16/09/2026
🇲🇶 15 septembre 1635 : d’Esnambuc s’empare de la Martinique
Pierre Belain d’Esnambuc débarque dans la baie de Saint-Pierre avec environ 150 colons français. Au nom du roi Louis XIII et de la Compagnie des îles d’Amérique, il proclame que la Martinique appartient désormais à la France.
Les textes officiels parleront longtemps d’une « prise de possession ».
Mais la Martinique n’était pas une terre sans habitants. Les Kalinagos y vivaient, s’y déplaçaient, y cultivaient la terre et connaissaient ses rivières, ses anses et ses mornes. Aucun roi de France ne leur avait demandé s’ils acceptaient de lui céder leur pays.
D’Esnambuc ne découvre donc pas la Martinique. Il s’en empare au nom d’un souverain qui se trouve à plusieurs milliers de kilomètres. Cette occupation ouvre la voie à la conquête des terres, aux affrontements contre les Kalinagos, à la colonisation et au développement du système esclavagiste.
Trois siècles plus t**d, en 1935, une statue est élevée à d’Esnambuc sur la Savane, au cœur de Fort-de-France.
Le colonisateur y apparaît debout, près d’une ancre, l’épée au côté, scrutant l’horizon. Il n’est pas représenté comme l’homme qui s’est approprié une terre habitée, mais comme un héros venu fonder un pays.
Sur son socle, il domine symboliquement Jouanacaëra, « l’île aux iguanes », le nom que les Kalinagos donnaient à leur terre avant qu’elle ne devienne la Martinique.
Cette statue ne racontait donc pas seulement l’arrivée de d’Esnambuc. Elle demandait aux Martiniquais de regarder leur propre dépossession avec les yeux du colonisateur.
En 1970, Aimé Césaire, maire de Fort-de-France, la fait déplacer dans un angle moins visible de la Savane. Elle y restera pourtant encore cinquante ans, malgré les contestations et les dégradations successives.
Le 26 juillet 2020, des militants anticolonialistes la renversent.
On peut discuter de la manière dont elle a disparu. Mais une question demeure : pourquoi avait-on choisi d’honorer celui qui avait pris possession d’une île qui ne lui appartenait pas ?
La colonisation ne s’est pas contentée de prendre les terres. Elle a aussi imposé ses héros, ses monuments et sa manière de raconter l’histoire.