Editions Frantz Fanon

Editions Frantz Fanon Frantz Fanon est avant tout l'histoire d'une rencontre entre deux passions: celle de créer et celle
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TIMCHAR, LE SANGLOT DE LA PIERRE: PLONGEE DANS LE MONDE TOUAREGPar le sociologue Mustapha Harzoune (Monde et Migrations-...
31/05/2026

TIMCHAR, LE SANGLOT DE LA PIERRE: PLONGEE DANS LE MONDE TOUAREG

Par le sociologue Mustapha Harzoune (Monde et Migrations- Musée de l'histoire de l'immigration)

Après dix années passées dans les campements dans le désert, dans la région de Tombouctou, à la suite du conflit qui oppose les Touaregs au pouvoir malien, à 15 ans, Intagrist el Ansari s’exile en France. En 2012, il retourne en Mauritanie où il s’installe et travaille. Écrivain et journaliste, il est l’auteur de plusieurs articles et reportages consacrés au Sahara. En 2022, il crée sa société de production et réalise son premier film, Ressacs, une histoire touarègue, diffusé pour la première fois dans le cadre des Journées cinématographiques de Carthage où il reçoit le Prix des droits humains-Lina Ben Mhenni.

"Timchar. Le sanglot de la pierre" est un recueil de nouvelles entre littérature, poésie et réflexions politiques sur l’exil ou le nomadisme. L’auteur y déploie une œuvre ancrée dans l’imaginaire saharien, tout en dialoguant avec les réalités contemporaines de la migration, de la violence étatique et de la désagrégation des sociétés nomades.

Contes, poèmes en prose, réalisme et fantastique structurent ces textes peuplés de djinns, de génies, de devineresses, traversés de songes et de mirages et autres métamorphoses qui font voyager le lecteur entre les mondes visible et invisible. Il ne s’agit pas ici d’exotisme pour gogo en quête de sens et en mal d’expériences mystiques, mais d’une façon d’être au monde, de penser et de se représenter le réel, une cosmogonie saharienne où l’humanité ne se dissocie pas des forces invisibles qui l’habitent, comme dans « Allégeance aux djinns » ou « La légende de la vieille dame ». Dans cet univers, croiser un être expose à la question : es-tu de la race des djinns ou de celle des humains ?

Avec « Bektu », « Le Cordonnier d’Alésia » ou « Le vendeur de menthe », l’auteur introduit le thème de la migration. La ville attire. « Là-bas, à Bektu, la vie est douce, les hommes civilisés, les femmes exaltantes, tout est agréable et douillet. » Les lointaines cités, telles des ogresses, avalent les enfants des campements. Pourtant, l’ailleurs, « l’immense curiosité de l’ailleurs », est « vain », il n’est qu’un mirage. L’exil chez El Ansari est malheureux. Paris, Nouakchott ou la cité imaginaire de Bektu deviennent des espaces de dépossession. Le migrant est amputé de son rapport au temps, au silence, à la marche. « Saisissant les secrets citadins/J’ai connu l’intimité de leur solitude. Ma richesse infinie/Ne se compte pas en argent », écrit-il, au risque de la caricature. Dans « Le Cordonnier d’Alésia », la migration devient promesse trahie : venu par la littérature – la grande, la française ! –, c’est aussi par elle que le personnage s’en retournera : en découvrant L’oasis cachée d’Ibrahim al Koni (voir H&M, n° 1243), il renoue avec une conception nomade de l’existence opposée à l’accumulation et à l’enfermement urbain.

L’imaginaire saharien ignore « les limites naturelles et physiques ». Mais cet univers d’espace et de liberté de circulation n’existe plus ou si peu ; les frontières, celles des nations et du nouvel ordre mondial de la migration, entravent désormais les corps et le mouvement. Voyager est un délit, surtout pour celui qui vient du Sud. Avec « L’exil des lithamés » ou « In-tachghaït, l’épée du dawna », le ton est politique. Il est alors question de persécutions, de violences, étatiques, militaires ou idéologiques. Intagrist el Ansari porte une charge radicale contre les États modernes. « Autour de moi le cataclysme fatal/Campement entièrement rasé/Tentes et armatures disparues/Débris de cadavres : Femmes, hommes et enfants/Recouvraient le sol intégralement jauni ». « Le génocide était silencieux Parfaitement bien ordonnancé. Telle une malédiction des cieux. » Hier, « l’espace saharien » était « le terreau des hommes libres ». De cela il ne reste plus rien, « les nouveaux États, dits modernes, ont achevé la cataclysmique œuvre de la colonisation ».

Même dans ces textes, frappés d’un réalisme impitoyable, d’une dramatique actualité, le fantastique intervient, comme une forme de justice poétique : disparition miraculeuse, renaissance du désert, effondrement des pouvoirs illégitimes… La ville et ses mirages, les frontières et les migrations, l’oppression politique et les violences militaires convergent vers un point de bascule, celui où s’annonce la perte d’un monde. Les mythes et les légendes, la parole, celle de la mémoire et de la transmission, n’empêcheront sans doute pas l’inévitable, « la tragique fin du royaume des gens justes ». Eux qui, depuis des siècles, auraient fait « le serment de non-violence ». Dans l’« Initiation d’une jeune mariée », une mère initie sa fille au précepte qui commande « l’entente et la réconciliation entre humains/Et non le couteau de la division/Car à long terme personne n’est à l’abri d’une violence/Qui se généralise ». Précepte précieux par les temps qui courent…

Dans ce recueil, l’amour, contrarié ou transgressif, révèle les normes sociales de cette société travaillée par la honte et le contrôle. L’amour, qu’il soit hétérosexuel ou suggéré dans ses marges (« Je ne lui dirai pas »), apparaît comme une force de résistance fragile. Dès lors, pour se préserver du réel, il ne resterait qu’à marcher, aussi loin, aussi longtemps que possible. Marcher jusqu’à épuisement. Et une soif de poésie.

https://www.histoire-immigration.fr/revue-mondes-migrations/quelle-hospitalite/intagrist-el-ansari-timchar-le-sanglot-de-la-pierre-nouvelles

26/05/2026

Saha laid-nwen
Saha aidkoum
Bonne fête de l'Aïd à toutes et à tous

NOUVEAUTÉ : INITIATION À LA SÉMIOTIQUE : THÉORIE ET PRATIQUENous avons le plaisir de vous annoncer la sortie de cet ouvr...
24/05/2026

NOUVEAUTÉ : INITIATION À LA SÉMIOTIQUE : THÉORIE ET PRATIQUE

Nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie de cet ouvrage scientifique du Dr Riadh Ghessil, professeur à l’université M’hamed Bougara de Boumerdès. Il y est question d’épistémologie de la sémiotique mais aussi de méthodologie et de de didactique, le tout s’appuyant sur des exemples concrets et des exercices pour illustrer les aspects théoriques. Il est destiné essentiellement aux professeurs, aux jeunes chercheurs et aux étudiants.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Qu’est-ce qu’un signe ? Comment une image publicitaire, une caricature ou une bande dessinée construisent-elles du sens ? Dans ce manuel conçu pour les étudiants en master sciences du langage, le Dr Riadh Ghessil, maître de conférences et chercheur en sciences du langage, offre une introduction à la fois rigoureuse et accessible à l’une des disciplines les plus fascinantes des sciences humaines : la sémiotique.
L’ouvrage s’organise en deux grandes parties complémentaires. La première, théorique, retrace l’évolution de la pensée linguistique depuis ses origines jusqu’aux contributions fondatrices de Ferdinand de Saussure et de Charles Sanders Peirce. Elle explore les notions clés du signe, ses typologies, ses fonctions dans la communication, ainsi que les relations complexes entre le verbal et le visuel. La seconde partie, résolument pratique, soumet le lecteur à quinze travaux dirigés avec corrections détaillées, à travers l’analyse de documents authentiques — affiches publicitaires, caricatures, bandes dessinées — pour ancrer les concepts dans des situations concrètes.
Bien plus qu’un simple cours académique, cet ouvrage révèle la profondeur insoupçonnée des systèmes de sens qui structurent notre quotidien, à l’heure où images et textes coexistent et interagissent en permanence.

Excellent article du sociologue et politologue Lahouari Addi sur le dernier pouvrage de Sami Bellal paru aux éditions Fr...
22/05/2026

Excellent article du sociologue et politologue Lahouari Addi sur le dernier pouvrage de Sami Bellal paru aux éditions Frantz Fanon: "Rente, institutions et changement en Algérie: une sortie du régime rentier est-elle possible?

Les éditions Frantz Fanon viennent de publier un livre sur l’économie algérienne signé par Samir Bellal, professeur à l’université Mouloud Mammeri. L’auteur s’est déjà fait connaître par des écrits dont le thème est la nature rentière de l’économie algérienne, observant qu’elle est encastrée dans un système socio-politique qui a sa propre rationalité. Il explique par ailleurs pourquoi l’économie politique classique n’est pas opératoire dans l’analyse de la sphère des échanges en Algérie, rappelant que la science économique, à la différence de la physique, est une science dont l’objet est l’action humaine et non la nature. Il conclut qu’il n’y a pas d’économie, développée ou non, sans régulation institutionnelle et politique. L’économie est toujours liée à la politique, et nulle part elle produit des richesses dans un vide politique. Il y a cependant deux cas de figure : le cas où l’économie impose sa logique au politique, et le cas où le politique impose la sienne à l’économie. Autrement dit, et pour paraphraser M. Harbi, en Occident, le marché a son Etat, et en Algérie, l’Etat a son marché.
L'intégralité de l'article ci-dessous dans Twala:

https://twala.info/fr/opinions/algerie-regime-rentier-lahouari-addi-samir-bellal/?fbclid=IwY2xjawR9g7NleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEe3UvelfNB_6nXJKBIT1JUE9H2YuHzVp8yq0QK6_Zmk7gsuzVTdKY--PcyeOU_aem_YWdncwD90IJrDLZPKOE4uTaWnzS0&brid=YWdncwES22pMDWeijVr7dWEkahe3

LE RECOMMENCEMENT DE L'HISTOIRE : LE JOURNAL ACTUALITTEÉ EN PARLE Quarante ans après le lancement de la perestroïka par ...
19/05/2026

LE RECOMMENCEMENT DE L'HISTOIRE : LE JOURNAL ACTUALITTEÉ EN PARLE

Quarante ans après le lancement de la perestroïka par Gorbatchev, l'Europe émerge péniblement d'un long rêve. Bercée par l'illusion de la "fin de l'Histoire" , elle découvre avec stupeur le brutal recommencement de celle-ci : guerre à ses portes, montée des populismes, défection américaine et écroulement de l'ordre international... Formée en URSS, l'auteure a vécu de l'intérieur l'effondrement soviétique, puis observé depuis l'Occident la désillusion du "moment unipolaire" . Selon elle, la chute de l'URSS n'a pas scellé la victoire de la démocratie libérale, mais en a annoncé le déclin différé. Loin d'ouvrir une ère de paix durable, cette chute portait au contraire les germes du conflit entre la Russie et l'Occident qui est entré dans une phase critique en 2022. Aujourd'hui, le modèle démocratique occidental se fracture en profondeur - populistes contre libéraux, progressistes contre réactionnaires, identitaires contre globalistes - dans une atmosphère de guerre de religion. Les sociétés vivent une période d'interrègne, ce "temps des monstres" où l'ancien monde ne fonctionne plus et où le nouveau peine encore à naître. La nouvelle perestroïka - celle du système mondial - est en cours... Portant en elle les deux cultures, russe et française, l'auteure fait entendre des voix des deux côtés du nouveau rideau de fer. Son livre propose une grille de lecture élargie pour éclairer les causes originelles de cette nouvelle discorde géopolitique et civilisationnelle et ouvrir la voie à un éventuel dénouement de cet angoissant et dangereux ballotage entre guerre et paix.

RENCONTRE  A TLEMCENnous avons le plaisir de vous informer que le Dr Fay_al Derdour présentera son livre "Non, nous n'av...
10/05/2026

RENCONTRE A TLEMCEN

nous avons le plaisir de vous informer que le Dr Fay_al Derdour présentera son livre "Non, nous n'avons pas rêvé de cela: La saga des Derdrour ou le destin contrarié d'une famille algérienne" le samedi 16 mai, à partir de 14H00, à la bibliothèque principale de Tlemcen. Soyez toutes et tous les bienvenu(e)s.

QUATRIÈME DE COUVERTURE :

Pendant la colonisation, les frères Derdour et leurs alliés se sont voués corps et âmes au recouvrement de la souveraineté de l’Algérie et le rôle majeur qu’ils ont joué durant cette période les a placés au cœur des évènements les plus marquants de l’Histoire du pays. Grâce à leur implication courageuse et permanente dans la révolution, ils ont côtoyé de très près et accompagné dans leurs missions les leaders les plus en vue de la révolution, notamment Ferhat Abbas, Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Lakhdar Bentobbal, Abdelhafid Boussouf, Lamine Debaghine, etc. Débordant le seul engagement politique, leur rôle s’est étendu aussi bien à l’art, au sport qu’au mouvement associatif et à l’investissement économique. Mais malgré leur contribution importante à l’éveil de la conscience nationale et à l’aboutissement de la lutte de libération depuis l’aube du XXème siècle, les Derdour se sont retrouvés à l’indépendance dans le collimateur d’un système pris en otage par des prédateurs sans culture, sans esprit et sans honneur. C’est ce coup de poignard dans le dos d’une grande famille de militants que tente de relater ce livre poignant, riche en informations et sincère.

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR :

Fayçal Derdour, né à Constantine en 1947, est chirurgien-dentiste de profession. Diplômé de l’Université Paris VII et de l’INESM d’Alger, il est connu comme membre dirigeant de l’UMA. Il est également un ancien élu à l’APW d’Annaba.

Fayçal Derdour, "Non, nous n'avons pas revé de ça ! La saga des Derdrour ou le destin contrarié d'une famille algérienne", Boumerdès, Editions Frantz Fanon, 2025.

́pendance

RETRONEWS : LA PREMIÈRE GUERRE D’ALGÉRIE : HISTOIRE D’UNE PETITE APOCALYPSEEntretien avec Alin Ruscio réalisé par Willia...
08/05/2026

RETRONEWS : LA PREMIÈRE GUERRE D’ALGÉRIE : HISTOIRE D’UNE PETITE APOCALYPSE

Entretien avec Alin Ruscio réalisé par William Blanc
De la conquête d’Alger en 1830 à la fin de la IIe République, les forces militaires françaises en présence sur le sol algérien se sont livré à des actes d’une violence inouïe, par ailleurs largement médiatisée. Récits sanglants d’une « mission civilisatrice ». Fantôme de notre histoire, toujours là mais souvent ignorée, la conquête et la colonisation de l’Algérie reste en France un sujet mal connu, malgré de nombreux travaux universitaires. Dans une somme récente, La Première guerre d’Algérie. Une histoire de conquête de résistance, 1830-1852 (La Découverte), l’historien Alain Ruscio, spécialiste du fait colonial, revient sur cet événement majeur qui a marqué les deux côtés de la Méditerranée.

William Blanc : Le sujet que vous abordez est énorme. Sur quelles sources vous êtes-vous appuyé pour l’analyser ?

Alain Ruscio : Sur une multiplicité d’écrits, tant littéraires que privés, des archives, des correspondances, mais aussi des œuvres picturales (la conquête de l’Algérie a suscité nombre de peintures). J’ai également travaillé sur la presse, notamment grâce à RetroNews. Et la compulsant, j’ai d’ailleurs été surpris. Je suis habitué à étudier sur les deux guerres de décolonisation : l’Indochine (1945-1954) et l’Algérie (1954-1962), et j’ai constaté que les journaux de la IVe et de la Ve Républiques avaient beaucoup moins la volonté d’informer (et étaient bien plus sujets à la censure) que la presse de la Monarchie de Juillet.
Par exemple, pour la guerre d’Indépendance de l’Algérie, la pratique de la torture était évoquée au coup par coup – en dehors de la presse engagée. Pendant la conquête, les aspects les plus détestables de la colonisation, comme les razzias, étaient au contraire souvent exposés et pouvaient même susciter de l’indignation, voire des oppositions et des débats à la Chambre des députés et à celle des pairs. Il y a eu ainsi des polémiques importantes au sujet des enfumades, pratique qui constituait pour des militaires français à asphyxier jusqu’à la mort des Algériens, la plupart civiles. L’enfumade des grottes du Dahra, qui a fait des centaines de victimes en juin 1845, a été documentée très rapidement. Le 17 juillet 1845, Le Constitutionnel reproduit ainsi dans ses colonnes le témoignage d’un officier espagnol qui a assisté aux faits : « Rien ne pourrait donner une idée de l’horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu’ils avaient dû éprouver avant d’expirer, et le sang leur sortait par la bouche. Mais ce qui causait le plus d’horreur, c’était de voir des enfants à la mamelle gisant au milieu des débris de moutons, de sacs de fèves. »

Pourquoi parle-t-on alors ouvertement de ces actes ?

Il y a somme toute un consensus dans la plupart des bords politiques sur le principe même de la conquête. Pour beaucoup d’acteurs de l’époque, celle-ci était justifiée. On l’idéalisait même, en affirmant que notre pays avait pour mission de « civiliser » les populations de l’autre côté de la Méditerranée, vues comme des « barbares ». Tout cela était intériorisé par les Français de la Monarchie de juillet au point de penser qu’ils avaient le bon droit pour eux. Aussi y avait-il une réponse forte – et une indignation que je crois réelle – lorsque des actes écornaient cette image idéale d’une conquête bienveillante.

La conquête est donc approuvée par des figures qui sont aujourd’hui perçues comme progressistes ?

Oui, bien sûr. On peut évidemment penser à Lamartine, mais également à Victor Hugo qui, s’il critique les méthodes, est globalement d’accord avec l’idée de colonisation. Il écrit ainsi en 1841 : « Je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit.
Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde. Notre mission s’accomplit, je ne chante qu’hosanna. »
Pour lui, comme pour d’autres, y compris des républicains sincères qui s’opposent à la Monarchie de juillet, la colonisation est la suite logique des Lumières. Parce qu’elle est dépositaire de cet héritage, la France incarnerait une civilisation supérieure aux autres qu’il lui faudrait diffuser sur l’ensemble du globe. Ayant travaillé sur l’attitude de la gauche face à la question coloniale au XXe siècle, je vois dans cette attitude les racines de certaines hésitations des progressistes quant aux revendications et aux luttes des peuples colonisés.

Pourtant, dès la prise d’Alger en juin 1830, votre ouvrage rappelle que le déchaînement de violence est inouï, et ce à plusieurs niveaux.

C’est vrai. C’est une violence qui touche les corps, mais aussi la terre, les bâtiments, les richesses, la culture. Il y a une volonté d’anéantir non seulement la population –même s’il serait faux de parler de génocide ou d’intention génocidaire – mais également d’agir sur l’espace.
Dès les années 1830, le vieil Alger est en partie rasé, des mosquées sont détruites ou transformées en églises ou même en cathédrales. Mais évidemment, c’est le sort des Algériens qui frappe le plus. Ceux-ci sont durement touchées par la razzia, tactique qui consiste à piller les richesses d’un village ou d’une tribu. Or cette pratique, généralisée par l’armée française dans le but de terroriser les populations et de briser toute velléité – réelle ou supposée – de résistance, provoque vite des catastrophes. Privés de moyen de substances, les habitants des zones rurales d’Algérie meurent de famines, d’épidémies, dont celle du choléra, auparavant inconnu sur la terre africaine.
Ce sont les razzias, bien plus que les enfumades ou les combats, qui entraînent une hausse importante des décès. Leur emploi prouve également que la violence des troupes coloniales ne se limite pas à quelques massacres connus et décrits dans la presse. Elle est au contraire systématique et massive, à tel point qu’elle est même représentée – de manière très idéalisée – sur des images d’Épinal.
La pratique ne dérange pas du tout ceux qui l’ordonnent. Dans leur correspondance privée, nombre d’officiers, comme Bugeaud ou Saint-Arnaud, ne cachent rien ou presque de leurs actes, tellement ils sont convaincus non seulement du bien-fondé de leur mission, mais aussi que les populations qu’ils répriment sont des êtres inférieurs, qui doivent être matés. Montagnac explique ainsi en 1843 : « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe, l’herbe ne doit plus pousser où l’armée française a mis le pied. » Pareillement, Saint-Arnaud écrit ainsi dans une lettre à son frère en 1851 : « J’ai passé partout, brûlait les villages ennemis sur mon passage. […] Le 12, je suis resté à El-Aroussa pour faire reposer mes troupes et répandre autour de moi la terreur. »
Peut-on établir un bilan humain de la colonisation ?
En m’appuyant sur d’autres travaux, notamment ceux du démographe Kamel Kateb, je considère qu’il y a eu entre 400 000 et 500 000 morts algériens entre 1830 et 1852, soit environ 10 à 12,5% d’une population originelle estimée à 4 millions. À titre de comparaison, c’est bien plus proportionnellement que les pertes de la France lors de la Première Guerre mondiale et même que la Guerre d’indépendance de l’Algérie entre 1954 et 1962.
S’ajoute à cela que ce bilan touche en très grande majorité des civils, et pas des combattants, qui sont en comparaison peu nombreux à mourir. J’estime ainsi les pertes militaires des troupes d’Abd El-Kader, principal dirigeant de la résistance algérienne, ou d’Ahmed Bey, qui opère lui dans le Constantinois, à environ 10 000 hommes, même si des chiffres exacts sont très difficiles à établir. Il faut également préciser que le bilan global s’alourdit après 1852. Kamel Kateb comptabilise à peu près 825 000 décès entre 1830 et 1872.

Et du côté des colonisateurs ?

Le bilan humain est moindre que celui des Algériens, mais il reste très élevé. D’ailleurs, j’ai moi-même été surpris du taux de pertes françaises, particulièrement militaire, pendant mes recherches qui ont conduit à la rédaction de mon livre. On approche ainsi des 100 000 soldats morts pour la période étudiées, notamment dû au fait que les officiers et le commandement avaient un profond mépris pour les hommes de la troupe. Aussi ceux-ci vivaient dans des conditions sanitaires déplorables.
Beaucoup sont morts des fièvres, d’épuisement, certains ont été abandonnés et ont été tués – parfois cruellement – par les Algériens, qui, en réponse aux razzias, faisaient rarement quartier. Les premiers colons ont également beaucoup souffert. Les seuls à s’en tirer ont été les membres de l’élite : officiers, spéculateurs, grands propriétaires.

En vous lisant, on se rend compte en effet à quel point la conquête a permis à certains de s’enrichir.

En effet. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la conquête d’Alger n’a pas été déclenchée suite au fameux « coup d’éventail » du dey d’Alger à l’ambassadeur de France, mais qu’elle résulte surtout de tensions provoquées par le fait que la France s’était endettée auprès de la régence d’Alger. Celle-ci avait en effet fourni l’Hexagone en blé pendant les guerres de la Révolution, entre 1793 et 1798, comme l’a bien raconté ma collègue Colette Zytnicki lors d’une précédente interview à RetroNews. Ensuite, la conquête en elle-même été source d’enrichissement. La presse de l’époque se fait ainsi l’écho de négociations permettant à un membre de la famille Seillière de devenir, sans appel d’offre, le fournisseur du corps expéditionnaire en partance pour Alger en 1830. On soupçonne alors des « pots de vins », comme le dit Le Figaro.
Enfin, il y a eu des pillages massifs, notamment celui du trésor du dey d’Alger, qui a entraîné une enquête, dite de la commission Flandin, qui a vite été étouffée. Mais il est certain qu’une partie de cette fortune a été accaparée par la famille régnante (les Orléans) avec l’aide de grands banquiers, comme Nathan Rothschild.
En considérant tous ces éléments, je m’inscrits en faux contre la théorie défendue par des collègues historiens comme les regrettés Jacques Marseille ou Daniel Lefeuvre, qui ont affirmé que la colonisation a coûté cher à la France. En réalité, certains en ont largement profité, et encore plus après la période que j’ai étudiée pour mon livre, particulièrement dans le domaine viticole. Ils se sont pour cela appuyés sur des infrastructures publiques, financés par des impôts levés sur les populations locales.

Il existe aussi une dimension religieuse à la colonisation de l’Algérie, qui est vue par certains comme une « croisade » ?

Oui bien sûr. Pour beaucoup, la religion catholique est associée à la mission civilisatrice française et on transforme vite des mosquées en églises. Les autorités pontificales soutiennent d’ailleurs ce mouvement, notamment lorsque le pape Grégoire XVI annonce en 1838 la création d’un diocèse à Alger à travers sa bulle Singulari divinae, traduite en français dans le Journal des débatss du 5 septembre de la même année. C’est pour le quotidien, un moment important :
« Ainsi le culte chrétien, le culte catholique va être solennellement rétabli et organisé sur cette terre livrée pendant si longtemps à la barbarie. C’est l’accomplissement d’un vœu public dont les Chambres se sont rendues plus d’une fois interprètes. » Ce lien entre colonisation et mission chrétienne est resté important tout au long de la présence française en Algérie, avec notamment le concours de personnalité comme le cardinal Lavigerie (1825-1892), qui fut archevêque d’Alger. Mais en même temps, il faut souligner que les autorités civiles veillent scrupuleusement à freiner le travail d’évangélisation de l’Église, de peur que cela mette la société algérienne en ébullition.

Peut-on dire, pour conclure, que la conquête de l’Algérie a aussi transformé la société française en profondeur ?

Bien sûr, mais je dirais surtout qu’elle a confirmé et accentué une violence qui était déjà très présente dans la société française à l’époque. Il y a eu également un ensauvagement des colonisateurs, comme le démontra avec force Aimé Césaire dans son œuvre majeure, le Discours sur le colonialisme (1950), notamment de l’armée qui, après avoir fait preuve d’une extrême cruauté en Algérie, a retourné cette violence contre les classes populaires en France pendant des nombreuses révoltes qui ont émaillé l’histoire de la Monarchie de juillet, puis de la IIe République. Un officier comme Eugène Cavaignac, par ailleurs impliqué dans une enfumade en 1844, organisera ainsi la répression sanglante de la population parisienne lors des journées de juin 1848.
Alain Ruscio est historien, docteur en histoire et chercheur indépendant. Son livre « La Première guerre d’Algérie. Une histoire de conquête de résistance, 1830-1852 » est publié conjointement aux éditions Frantz Fanon (Algérie) et La Découverte (France).

UN LIVRE CAPITAL: UN SUCCES EN LIBRAIRIESIl y a trois ans, sortait  le livre " La politique étrangère de l'Algérie" du d...
03/05/2026

UN LIVRE CAPITAL: UN SUCCES EN LIBRAIRIES

Il y a trois ans, sortait le livre " La politique étrangère de l'Algérie" du diplomate Amar Abba. Il s'agit du premier livre sur la diplomatie algérienne qui donne une cohérence d'ensemble à celle-ci, en définit les grandes lignes, en éclaire les zones d'ombre, en explique les instruments et en souligne les faiblesses avec une démarche hautement pédagogique et dans un style très accessible. Riche en informations et en analyses, il aide également à comprendre les grands enjeux internationaux de ces 60 derniers années et offre des clefs de lecture des situations et conflits prévalant dans le monde.

EXTRAIT DE LA PRÉFACE D'ABDELAZIZ RAHABI

« La politique étrangère est un aspect important de la gouvernance d’un pays. L’actualité internationale, à laquelle elle est directement liée, constitue, dans le même temps, la passion de beaucoup de gens grâce à la couverture considérable qu’en font les médias. Mais la majorité d’entre eux n’a qu’une idée approximative de ses fondements, des objectifs qu’elle se fixe et des moyens qu’elle utilise. Dans notre pays, elle n’a, paradoxalement, pas fait l’objet de beaucoup d’écrits, en dehors de quelques articles de spécialistes, souvent consacrés à des aspects particuliers de cette politique.
De ce point de vue, l’ouvrage de l’Ambassadeur Amar Abba arrive à point nommé et vient combler un vide. Et ceci pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’il procède, avec un sens de l’analyse et de la synthèse remarquable, à un balayage complet des 60 années de politique étrangère de l’Algérie indépendante. Ceci pour ce qui est de la période couverte.
Ensuite, parce que son travail constitue, grâce à la longue et riche expérience diplomatique de l’auteur, un effort sans précédent de présenter l’ensemble des aspects de cette politique étrangère, qu’ils soient bilatéraux, régionaux ou multilatéraux. À ces thèmes concernant le contenu de cette politique, Amar Abba ajoute, et il s’agit-là d’une première en Algérie, une présentation des moyens mis au service de cette dernière, en particulier ceux de notre appareil diplomatique. »

PRÉSENTATION DE L'AUTEUR

Amar Abba est né en 1948 à Ighil-Mahni, dans la région d’Azeffoun, en Kabylie. Après des études supérieures à l’École Nationale d’Administration (Promotion 1972), il a occupé plusieurs postes supérieurs au Ministère des Affaires étrangères, dont celui de Directeur général des relations multilatérales. Il enseigne actuellement à l'Institut Diplomatique et des Relations Internationales d'Alger.

MOHAMED MEBTOUL, SOCIOLOGUE: Dans cet essai lumineux de par les mots puissants et justes mobilisé par l’auteur, nous plo...
01/05/2026

MOHAMED MEBTOUL, SOCIOLOGUE:

Dans cet essai lumineux de par les mots puissants et justes mobilisé par l’auteur, nous plongeons dans la société réelle, profondément réifiée, à la quête d’elle-même, tournée vers le dedans, cet entre-soi familial qui oscille en permanence entre tensions et solidarité pour tenter de s’en sortir dans l’invisibilité sociale. Il s’agit, pour les familles – en réfutant les approches centrées sur la «bonne» ou «mauvaise» famille – (Pitrou, 1994 ; Cresson et Mebtoul, 2010), de s’investir activement dans la production sociale au cœur des enjeux sociaux et politiques traversant les sphères privées et publiques. Ce sont notamment les femmes contraintes d’accaparer la charge de travail physique et mentale, pour faire face aux nombreuses failles des pouvoirs étatiques, dans le double champ sanitaire et éducatif. Le mal-être sociétal est indissociable de la double dimension à la fois étatique et morale, mettant au jour l’absence de toute régulation contractualisée entre les différentes catégories d’acteurs sociaux et politiques, pouvant autoriser le bouillonnement
autonome de l’espace public, comme fondement du politique. Cette belle promesse d émancipation de la société, nous dit l’auteur, ne peut être que de l’ordre d’une citoyenneté (Mebtoul, 2018) reconnue et assumée de façon offensive par les pouvoirs étatiques. Il semble donc difficile de se complaire dans un statu quo ravageur, symboliquement fragile, artificiel, s’interdisant de s’orienter vers la substance des choses, en interrogeant profondément les sens à attribuer aux notion d’autonomie et d’audace, vecteurs impératifs d’une autre configuration moins crispée, plus libre des différents champs de la société.

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