur cette terre imbibée de sacrifice, une nation s’est construite, une flamme s’est allumée.
Son corps, enseveli dans une fosse commune avec ses camarades et recouvert de béton, ne sera retrouvé que grâce à un acte de bravoure : une main anonyme a entouré son poignet d’un plastique, permettant des années plus t**d d’identifier ses restes.
Nous n’avons pas le droit d’oublier. Ernest Ouandié, Gabriel Tabeu, Raphaël Fotsing, et aujourd’hui Anicet ; vous êtes tombés, Ekanè mais vos idéaux continuent de vivre en nous. Vous êtes des immortels.
Votre mémoire nous guide. Il viendra un jour où la vraie patrie vous rendra l’hommage que vous méritez. En attendant, nous poursuivons le combat, pour la justice, pour la liberté, pour l’avenir de cette nation bâtie sur votre courage.
Que vive le Cameroun !
L’oubli est la ruse du diable !
Arol KETCH - 02.12.2025
Rat des archives