18/06/2026
𝐂𝐈𝐍𝐄́ 𝟑𝟐, « 𝐋𝐈𝐄𝐔 𝐃𝐄 𝐑𝐄́𝐒𝐈𝐒𝐓𝐀𝐍𝐂𝐄 𝐄𝐓 𝐃𝐔 𝐕𝐈𝐕𝐑𝐄 𝐄𝐍𝐒𝐄𝐌𝐁𝐋𝐄 »
Ciné 32 tenait son assemblée générale mardi 16 juin : temps fort dans l’agenda annuel de ce lieu de culture et de divertissement. Le président Alain Bouffartigue était exceptionnellement absent remplacé au pied levé par Charles Muñoz, trésorier. Sylvie Buscail, déléguée générale, a déroulé le rapport d’activité, entrecoupé de petites vidéos, pour que la séance soit moins rébarbative. Mais entendre le détail des activités de l’année n’est pas un pensum : cela met en évidence l’incroyable foisonnement de propositions faites tout au long de l’année dans ce bâtiment ouvert 365 jours par an.
Quelques chiffres : budget de 2,2 M€, 20 salarié·e·s (ETP), 700 adhérents (record), une soixantaine de bénévoles. 2025 est une mauvaise année quant à la fréquentation, car recul par rapport à l’année précédente : 171 000 entrées (en baisse de 18 %, contre 25 % dans l’ensemble du pays), 45 % de films Art et Essai. Financement public (en baisse de 10 %) pour les plus de 700 séances scolaires et le Festival, tout le reste est autofinancé (entrées), Ciné 32 étant contraint sur ses propres fonds d’abonder le budget déficitaire des actions scolaires menées par quatre intervenantes de Ciné 32.
Moult actions avec venues de réalisateurs, d’acteurs, de critiques (Unipop, Ciné Rétro, Ciné Débat, opéras, ballets, écrans enchantés). 8 séances plein-air. Et Ciné 32 c’est aussi l’incroyable coordination des 15 salles (indépendantes du Gers) avec 19 écrans [outre Auch et ses 7 salles], cas unique en France : 335 000 entrées, avec 37 ETP. Nombreux partenaires. Expositions photos avec l'association Bruits d'Couloir.
Sylvie Buscail fait part de ses craintes, car les lendemains pourraient déchanter : le cinéma français est une exception, avec des instances qui ont assuré pendant des décennies sa pérennité, grâce au CNC, Centre national du cinéma et de l'image animée, créé après-guerre pour éviter que la création française disparaisse sous le poids du soft power américain. Une taxe d’environ 10 % sur chaque billet d’entrée permet de financer le cinéma et les salles. Système inventé en France, imité par quelques pays. Or certains s’emploient à saper un cinéma français qui fait vivre la démocratie.
Elle rappelle l’attaque en règle menée à l’encontre de Ciné 32 pour n’avoir pas diffuser "Sacré cœur", un film de prosélytisme religieux [« un catéchisme » a dit un conseiller général de droite du Gers qui croyait ainsi justifier qu’il soit diffusé en salle ; tout récemment, la co-réalisatrice a dit que, suite au film, les spectateurs allaient se confesser en masse ! ]. Ce fut une période de harcèlement. Tout ceci dans un contexte où l’extrême droite vise à contrôler l’édition comme le cinéma (voir ci-dessous lien avec la tribune de l’Observatoire de la liberté de création).
Si la fréquentation 2025 a été en baisse, par contre le Festival a eu une participation accrue. Le prochain se tiendra du 30 septembre au 4 octobre.
Alain Bouffartigue, qui a présenté l’histoire de Ciné 32, dont il fut la cheville ouvrière, lors d’une conférence le 18 novembre dernier (voir mon article de blog sur cette "improbable aventure"), s’adresse par vidéo au public de l’AG pour présenter son rapport moral. Il rend hommage à toute l’équipe salariée et les bénévoles, et livre son avis sur la nécessaire évolution en gardant le cap, « la diversité des attentes du public, sans cloisonner », avec un travail auprès des scolaires « afin de participer à la formation du jugement et à l’ouverture d’esprit de futurs citoyens ». Il met en garde contre les menaces qui pèsent sur le CNC et l’emprise sur le secteur par l’empire Bolloré. Et sa crainte sur la baisse de la fréquentation, une partie du public s’orientant vers d’autres supports. Or « le cinéma n’est pas seulement une ouverture sur le monde, c’est un moyen d’accepter l’altérité, c’est l’apprentissage de la patience et de la pratique du dialogue ».
Florence Fihlol, élue chargée de la culture, excuse l’absence du maire et du président du Grand Auch, qu’elle représente. Elle se réjouit de ce moment démocratique qu’est l’AG de Ciné 32 qui témoigne de l’existence, ici au cœur du Gers, sur notre ville d’Auch, d’une communauté humaine qui continue de croire que la culture est un bien commun précieux », « une communauté qui sait que l’art n’est ni un luxe ni un divertissement accessoire mais une force de résistance, d’émancipation et de compréhension du monde ». « À l’heure où certains remettent en cause les politiques culturelles, où d’autres contestent la liberté de création ou cherchent à intimider ceux qui programment, diffusent ou accompagnent les œuvres, notre réponse doit rester la même : davantage de culture, davantage de dialogue, davantage de liberté ».
Pour Nathalie Barrouillet, conseillère départementale, représentante du Pdt du CD, Ciné 32 est « un lieu de résistance et du vivre ensemble, loin des algorithmes et des trolls ». Elle invoque l’éducation populaire qui lui tient à cœur. Elle se souvient du ciné-club rue Lafayette, avec débats parfois houleux. Elle rappelle les idées nauséabondes comme lorsque la programmation par Ciné 32 a été contestée jusqu’au sein de l’hémicycle : « cela nécessite de la mobilisation, de la résistance et de la force, dans le dialogue », pour que « ce département continue d’être pour une culture vivante, plurielle, à la fois ancrée dans le quotidien de ses habitants et à la fois ouvertes vers tous les horizons possibles ».
Rapports moral et financier sont adoptés et Chantal Collat est réélue au collège des adhérents. Puis, un buffet est offert aux adhérents, tandis qu’Abdelhak Lakraa fait chanter une chorale. La soirée se termine par la projection en avant-première du dernier film d’Alain Cavalier, "Merci d’être venu" (présenté à la quinzaine, à Cannes), le cinéaste de 94 ans filmant son quotidien pour laisser une dernière trace. YF [texte et photos]
_____ L’Observatoire de la liberté de création : https://www.ldh-france.org/30-mai-2026-tribune-collective-canal-dans-le-cinema-et-laudiovisuel-les-mecanismes-permettant-deviter-les-memes-derives-que-dans-le-secteur-du-livre-sont-aujourd/
« L’Observatoire demande la mise en place d’une loi anti-concentration plus stricte dans les secteurs de la culture (notamment le cinéma, les médias et l’édition) qui soit mise d’urgence à l’ordre du jour du Parlement, mais aussi un renforcement de l’Arcom dans ses pouvoirs de contrôle sur les situations de dépendance économique et d’influence dans les liens entre financement, diffusion et exploitation des œuvres ».
Rapport d’activité 2025 :https://www.cine32.com/medias-pages/adherer-mid/RAPPORT_D_ACTIVITE_2025_AG_2026-20260617-164340.pdf
"L’improbable aventure de Ciné 32", sur Social en question (Mediapart), YF, 2 février 2026 :
https://blogs.mediapart.fr/yves-faucoup/blog/020226/l-improbable-aventure-de-cine-32