07/08/2026
L'interdiction des free party et la destruction quasi systématique du matériel des sound systems devraient soulever une vague d'indignation dans toute la profession. Des DJ aux organisateurs de festivals électroniques, en passant par les labels, les producteurs et les techniciens, tout le monde devrait se sentir concerné. Parce que ce qui se joue derrière ces saisies et ces destructions de matériel, ce n'est pas un simple fait divers isolé, c'est une attaque frontale contre une culture entière, contre une manière de faire de la musique en dehors des circuits commerciaux et institutionnels.
Et pourtant, silence radio. Rien ne bouge. Les petits bourgeois de la scène EDM, occupés à négocier leurs cachets et leurs partenariats avec les marques, ne trouvent rien à redire. Les bobos de la Techno mainstream, ceux qui remplissent les clubs branchés et les line-up des gros festivals, détournent le regard. Même du côté des médias spécialisés censés couvrir et défendre cette culture, comme Electro News, Guettapen ou DJ Mag, silence total. Pas une ligne, pas un édito, pas une prise de position. On préfère parler du dernier remix à la mode ou du line-up de l'été plutôt que de s'indigner face aux gendarmes et policiers qui débarquent avec des pelleteuses pour détruire des années de matériel bricolé, financé, transporté à la sueur de gens qui n'ont jamais rien demandé d'autre que de faire tourner de la musique dans un champ.
C'est d'autant plus scandaleux que cette hypocrisie se fait sur le dos de ceux qui ont tout construit. Sans les free party, sans les teufeurs, sans les sound systems qui ont sillonné l'Europe dans des camions pourris pendant des décennies, il n'y aurait tout simplement pas de scène électronique telle qu'on la connaît aujourd'hui. C'est de là que tout est parti. C'est dans ces champs, ces hangars désaffectés, ces free party clandestines que la techno, la hardtek, la jungle et toutes leurs déclinaisons ont pris racine avant de se retrouver, des années plus t**d, aseptisées et récupérées dans les clubs huppés et les festivals à billets à cent balles.
Et aujourd'hui, ceux qui profitent directement de cet héritage, qui vivent de cette culture, qui la font vivre sur scène ou dans les médias, regardent ailleurs pendant qu'on écrase littéralement les racines du mouvement. C'est une trahison silencieuse. Une lâcheté collective. Personne ne veut se mouiller, personne ne veut risquer son image ou ses partenariats en prenant position pour des gens jugés trop marginaux, trop sales, trop hors des cases.
Il est temps que la profession assume ce qu'elle doit à ces mouvements. Il est temps que les DJ, les organisateurs, les médias spécialisés arrêtent de faire l'autruche et prennent enfin position face à cette répression. Parce que fermer les yeux aujourd'hui sur la destruction des free party, c'est accepter demain que toute la culture électronique finisse broyée par les mêmes logiques de contrôle et de rentabilité.