23/12/2025
Cîteaux, l’abbaye retrouvée — Chapitre II
Sous l’abbatiat d’Albéric et d’Étienne Harding
Après le départ de Robert de Molesme, Cîteaux entre dans une phase décisive de son existence.
Le premier souffle a été donné, mais tout reste fragile. La clairière monastique, encore battue par les vents et les eaux, doit désormais survivre sans son fondateur.
Sous l’abbatiat d’Albéric, puis de son successeur Étienne Harding, l’abbaye s’enracine lentement dans une exigence radicale. Ici, la règle de saint Benoît n’est plus une référence lointaine : elle devient une discipline vécue jusqu’à l’extrême dépouillement.
Pauvreté volontaire, silence, travail manuel, liturgie épurée Cîteaux se distingue, mais au prix d’un isolement croissant.
Cette austérité, assumée et revendiquée, a un coût.
Les vocations se font rares. Là où d’autres monastères attirent par leur rayonnement ou leur sécurité matérielle, Cîteaux inquiète. On y vit durement. On y meurt parfois jeune. L’abbaye semble suspendue à un équilibre précaire, menacée par le manque d’hommes plus encore que par la rudesse du lieu.
Au cœur de cette tension apparaît une question essentielle, presque taboue : celle de l’oblation d’un enfant au monastère.
Peut-on, doit-on, offrir un fils à Dieu dans un lieu aussi exigeant ?
Entre tradition monastique, responsabilité familiale et avenir incertain de l’abbaye, le débat révèle les fragilités humaines derrière l’idéal spirituel.
Étienne Harding, esprit rigoureux et visionnaire, comprend pourtant que Cîteaux ne survivra qu’en restant fidèle à sa vocation profonde. Il n’adoucit rien. Il structure. Il écrit. Il codifie. Il prépare, sans le savoir encore, l’essor futur de l’ordre cistercien.
Et puis, en 1112, l’inattendu survient.
Un jour, sur le chemin de la clairière, apparaît un jeune homme de haute naissance, accompagné d’un groupe impressionnant. Bernard de Fontaine se présente aux portes de Cîteaux. Il n’est pas seul. Quatre de ses frères l’accompagnent bientôt rejoints par le plus jeune, Nivard ainsi qu’une vingtaine de parents, d’amis et de compagnons, tous déterminés à embrasser cette vie rude que tant d’autres ont fuie.
Cet événement bouleverse l’histoire de l’abbaye.
En un instant, Cîteaux passe du silence inquiet à une promesse de renouveau. Bernard n’est pas encore saint, pas encore abbé, pas encore figure majeure de la chrétienté. Mais déjà, sa présence irradie.
Par son charisme, sa parole et son exigence intérieure, il apporte à Cîteaux ce qui lui manquait le plus : l’élan.
Le deuxième chapitre du film raconte ce moment charnière.
Celui où une abbaye menacée de disparaître devient, contre toute attente, le cœur battant d’un ordre appelé à transformer l’Europe monastique.
Cîteaux n’est plus seulement un refuge d’ascètes.
Elle devient un foyer spirituel, un creuset, une promesse.
Et l’histoire ne fait que commencer.
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https://youtu.be/HrC3GXGretc
Lionel Vigneron (Auteur)