24/10/2024
Open House Lou Reed & John Cale
"Hommage à Warhol aussi chaleureux que cérébral, né d'une collaboration tendue entre les deux pires têtes de mules de l'histoire du rock."
Cale et Reed n’avaient plus joué ensemble depuis vingt ans, leur dernière collaboration remontait à 1968 et sonnait comme une rupture destructrice. La réconciliation sera à mille lieues de la violence de "Sister Ray". Dans Songs For Drella, les dissonances n’ont pas disparu, mais elles ne sont plus issues de la folie cathartique des interprètes. Reed et Cale enregistrent seuls cet eulogie à l’émotion contenue, aucun musicien additionnel n’est de la partie. Les deux cadors proto-punk se confrontent en lieu clôt, armés de leurs instruments totems : guitare pour le New-yorkais, violon et piano pour le Gallois. Ils n’ont pas de section rythmique sur laquelle se reposer, c’est un tête-à-tête imposé entre deux éminences qui ont traversé des décennies de rancune tenace. L’absence de batterie renforce la valeur intimiste de l’œuvre, et les deux hommes, assagis par le deuil et la maturité, semblent à nouveau se tutoyer. En filigrane, on sent que le nihilisme révolutionnaire du Velvet Underground fait encore vibrer les murs du studio. Dans les rythmiques anarchiques de Reed, dans le martèlement frénétique du clavier de Cale, on discerne l’ombre des mots qu’ils n’oseront jamais se dire. Songs For Drella est un dialogue musical entre deux rivaux en symbiose totale. S’ils ne traitent pas directement de leur relation, c’est pourtant bien cette histoire que Songs For Drella nous conte en sous-texte. En rassemblant leurs souvenirs communs, ils se livrent chacun à un mea-culpa poignant, trop pudique pour s’assumer tel quel.
Si Lou a toujours du mal à s’entendre avec les vivants, il n’a pas son pareil pour rendre hommage aux défunts. C’est souvent dans ce contexte qu’il se montre le plus fragile, et Songs For Drella en est une magnifique démonstration. L’ouverture, "Small Town", suffit à faire pardonner toutes les âneries qu’il a pu enregistrer dans les années quatre-vingt.
Et sur Mojotek bien sûr !
Crédit texte
Hommage à Warhol aussi chaleureux que cérébral, né d'une collaboration tendue entre les deux pires têtes de mules de l'histoire du rock.