07/09/2026
L 'éditorial politique de Eric Boniface Tchouakeu du lundi 07 septembre 2026.
Cameroun/Rentrée scolaire 2026-2027 : Le top départ et les défis sécuritaires.
Des millions d’élèves de la maternelle, du primaire ainsi que du secondaire ont renoué avec le chemin de l’école le 07 septembre 2026. C’est pour le compte de la nouvelle année scolaire 2026/2027.
Si dans la plupart des dix (10) régions du pays, le retour à l’école devrait se faire sans beaucoup de difficultés, des interrogations demeurent, comme depuis plusieurs années maintenant, sur la sécurité des élèves et des enseignants dans des régions en proie aux crises sécuritaires.
Il s’agit notamment de certaines localités de la région de l’Extrême-Nord, qui subit assez régulièrement des attaques de la secte djihadiste d’origine nigériane, Boko Haram.
Entre janvier et juin cette année, l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS), a dénombré au moins 227 attaques de Boko Haram dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le think tank, International Crisis Group alerte sur le risque que les violences enregistrées en août dans ces régions perturbent la reprise des classes. « La montée de la violence dans les régions anglophones pourrait affecter la réouverture des écoles en septembre », écrit l’organisation dans son suivi mensuel des conflits publié le 2 septembre 2026.
International Crisis Group repose son analyse sur plusieurs incidents recensés au cours du mois d’août. Dans le Nord-Ouest, l’organisation rapporte que des séparatistes ont attaqué, le 5 août, la brigade de gendarmerie de Nkor pour tenter de libérer des combattants détenus sur place, avant de se heurter à la riposte des forces de sécurité.
Le 11 août, des hommes armés ont également intercepté des passagers sur l’axe Batibo-Mamfe. L’organisation évoque l’enlèvement d’environ 20 civils.
Dans le Sud-Ouest, ICG signale une embuscade contre un convoi militaire sur l’axe Buea-Muyuka le 8 août, puis des affrontements entre séparatistes et forces de défense près de Buea le 15 août.
Depuis l’éclatement de la crise dite anglophone en fin 2016 puis son basculement en insurrection séparatiste un an plus t**d, établissements, enseignants et élèves ont été affectés par les violences, les restrictions de mouvement et les opérations de boycott scolaire.
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), plus de 88 attaques visant l’éducation ont été signalées entre janvier et juin 2026. Des établissements ont été pris pour cible et des enseignants confrontés notamment à des intimidations et à des enlèvements.
Les restrictions de mouvement, prises d’otages et points de contrôle illégaux compliquent également l’accès aux écoles et à d’autres services essentiels dans les zones touchées par les violences.
Face aux risques entourant la rentrée, le gouvernement a réuni son dispositif sécuritaire le 26 août au ministère de la Défense.
Parmi les points de vigilance identifiés au cours de cette rencontre,figure la persistance de mots d’ordre de « villes mortes » le lundi dans certaines localités du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
À l’issue de la réunion, le Ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a prescrit l’intensification des opérations de sécurisation, en coordination avec les autorités administratives et les acteurs locaux, en prélude à la reprise des cours le 7 septembre.
Précisons que certaines branches de la direction séparatiste, à l'instar de l'Ambazonia Governing Council, ont ponctuellement levé ou révoqué leurs mots d'ordre de ville morte ou lockdown pour ne plus pénaliser l'éducation des enfants.
Par contre, d’autres groupes armés locaux ou rivaux persistent à imposer les mesures de confinement, ou d’interdiction stricte, estimant que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, ou rejetant le système éducatif officiel.
Le Gouvernement pourrait au passage saisir l’opportunité de l’assouplissement de certains groupes séparatistes relativement à l’éducation des élèves, pour solutionner via le dialogue, la crise qui perdure dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
En tout cas, il se doit d’être vigilant en permanence, pour assurer au moins sa mission régalienne de sécurité à l’égard des élèves, enseignants, parents et établissements scolaires aussi bien dans des régions crisogènes, que dans le reste du pays.