12/08/2026
Chronique MCTV: Tricycles ( Motos à 3 roues) : il est temps de changer de regard avant qu’il ne soit trop t**d
Par la Rédaction de MCTV.
Il y a des accidents qui ne doivent pas seulement susciter l’émotion du moment. Ils doivent nous obliger à regarder la réalité en face, à poser les bonnes questions et, surtout, à agir avant que le prochain drame ne survienne.
Le 11 août 2026, sur l’axe Base aérienne- Djoumassi, un tricycle roulant à vive allure a percuté violemment un bus électrique de la Société de Transport de Garoua, immobilisé sur le bas-côté. Selon les premières informations communiquées par l’entreprise, le conducteur aurait perdu le contrôle de son engin en tentant d’éviter un troupeau de bétail. Le conducteur et son passager ont été grièvement blessés et évacués vers le District de Santé de Djoumassi. Les responsabilités devront naturellement être établies par les autorités compétentes. Mais au-delà de cet accident précis, une question beaucoup plus large se pose : sommes-nous réellement préparés à la circulation massive des tricycles dans nos agglomérations ?
Il ne s’agit pas ici de condamner le tricycle.
Cet engin est devenu un moyen de transport important pour de nombreuses familles. Il permet à des jeunes de gagner leur vie, facilite les déplacements des populations et le transport des marchandises; répond à une véritable demande sociale. Le problème n’est donc pas le tricycle. Le problème, c’est l’usage que nous en faisons. C’est là que nous devons collectivement changer de regard.
Un tricycle n’est pas une moto
Dans l’imaginaire de nombreux conducteurs, le tricycle reste assimilé à une grosse moto. C’est une erreur de perception qui peut avoir de lourdes conséquences. Un tricycle est un véhicule à trois roues. Sa conduite, son équilibre, son gabarit, ses réactions dans les virages, ses distances de freinage et son comportement face à un obstacle ne sont pas ceux d’une moto classique. Celui qui conduit un tricycle doit donc apprendre à conduire un véhicule, et non simplement à piloter une moto avec une roue supplémentaire.
Cette différence doit être au cœur de toute politique de prévention. Car comment peut-on confier un véhicule transportant plusieurs personnes ou des marchandises évaluées à des millions de FCFA à quelqu’un qui n’a parfois reçu aucune formation sérieuse, qui ne possède pas de permis, dont l’identité n’est pas clairement établie et qui peut, dans certains cas, être encore mineur ?
La question des mineurs doit être posée sans détour
À Garoua comme un peu partout dans d’autres villes, il n’est pas rare de voir de très jeunes conducteurs au volant de tricycles. Qui sont-ils ? Quel âge ont-ils réellement? Sont-ils titulaires des documents exigés ? Ont-ils été formés ? Connaissent-ils le Code de la route ? Sont-ils capables de réagir correctement face à un piéton, un animal, un véhicule arrêté, un nid-de-poule ou une situation d’urgence ? Et surtout : qui leur a confié les clés ?
La responsabilité ne peut pas être recherchée uniquement du côté du jeune conducteur. Elle concerne aussi le propriétaire de l’engin, les parents lorsqu’ils sont impliqués, les exploitants et, plus largement, tous ceux qui permettent à un mineur de prendre le volant d'un véhicule destiné au transport.
Il faut avoir le courage de le dire : un enfant ne doit pas être transformé en conducteur simplement parce qu’il faut trouver une activité rémunératrice.
La pauvreté, le chômage ou la nécessité économique peuvent expliquer certaines situations. Ils ne doivent jamais servir de justification à la mise en danger de vies humaines.
Former avant de sanctionner
La réponse ne doit cependant pas être uniquement répressive.
Interdire les tricycles dans les agglomérations ne réglerait pas nécessairement le problème. Les supprimer brutalement priverait aussi des familles d’une source de revenus et une partie de la population d’un moyen de déplacement devenu essentiel. La véritable urgence est ailleurs : organiser, professionnaliser et responsabiliser cette activité. Les conducteurs doivent bénéficier d'une formation adaptée : Code de la route, maîtrise du véhicule, comportement dans les carrefours, vitesse, freinage, dépassement, transport des passagers, conduite de nuit, gestion des situations imprévues et respect des autres usagers. Cette formation devrait être accompagnée d’une identification rigoureuse des conducteurs et des engins : identité vérifiée, documents en règle, permis approprié, immatriculation et contrôle des conditions d’exploitation.
Il faut savoir qui conduit quoi, pour le compte de qui et dans quelles conditions.
Les autorités administratives ont ici un rôle majeur à jouer.
Les autorités municipales également.
Les forces de maintien de l’ordre, les services chargés de la circulation, les services techniques compétents, la société civile et les élites soucieux du devenir de leur population doivent travailler ensemble pour mettre en place un véritable dispositif de régulation.
Il ne s’agit pas de multiplier les contrôles pour remplir des carnets de contraventions. Il s’agit de sauver des vies.
Il faut identifier les zones à risques, sensibiliser les conducteurs, contrôler les documents, lutter contre la conduite par des mineurs et sanctionner les comportements dangereux. Mais il faut aussi dialoguer avec les conducteurs et leurs organisations afin que les mesures prises soient comprises et acceptées.
les parents ont eux aussi une responsabilité.
Un parent qui sait que son enfant est mineur et le laisse conduire un tricycle sur la voie publique doit se poser une question simple : si quelque chose arrive, pourra-t-il vivre avec les conséquences de sa décision ? La prévention commence souvent à la maison.
les populations ont également une part de responsabilité.
Nous montons dans ces engins. Nous les sollicitons. Nous encourageons parfois la vitesse parce que nous voulons arriver rapidement ou notre marchandise a temps dans tel ou tel autre quartier. Nous acceptons parfois de voyager ou de les confier des marchandises dans des conditions qui nous paraissent dangereuses. Nous devons apprendre à dire non. Non à la surcharge. Non à la vitesse excessive. Non à la conduite par des mineurs. Non aux conducteurs manifestement incapables de maîtriser leur véhicule. La sécurité routière n’est pas seulement l’affaire de la police, de la gendarmerie ou de la mairie. Elle concerne chaque usager.
L’accident de Djoumassi doit donc être considéré comme un signal d’alerte. Pas comme une occasion de désigner immédiatement un coupable. Pas comme un prétexte pour stigmatiser les conducteurs de tricycles. Mais comme une invitation à revoir notre manière de gérer un phénomène qui a pris une place considérable dans la mobilité urbaine.
Les tricycles sont là. Ils rendent un service. Ils font vivre des familles. Mais leur présence dans nos villes doit désormais s’accompagner d’une véritable culture de sécurité.
Aux autorités : encadrez; aux municipalités : organisez, aux forces de sécurité : contrôlez et sensibilisez, aux propriétaires : ne confiez pas vos engins à n’importe qui, aux parents : ne laissez pas les mineurs conduire, aux conducteurs : formez-vous, respectez le Code de la route et comprenez que votre véhicule transporte des vies, aux populations : soyez des usagers responsables.
Car derrière chaque tricycle, chaque moto, chaque voiture et chaque bus, il y a une vie humaine. Et une vie humaine ne devrait jamais être mise en danger simplement parce que nous avons pris l'habitude de fermer les yeux.