18/08/2026
🛑 CULTURE
KAMENI : CELLE QUI AVAIT POURTANT BIEN COMMENCÉ
Elle avait quelque chose que l’industrie musicale recherche sans cesse : une personnalité immédiatement identifiable. Kameni est arrivée avec des freestyles, une énergie débordante et cette impression qu’une nouvelle voix féminine était enfin prête à prendre sa place. « Nayo Nayo », « Boss », puis « Lover » avec Mr Leo ont rapidement installé son nom. Mais quelques années plus t**d, le récit est devenu moins évident. Entre changement d’environnement, départ de Lionn Productions et nouvelle direction artistique, que reste-t-il de la Kameni que le public avait découverte avec autant d’enthousiasme ?
UNE ARRIVÉE QUI AVAIT TOUT D’UNE ÉVIDENCE:
Kameni commence à se faire remarquer avant même d’avoir véritablement installé une discographie. Ses vidéos, reprises et freestyles publiés sur les réseaux sociaux attirent progressivement l’attention. En 2019, son mashup reprenant notamment des titres de Locko, Teni et Burna Boy contribue à la faire connaître. Elle enchaîne ensuite avec « Boss », puis « Nayo Nayo », véritable accélérateur de sa carrière. Quelques mois plus t**d, sa collaboration avec Mr Leo sur « Lover » confirme qu’il ne s’agit plus simplement d’un phénomène des réseaux sociaux.
LIONN PRODUCTIONS ET LA BONNE ÉQUATION:
L’arrivée de Kameni dans l’écosystème de Lionn Productions, fondé par Mr Leo en 2019, intervient à un moment où la structure cherche justement à développer de nouveaux talents. Elle bénéficie alors d’un environnement professionnel capable de donner une cohérence à ses premiers pas. Son EP Love & Hustle, sorti en 2020, compte six titres et installe davantage son univers entre afrobeat, rap et sonorités urbaines. À cette période, la presse camerounaise la présente déjà comme l’une des jeunes artistes féminines prometteuses du pays.
LE PROBLÈME N’ÉTAIT PAS LE TALENT:
Ce qui rend le parcours de Kameni intéressant, c’est précisément qu’il ne s’agit pas d’une artiste qui aurait échoué faute de potentiel. Elle avait la voix, l’attitude, la capacité à rapper, à chanter et surtout une personnalité suffisamment forte pour être reconnaissable. Elle expliquait elle-même vouloir utiliser sa musique pour parler de son vécu et transmettre un message positif. Son titre « Ghetto », notamment, assumait cette dimension plus revendicative, avec une esthétique de « bad girl » et un mélange de français, d’anglais et de pidgin.
QUAND LA DIRECTION CHANGE, L’ARTISTE DOIT SE RÉINVENTER:
Une carrière musicale ne repose cependant pas uniquement sur les premiers succès. Il faut ensuite savoir transformer l’attention en communauté, puis la communauté en fidélité. C’est ici que le parcours de Kameni devient plus complexe. En février 2022, elle annonce officiellement la fin de sa collaboration avec Lionn Productions et son intention de poursuivre son chemin seule. Ce départ marque nécessairement une nouvelle étape : l’artiste qui bénéficiait auparavant d’une structure, d’une équipe et d’une direction doit désormais porter elle-même une partie beaucoup plus importante de sa trajectoire.
UNE ARTISTE ENTRE PLUSIEURS IDENTITÉS:
Le changement n’est pas seulement administratif. Il touche aussi à l’image et à la direction artistique. Kameni avait été découverte avec une identité très spontanée, presque instinctive : une jeune femme énergique, urbaine, capable de passer du chant au rap et de créer des contenus qui semblaient directement connectés à sa génération. Or, lorsqu’un artiste multiplie les directions sans qu’une ligne forte ne permette au public de comprendre son évolution, la polyvalence peut devenir une faiblesse. On peut tout faire artistiquement et, paradoxalement, devenir difficile à définir.
LE PUBLIC, L’AUTRE DIRECTEUR ARTISTIQUE:
C’est peut-être là que se trouve la partie la plus importante de cette histoire. Le public avait beaucoup donné à Kameni au début : des vues, des partages, de l’attention et surtout une curiosité réelle. Mais cette attention devait être entretenue. Dans une industrie où une nouvelle révélation apparaît chaque semaine, le public ne reste jamais acquis. L’artiste doit constamment lui donner une raison de revenir. Kameni a continué à produire et à explorer son univers, mais le phénomène « Kameni » des débuts n’a pas connu la même accélération que celle que son potentiel initial pouvait laisser imaginer.
NOTRE REGARD:
Le parcours de Kameni pose une question plus large que celle de sa seule carrière : que fait-on d’un artiste lorsque le premier élan ne suffit plus ? Son histoire montre qu’une révélation peut être parfaitement lancée et pourtant perdre progressivement sa trajectoire si l’identité artistique, la stratégie et la relation avec le public ne progressent pas au même rythme. Kameni avait commencé avec une longueur d’avance. La suite de son histoire dépend désormais de sa capacité à transformer ce potentiel d’hier en une identité suffisamment forte pour que le public ait, aujourd’hui encore, envie de la suivre.
Par OnTop! Magazine