20/11/2025
Tilelli I mas crif mellal
Lettre ouverte aux autorités algériennes
Pour la libération de Chérif Mellal
Messieurs les décideurs,
Cette lettre vous parvient d’une famille installée à l’étranger depuis assez longtemps pour ressentir la nostalgie profonde du pays, celui qui nous a vus naître, celui auquel nos aïeux ont donné leur vie et sacrifié leur jeunesse.
Nous sommes une famille montagnarde, issue de ces hauteurs où l’on apprend dès l’enfance que lorsque le vent souffle fort, on attend, on patiente, on laisse la tempête passer. Nos parents et grands-parents nous ont transmis cette endurance : ils ont connu la misère, les privations, les injustices du passé, mais n’ont jamais cessé d’aimer cette terre.
Aujourd’hui, depuis 2023, nous faisons face à une autre forme de misère :
celle de l’injustice.
Une injustice flagrante, persistante, infligée à une famille qui n’a jamais cherché le conflit, et à un homme — Chérif Mellal — qui a voulu revenir vers son pays pour y contribuer, malgré toutes les opportunités qu’il avait pour rester à l’étranger. Comme tant de jeunes de nos montagnes, il aurait pu choisir l’exil définitif. Il a choisi l’Algérie.
Il revenait avec l’expérience, l’envie de servir, la volonté d’honorer ses racines.
Il n’y a trouvé que malveillance, insultes, discriminations, diffamation et acharnement.
Un acharnement qui ne s’arrête même pas aux murs froids d’une prison, car l’injustice poursuit l’homme jusque dans son corps, jusque dans le regard de ses enfants.
Depuis près de trois ans, nous assistons, impuissants, à ce traitement indigne, sans explication valable, sans justification humaine ou juridique.
Nous revivons, à travers lui, cette vieille douleur kabyle que Camus appelait « la misère du peuple qui marche dans la poussière avec les mains nues ».
Nous revivons les mots de Mouloud Feraoun, lorsqu’il écrivait :
« Celui qui souffre en silence finit par crier par la voix de ceux qui l’aiment. »
Aujourd’hui, nous sommes cette voix.
Chérif Mellal n’a jamais invoqué une autre nationalité, jamais demandé un privilège, jamais renié son pays.
Il n’a cherché que la justice.
Mais la justice ne lui a pas été rendue.
Messieurs les décideurs,
L’histoire de notre pays est marquée par des hommes et des femmes qui ont payé cher leur dignité.
Ne laissez pas l’injustice ajouter une nouvelle page sombre à ce récit.
Ne laissez pas des enfants, aujourd’hui adolescents, grandir avec l’idée que leur pays a abandonné leur père.
Ne laissez pas une famille entière porter une blessure que rien ne pourra effacer.
Nous vous demandons, avec respect, de faire cesser cette épreuve.
Nous vous demandons d’agir pour la libération de Chérif Mellal.
Non pas par faveur.
Par justice.
Par humanité.
Par respect des valeurs que l’Algérie proclame et auxquelles nous, de loin, continuons de croire.
Comme l’écrivait encore Feraoun :
« La justice n’a de sens que si elle est la même pour tous. »
Nous espérons que cette justice, la vraie, celle qui apaise les peuples et honore les nations, retrouvera enfin son chemin.
Pour la dignité.
Pour l’équité.
Pour l’Algérie.
La famille Mellal