03/07/2026
[PORTRAIT] 💚🤍💚
Elsymphonie : Le slam à l'œil
Lauréate du prix Goethe-Découverte 2026, catégorie Parole sur scène, la jeune slameuse Elsymphonie se produira, le 3 juillet 2026 au Goethe-Institut. Son spectacle s'intitule "Bininga". Il s'agit d'un hommage à la femme, à ses combats et à sa résilience.
Au Cameroun, si quelqu'un vous dit qu'il a le « sang à l'œil », n'allez surtout pas croire qu'il souffre d'une conjonctivite. Dans l'imaginaire populaire, c'est l'expression ultime pour désigner une personne farouchement déterminée, prête à tout balayer sur son passage pour triompher. Cette rage de vaincre, Élise Étoundi la porte en elle, mais elle a choisi de la déclamer. Chez cette jeune artiste, la détermination se conjugue en rimes, en calembours et en métaphores. Elsymphonie a plutôt le slam à l'œil. À quelques heures de monter sur la scène du Goethe-Institut, elle ne tient d'ailleurs plus en place. Il suffit de parcourir ses comptes TikTok, Facebook ou encore ses statuts WhatsApp pour s'en apercevoir : une seule phrase revient en boucle, « Rendez-vous au Goethe-Institut pour mon spectacle, Bininga ». Pourtant, il y a encore cinq ans, elle n'aurait jamais imaginé se produire devant un public suspendu à ses lèvres. Elle en aurait même ri. « J'étais simplement cette jeune fille passionnée qui faisait écouter ses textes de slam à sa maman », confie-t-elle.
À seulement 20 ans, Ébinembegne Étoundi Marie Élise, de son vrai nom, est en train de réaliser son rêve. Le spectacle Bininga est selon elle, « la matérialisation réelle et palpable de ses ambitions ». Lorsqu'elle évoque la portée de cette création, son regard s'illumine aussitôt. « Ce spectacle est inspiré du quotidien de la femme, de ses combats, de ses blessures, mais aussi de son avenir. Il parle de toutes ces injustices que les femmes subissent et rappelle qu'elles méritent d'être respectées, entendues et célébrées », explique l'étudiante en communication des organisations à l'ESSTIC. Le choix du titre n'est d'ailleurs pas anodin. Bininga, qui signifie « femmes » en ewondo, s'est imposé après une suggestion des jurés lors de la finale du Goethe-Découverte 2026. « Au départ, le spectacle s'intitulait Elles. Les jurés m'ont proposé de traduire ce titre dans ma langue maternelle. J'ai immédiatement adhéré à cette idée », raconte-t-elle.
Son histoire avec le slam commence pourtant loin des projecteurs. Dès l'âge de neuf ans, elle développe une passion pour la poésie. Mais ce n'est qu'en 2023 qu'elle participe à son premier concours de slam, organisé à l'Institut français du Cameroun. Si elle ne décroche pas de place sur le podium, cette première expérience lui offre bien plus qu'une récompense. « J'y ai découvert un amour profond pour le slam », confie-t-elle. Depuis, elle enchaîne les prestations. À travers ses textes, elle met en lumière la femme tout en dénonçant les maux de la société. Un univers artistique qui résonne avec son nom de scène, Elsymphonie, qu'elle décrit comme « la symphonie d'Elsy ». Inspirée par des artistes tels que Rodrigue NDzana, Hen’s, Cysoul, Lydol, Amee Slam ou encore Grand Corps Malade, elle se voit dans un futur proche, en collaboration avec eux. Passionnée d'art oratoire, de danse, de théâtre, de chant et de mode, la jeune artiste veut incarner une femme libre, joyeuse et ambitieuse. Convaincue que l'excellence se construit par la discipline, la persévérance et la constance, Elsymphonie avance avec la certitude de savoir d'où elle vient et où elle veut aller.
Anne Bassong