18/03/2026
Municipales 2026 à Noisy-le-Sec : une quadrangulaire, des fusions avortées et une opposition qui s’écharpe publiquement
À Noisy-le-Sec, le second tour des municipales se jouera finalement à quatre listes. Alors que de nombreux électeurs espéraient une fusion large des oppositions pour tenter de battre le maire sortant Olivier Sarrabeyrouse, les dernières heures avant le dépôt des listes ont accouché d’un tout autre scénario : négociations échouées, accusations croisées, colère militante, incompréhensions publiques et règlement de comptes sur Facebook.
Le décor est désormais planté : quatre listes seront présentes au second tour, malgré les appels répétés à l’union, malgré la conviction largement partagée qu’une dispersion des voix profite mécaniquement au maire sortant, arrivé en tête du premier tour avec 33,75 % des suffrages exprimés.
Au lieu d’un rassemblement, Noisy-le-Sec a assisté à un spectaculaire éclatement de l’opposition — un éclatement qui s’est joué à huis clos dans les négociations, puis à ciel ouvert sur les réseaux sociaux.
Une attente forte d’union… et une immense déception
Pendant toute la campagne de premier tour, la question du rassemblement a plané sur les différentes listes opposées à la majorité sortante. Après le scrutin du 15 mars, beaucoup d’électeurs pensaient que l’entre-deux-tours déboucherait sur un accord.
D’où la stupeur, puis la colère, quand les heures ont passé sans annonce claire, tandis que l’heure limite approchait.
Comme l’a résumé Jean-Paul Lefebvre dans un commentaire publié avant la clôture du dépôt des listes :
« Il y aura bien 4 listes ce qui garantit la réélection du maire PC/Insoumis et la poursuite de sa gestion catastrophique pour 7 ans. »
Le ton était donné. Très vite, sous plusieurs publications Facebook, les commentaires ont fait apparaître une ligne dominante : pour une partie des électeurs et sympathisants des listes d’opposition, l’absence de fusion est perçue comme une faute politique majeure.
Tar Ava écrivait ainsi :
« Suivant les dernières rumeurs il y aurait 4 listes. Tout le monde fait des efforts pour faire gagner l'équipe en place. »
Même lassitude du côté de MO San :
« Sérieux ??? Pas de fusion ??? Pfff. Allez bonne nuit à tous. La biz. Ciao. »
Et inquiétude plus grave encore chez François Lucas :
« Ce que je lis m'inquiète beaucoup. Tout ce blabla de campagne pour abandonner maintenant. »
Au fil des commentaires, une idée revient sans cesse : les appels au rassemblement martelés avant le premier tour se sont fracassés sur les logiques d’appareil, les ego, les rancœurs ou les désaccords de dernière minute.
F***y Feydn, très active dans les échanges, résume ce sentiment avec une formule qui revient presque comme un verdict citoyen :
« Constat : aucune union possible pour contrer la municipalité actuelle alors que c’était le mot d’ordre de chacun pendant la campagne. »
Elle ajoute, avec une ironie amère :
« Ça doit pas être si terrible cette équipe si personne n’arrive à faire un front commun. »
Olivier Deleu annonce le maintien de sa liste et charge Thomas Franceschini
La publication la plus structurée de cette séquence est venue d’Olivier Deleu, candidat de la liste Sauvons Noisy, qui a officialisé le maintien de sa liste au second tour « sans alliance ».
Dans son communiqué adressé « aux Noiséennes et Noiséens », il remercie d’abord ses électeurs :
« Merci aux 1.212 Noiséennes et Noiséens (soit 11,98 % des voix exprimées) qui nous ont fait confiance au premier tour. »
Puis il livre sa version des négociations.
Selon lui, après le premier tour, il a rencontré Morad Khetala et passé « les 48 heures suivantes » à négocier un accord large. Il affirme surtout qu’un accord aurait été trouvé, mardi 17 mars à 16h45, avec Thomas Franceschini, avant d’exploser dans la dernière ligne droite.
Deleu écrit :
« Un accord solide avait été trouvé, ce mardi à 16h45 avec Thomas Franceschini. »
Il affirme qu’une liste commune était alors constituée autour de Jean-Paul Lefebvre, Dref Mendaci, Karim Hamrani, Laurent Rivoire et lui-même. Mais il ajoute ensuite :
« Dans la violence, cet accord a volé en éclats avant 17h. »
Et va plus loin encore, en mettant directement en cause Thomas Franceschini :
« Thomas Franceschini a cédé à la pression physiquement violente de certains de ses collaborateurs et colistiers. »
Puis :
« C’est pourquoi, au dernier moment, il s’est allié avec la liste PS et la liste macroniste. »
Enfin, il conclut en l’accusant d’avoir pris la responsabilité politique de la division :
« Alors que l’ensemble des listes d'opposition compte près de 55% des voix, M. Francischini a pris l'écrasante responsabilité de la division. »
Ces propos sont particulièrement lourds. Ils expriment une version très offensive des tractations de l’entre-deux-tours. Mais à ce stade, Le Journal de Noisy-le-Sec ne peut que constater qu’il s’agit de déclarations publiques publiées par Olivier Deleu sur Facebook. Les faits allégués — notamment les références à une « pression physiquement violente », à des humiliations, à des menaces et à des exclusions — ne sont pas établis par des éléments indépendants dans les contenus qui nous ont été transmis.
Des proches de Deleu enfoncent le clou
Dans les commentaires, certains proches ou soutiens d’Olivier Deleu reprennent et amplifient cette lecture.
Isabelle Deleu écrit ainsi :
« Thomas francechini a choisit de faire gagner le maire sortant par son absence de courage vis a vis de ses collaborateurs en humiliant Morad Khetala, Dref Mendaci, Karim Hamrani et en menaçant jean-paul Lefebvre et Laurent Rivoire. »
Elle poursuit :
« Olivier Deleu etait pret a laisser sa place pour contribuer a faire battre le maire sortant mais les sbires qui entourent le candidat UDI en ont décidé autrement. Pauvre Noisy. »
Là encore, le niveau d’accusation est très élevé, mais il faut le rappeler avec clarté : ce sont des propos tenus sur Facebook par une commentatrice, et non des faits établis par une enquête indépendante.
Les commentaires qui suivent montrent d’ailleurs immédiatement que ce récit est contesté, interrogé, ou accueilli avec scepticisme.
France Expresso réagit brièvement :
« les noms de ces sbires SVP »
De son côté, F***y Feydn oppose une autre logique, plus sèchement stratégique que militante :
« il y a aussi la solution de se désister si vraiment vous vouliez laisser moins de chances au maire sortant »
Autrement dit : si l’objectif était réellement d’empêcher la réélection d’Olivier Sarrabeyrouse, pourquoi maintenir coûte que coûte une liste autonome ?
Morad Khetala, ou la figure de la constance selon certains commentateurs
Dans les échanges, Morad Khetala apparaît comme la figure de celui qui aurait gardé une ligne claire, même si les appréciations diffèrent.
Nora La Msirdiya écrit :
« Ah du coup il a pris exemple sur Morad Khetala en avançant seul alors .. Voilà ce que j aime sur le candidat Khetala droit dans ses baskets. »
Mais cette lecture est contestée par d’autres. Laurent Rivoire, par exemple, affirme que Khetala a lui aussi négocié jusqu’à la dernière minute :
« pour votre information, morad Khetala a cherché à négocier jusqu’à mardi après midi. Mais obtenant pas tout ce qu il souhaitait, il a déposé sa liste du premier tour. »
Cette phrase est importante, car elle contredit l’idée d’une position totalement figée dès le départ. Elle suggère au contraire que les discussions ont été réelles, mais qu’elles se sont heurtées à des lignes rouges, à des demandes incompatibles ou à l’impossibilité de construire une hiérarchie acceptable pour tous.
Le même Laurent Rivoire insiste d’ailleurs sur la confusion finale :
« 3 listes d opposition avaient passé les 10% et pouvaient se maintenir. Deux ont passé un accord et étaient sur le point de fusionner. Et puis… on retrouve des listes en dessous de 10% réapparaître. »
Cette remarque semble viser l’irruption ou le retour dans les tractations de listes qui ne pouvaient pas se maintenir seules, mais pouvaient participer à une fusion. Elle montre à quel point l’architecture même de l’accord a pu devenir instable dans les dernières heures.
Far Yem plaide la complexité et refuse les boucs émissaires
Parmi les commentaires les plus développés, celui de Far Yem mérite une attention particulière car il tente de sortir du réflexe accusatoire pour décrire la complexité des négociations.
À F***y Feydn, qui dénonçait une logique du « chacun pour soi », Far Yem répond d’abord :
« se désister était une possibilité mais relève d'une autre logique pas du tout de faire barrage au maire sortant. Je ne te suis pas là. »
Puis, dans un long commentaire publié plus t**d, elle développe une défense nuancée des têtes de liste engagées dans les tractations :
« ça c'est ce que j'appelle une vision partielle des choses. Il faut un verdict, un jugement mais sans jamais prendre en compte des différents éléments. »
Elle poursuit :
« Je suis anéantie par ce résultat et par le contexte de ces négociations... J'ai l'humilité de dire que des négociations ne sont jamais simples. »
Et encore :
« Il n'y a pas de victimisation la dedans. Juste des faits. »
Far Yem refuse explicitement qu’un seul responsable soit désigné à la vindicte publique :
« Il faut absolument une tête à poser au bout d'une pique. »
Elle rappelle aussi ce que signifie, selon elle, porter une liste dans une campagne municipale :
« C'est ça être tête de liste. C'est porter de lourdes responsabilités... Et sincèrement je n'aurai pas aimé être à leur place. »
Enfin, elle termine sur une note presque désabusée mais digne :
« Mon humanisme en a pris un coup mais l'Homme est ce qu'il est... »
et
« Bonne chance désormais à chaque candidat du second tour. »
Ce commentaire est précieux parce qu’il révèle autre chose que la seule colère : il montre aussi la fatigue humaine, la violence symbolique de la séquence, l’usure morale de celles et ceux qui se sont engagés, et la difficulté à arbitrer entre stratégie, fidélité aux colistiers, ambitions personnelles, convictions politiques et pression des électeurs.
Une séquence qui abîme la parole publique
Au-delà des responsabilités exactes, qui continueront sans doute à être discutées, cette séquence laisse déjà une trace politique : elle a abîmé la crédibilité du mot d’ordre d’union.
C’est ce que dit, de manière très directe, Damien Kerb Art :
« tout ça pour ça »
avant d’ajouter :
« de belles leçons pré-premier tour, et un éclatement en vol spectaculaire. »
Il reconnaît que fusionner quatre listes est sans doute difficile, mais estime que cette perspective aurait dû être pensée bien plus tôt :
« ça aurait du clairement être envisagé bien avant le premier tour... »
Même tonalité chez Clément Batifoulier, qui partage la frustration tout en défendant l’engagement des personnes impliquées :
« On aurait pu avoir une très belle dream team avec vraiment des colistiers tous très compétent dans leur domaine... »
En miroir, Magali Landrieu résume laconiquement le sentiment de dégradation générale :
« De pire en pire ces élections »
et plus t**d :
« Bon on va pouvoir aller dormir maintenant »
Deux phrases très simples, mais qui disent bien l’épuisement et le désenchantement provoqués par ce feuilleton.
Pendant ce temps, Olivier Sarrabeyrouse mobilise sans se mêler des tractations adverses
Tandis que l’opposition exposait publiquement ses fractures, Olivier Sarrabeyrouse et ses soutiens ont adopté une ligne beaucoup plus simple : célébrer la première place au premier tour, appeler à la mobilisation et cadrer le second tour comme un choix idéologique clair.
Sur sa page, on pouvait lire :
« 3 416 MERCIS ! Nous sommes en tête sur la ville. Le dimanche 22 mars on vote pour Noisy et contre le retour de la droite ! On continue, on lâche rien, on se mobilise. »
Autour de lui, les commentaires de soutien sont nombreux et convergents.
Jérémy Loiti écrit :
« la droite va faire des alliances de façade. la seule liste honnête et intègre pour noisy c'est Toujours Noisy avec Olivier Sarrabeyrouse »
Haciba Khelifi appelle à :
« Faire barrage à la droite ! Votez toujours Noisy ! »
Mourad El renchérit :
« Mobilisons nous et mobilisons un maximum autour de nous afin de faire barrage à la droite et la droite extrême. Vive la gauche unie ! La liste Toujours Noisy avec Olivier Sarrabeyrouse d’Olivier Sarrabeyrouse est la seule liste sérieuse et responsable. »
Le Parti Communiste Français de Noisy-le-Sec parle quant à lui de
« L’union de la gauche au service exclusif des Noiséennes et Noiséens »
Et Loïc Vénon appelle à aller chercher les abstentionnistes :
« dimanche prochain, mobilisons-nous encore davantage. Parlons-en autour de nous, convainquons celles et ceux qui se sont abstenus, et allons voter pour l’avenir de Noisy. »
Autrement dit, pendant que ses adversaires se disputent sur les conditions d’une union manquée, la majorité sortante cherche à transformer la confusion adverse en avantage politique.
Un débat qui révèle aussi un climat de défiance profond
Les commentaires Facebook ne parlent pas seulement d’alliances ratées. Ils donnent aussi à voir un climat politique local très tendu, fait de soupçons, d’amertume, de clashs personnels et de procès en duplicité.
Samira Buytendorp écrit ainsi :
« Malheureusement, la loyauté et l’honnêteté intellectuelle ne sont pas des vertus, de certains politiciens de pacotilles. »
Puis :
« Notre collectif est sans étiquette (...) Une seule boussole Sauvons Noisy. La mauvaise nouvelle, tout le monde est perdant dans ce jeu de dupes. »
Nora La Msirdiya parle, elle, de
« stratégie hypocrite »
et conteste l’affirmation de certaines listes selon laquelle elles seraient « sans étiquette ».
Far Yem répond sur ce point :
« Nous n'avons aucune étiquette politique. On a demandé des explications au préfet qui a présenté ses excuses pour son erreur avant le 1er tour. »
Ces échanges montrent que les débats ne portent pas seulement sur les places, les fusions ou les têtes de liste. Ils portent aussi sur l’identité politique réelle des collectifs, sur leur sincérité, sur la manière dont ils se sont présentés aux électeurs, et sur le décalage entre l’image projetée et la réalité perçue.
Une quadrangulaire, mais surtout une bataille des récits
À ce stade, ce qui frappe le plus n’est peut-être pas seulement l’existence de quatre listes au second tour. C’est la guerre des récits qui l’accompagne.
Pour certains, Thomas Franceschini aurait fait échouer un accord presque finalisé.
Pour d’autres, Morad Khetala a négocié sans aller jusqu’au bout.
Pour d’autres encore, Olivier Deleu aurait pu se désister s’il plaçait vraiment l’objectif de battre le maire au-dessus du reste.
Et pour beaucoup de citoyens ordinaires, tout cela ressemble surtout à une démonstration d’impuissance collective.
Céline LLé pose d’ailleurs, avec sobriété, la question que se posent probablement beaucoup de Noiséens :
« Vous pouvez nous expliquer ce qu'il s'est passé ? C'est très confus. »
Oui, c’est confus. Et c’est précisément cela qui ressort de cette séquence : non pas une divergence idéologique nette et assumée, mais un enchevêtrement de tractations de dernière minute, de versions contradictoires, de frustrations personnelles, de soupçons de trahison et d’incompréhensions publiques.
Ce que cette séquence peut changer dimanche
Politiquement, la conséquence immédiate est simple : Olivier Sarrabeyrouse aborde le second tour dans une position favorable, non seulement parce qu’il est arrivé en tête au premier tour, mais aussi parce que ses adversaires donnent le spectacle de leur division.
Cela ne signifie pas pour autant que l’élection soit jouée. Une quadrangulaire reste un scrutin ouvert, surtout dans une ville où l’abstention a été élevée. Mais les oppositions ont incontestablement laissé passer l’occasion d’envoyer un signal clair de rassemblement.
La grande inconnue est désormais la réaction des électeurs :
vont-ils voter « utile » en se reportant massivement sur une liste jugée plus solide ?
vont-ils se démobiliser, écœurés par les tractations ?
ou vont-ils, au contraire, se mobiliser davantage par rejet du maire sortant ou par crainte de voir la ville lui être laissée sans combat commun ?
Une fin d’entre-deux-tours qui dit beaucoup de l’état de la vie politique locale
Au fond, la séquence que vient de vivre Noisy-le-Sec dépasse le seul enjeu des places sur une liste. Elle révèle une crise plus large de la confiance politique locale.
On y voit des candidats qui se disent prêts à l’union, mais n’y parviennent pas.
Des militants qui parlent de courage, puis dénoncent des humiliations.
Des citoyens qui appellent au rassemblement, puis constatent, amers, qu’« aucune union possible » n’a vu le jour.
Des soutiens qui parlent d’honneur.
D’autres de duplicité.
D’autres encore de « jeu de dupes ».
Et pendant ce temps, l’équipe sortante tente de transformer cette désagrégation adverse en démonstration de sérieux, de stabilité et de cohérence.
Dimanche 22 mars, les électeurs de Noisy-le-Sec ne trancheront donc pas seulement entre quatre listes. Ils trancheront aussi entre quatre récits de la ville, quatre manières de lire la crise actuelle, et une question devenue centrale dans cet entre-deux-tours chaotique : qui est aujourd’hui en capacité de gouverner Noisy-le-Sec sans se déchirer ?