NAQD NAQD est une r***e périodique d'études et de critiques sociales, publiée en arabe et en français

Journal EL WATAN  le 18 Janvier 2026.
18/01/2026

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PATRICE LUMUMBADISCOURS PRONONCÉ LE 30 JUIN 1960,LE JOUR DE L’INDÉPENDANCE DU CONGOCombattants de l’indépendance aujourd...
07/01/2026

PATRICE LUMUMBA
DISCOURS PRONONCÉ LE 30 JUIN 1960,
LE JOUR DE L’INDÉPENDANCE DU CONGO

Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez. À vous tous,
mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté. Car
cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal. Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes,
de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous
était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre
mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous »
honorable était réservé aux seuls blancs !

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même,
selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était
vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits
« européens » ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation !… Ensemble mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de
l’Afrique toute entière.

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants.
Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de

nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et qu’elle ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit. Ainsi, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour
assurer la réussite de notre grandiose entreprise. L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain. Notre gouvernement fort - national - populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants à se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale ! Vive l’indépendance et l’unité africaine ! Vive le Congo indépendant et souverain !

In / dépendances

LUMUMBA IN MEMORIUMCher.e.s lecteur.trices., cher.e.s abonné.e.s à la r***e NAQD, beaucoup d’entre vous ont dû suivre la...
07/01/2026

LUMUMBA IN MEMORIUM

Cher.e.s lecteur.trices., cher.e.s abonné.e.s à la r***e NAQD, beaucoup d’entre vous ont dû suivre la rencontre de football comptant pour la CAN et opposant l’équipe d’Algérie à celle
de la RDC. En plus du but qualifiant l’Algérie pour les ¼ de finale, un événement a défrayé la chronique. Un Congolais, debout est resté dressé le point levé durant toute la partie. Les larmes qu’il versées à la fin du match n’étaient pas seulement celles de la défaite de l’équipe nationale du Congo, mais celle à la m’moire de Patrice Lumumba

Mais qui est Patrice Lumumba ?

En dépit de la courte période (Juin à Septembre 1960) où il fut le premier Premier ministre de la République indépendante du Congo, Patrice Émery Lumumba (1925-1961), membre fondateur du Mouvement national congolais (MNC 1958), a été une des figures emblématiques du panafricanisme et du mouvement anti-impérialiste et anti-colonialiste pour l’indépendance de l’Afrique. Peu de temps après son discours inaugural patriotique et
critique du colonialisme, il a été isolé politiquement et pour finir brutalement assassiné. Des études ont montré que les gouvernements de la Belgique et des Etats-Unis partisans de son
retrait n’ont pas été sans rapport avec son assassinat.

Et pour toutes celles et ceux qui ont encore en mémoire les indépendances de l’Afrique, NAQD publie ce texte historique du martyr congolais paru dans son édition du N°30

Discours prononcé le 30 juin 1960, le jour de l’indépendance du Congo

04/01/2026

Témoignage de Hafid HAMDI-CHERIF membre de la rédaction de NAQD

Un phare s’est éteint

Un homme droit dans une vie debout
Lors de la levée du corps de son frère Noureddine, disparu il y a quelques années, Mohamed a eu cette phrase : « Il est de ceux qui ont su braver les injures du temps et les injustices des hommes. ». Je crois que cette phrase s’applique aussi complètement à lui. Le temps viendra où il faudra revisiter son œuvre, la faire vivre. Pour le moment c’est l’homme qui va manquer.
J’ai rencontré Mohamed Harbi la première fois par l’intermédiaire de René Gallisot en 1983; Mais c’est après, avec Saïd Chikhi et Daho Djerbal que j’ai eu à mieux le connaitre, à le fréquenter plus régulièrement, à surtout avoir l’honneur d’être introduit dans sa famille, et à avoir sa confiance. Des anecdotes personnelles m’ont permis de mesurer l’étendue de cette confiance et surtout de m’apercevoir combien était important pour lui de chercher avant tout à préserver ses amis.
Doublées d’une extraordinaire intelligence des rapports humains, sa très grande générosité et son ouverture d’esprit et de cœur n’empêchaient nullement une intransigeance lorsqu’il s’agissait des principes auxquels il tenait, même si souvent il le faisait avec nuance et souplesse. Irrécupérable, il se prêtait à tout le monde mais ne se donnait à personne et, en homme libre, ne faisait aucune concession.
D’une honnêteté à toute épreuve, toujours à cheval sur la grande histoire, il était en même temps totalement algérien et totalement cosmopolite. Et malgré toute sa vision critique, son patriotisme restait toujours intact. Un jour, à ma question de savoir si le premier novembre 1954 était à refaire, il me répondit : «il n’y avait pas d’autre solution ! ». Il avait l’Algérie au cœur, douloureusement, parce qu’elle ne correspondait à ce qu’il aurait souhaité qu’elle soit. Combien de fois, lorsque je l’appelais le matin pour prendre de ses nouvelles, il me disait : « J’ai passé la nuit avec toutes ces morts ; l’Algérie me hante. » Un ami me disait il y a quelque temps à son sujet : « si tu veux penser en bien à L’Algérie, pense à cet homme. »
Il était admiré par les plus grands. Le philosophe Etienne Balibar qui lui vouait une admiration et une affection sincères me confiait un jour que l’une de ses plus grandes fiertés était d’avoir réuni à déjeuner Mohamed Harbi et Edouard Saïd.
Toujours poussé, par une extraordinaire exigence de précision, et armé d’une culture encyclopédique, tout chez lui passait par le comparatisme ; avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe de l’est; il savait l’Algérie dans le monde, et savait aussi que pour comprendre, il fallait comparer. Mais c’est surtout cette manière qu’il a eu de tresser son histoire personnelle avec notre destin à tous qui restera sa marque de fabrique.
En ces temps de recul de la pensée et de la critique, où chacun se réfugie dans sa tribu et voit midi à la porte de sa cabane, ce regard au loin, cette vision et cette clairvoyance vont terriblement manquer. Comme vont me manquer, à titre personnel ces rencontres en tête-à-tête ou à plusieurs avec des amis, à sa table chez lui ou ailleurs, où chaque phrase est une leçon que l’on regrette après de ne pas avoir enregistrée
Mais il reste sa trace, son œuvre, ce qu’il a produit et sa vie comme exemple.
Un phare s’est éteint, mais sa lumière reste vive. Espérons qu’elle puisse éclairer le chemin de générations à venir pour qu’elles puissent faire fructifier les graines qu’il a semées.

03/01/2026

Un phare s’est éteint

Un homme droit dans une vie debout
Lors de la levée du corps de son frère Noureddine, disparu il y a quelques années, Mohamed a eu cette phrase : « Il est de ceux qui ont su braver les injures du temps et les injustices des hommes. ». Je crois que cette phrase s’applique aussi complètement à lui. Le temps viendra où il faudra revisiter son œuvre, la faire vivre. Pour le moment c’est l’homme qui va manquer.
J’ai rencontré Mohamed Harbi la première fois par l’intermédiaire de René Gallisot en 1983; Mais c’est après, avec Saïd Chikhi et Daho Djerbal que j’ai eu à mieux le connaitre, à le fréquenter plus régulièrement, à surtout avoir l’honneur d’être introduit dans sa famille, et à avoir sa confiance. Des anecdotes personnelles m’ont permis de mesurer l’étendue de cette confiance et surtout de m’apercevoir combien était important pour lui de chercher avant tout à préserver ses amis.
Doublées d’une extraordinaire intelligence des rapports humains, sa très grande générosité et son ouverture d’esprit et de cœur n’empêchaient nullement une intransigeance lorsqu’il s’agissait des principes auxquels il tenait, même si souvent il le faisait avec nuance et souplesse. Irrécupérable, il se prêtait à tout le monde mais ne se donnait à personne et, en homme libre, ne faisait aucune concession.
D’une honnêteté à toute épreuve, toujours à cheval sur la grande histoire, il était en même temps totalement algérien et totalement cosmopolite. Et malgré toute sa vision critique, son patriotisme restait toujours intact. Un jour, à ma question de savoir si le premier novembre 1954 était à refaire, il me répondit : «il n’y avait pas d’autre solution ! ». Il avait l’Algérie au cœur, douloureusement, parce qu’elle ne correspondait à ce qu’il aurait souhaité qu’elle soit. Combien de fois, lorsque je l’appelais le matin pour prendre de ses nouvelles, il me disait : « J’ai passé la nuit avec toutes ces morts ; l’Algérie me hante. » Un ami me disait il y a quelque temps à son sujet : « si tu veux penser en bien à L’Algérie, pense à cet homme. »
Il était admiré par les plus grands. Le philosophe Etienne Balibar qui lui vouait une admiration et une affection sincères me confiait un jour que l’une de ses plus grandes fiertés était d’avoir réuni à déjeuner Mohamed Harbi et Edouard Saïd.
Toujours poussé, par une extraordinaire exigence de précision, et armé d’une culture encyclopédique, tout chez lui passait par le comparatisme ; avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe de l’est; il savait l’Algérie dans le monde, et savait aussi que pour comprendre, il fallait comparer. Mais c’est surtout cette manière qu’il a eu de tresser son histoire personnelle avec notre destin à tous qui restera sa marque de fabrique.
En ces temps de recul de la pensée et de la critique, où chacun se réfugie dans sa tribu et voit midi à la porte de sa cabane, ce regard au loin, cette vision et cette clairvoyance vont terriblement manquer. Comme vont me manquer, à titre personnel ces rencontres en tête-à-tête ou à plusieurs avec des amis, à sa table chez lui ou ailleurs, où chaque phrase est une leçon que l’on regrette après de ne pas avoir enregistrée
Mais il reste sa trace, son œuvre, ce qu’il a produit et sa vie comme exemple.
Un phare s’est éteint, mais sa lumière reste vive. Espérons qu’elle puisse éclairer le chemin de générations à venir pour qu’elles puissent faire fructifier les graines qu’il a semées.

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