18/07/2026
Le réalisateur Joseph Mamba Nji partage une réflexion froide sur ce ce qu'il appelle le cinéma Bamoun.
Lisons :
"LE CINÉMA BAMOUN VA-T-IL DISPARAÎTRE ?
On ne vous ment pas. La question revient sans cesse : « Pourquoi les acteurs bamoun qui ont fait leurs preuves ne percent-ils pas ? »
Après plus de 10 ans de carrière dans le 7ème art en langue bamoun, je vous dois la vérité. Voici pourquoi notre cinéma est en sursis.
1. Sans marché, une industrie meurt
Une industrie ne survit pas sans circuit de distribution. Depuis la fin du CD, le cinéma bamoun s’est effondré.
Certains ont abandonné. D’autres ont changé de métier. Les autres sont retournés au village.
Nous, dont le seul savoir-faire est de raconter des histoires en images, nous souffrons.
J’ai tenté de créer ce marché. L’application _Pamôm Film_ devait permettre à chaque auteur de vendre son œuvre.
Mais beaucoup y ont vu un projet pour « enrichir Joseph Mamba Nji ». Le silence a tué l’initiative.
Conséquence : si rien n’est fait, le cinéma bamoun disparaîtra. Seuls les contenus web survivront.
Car personne n’investit sans visibilité sur le retour sur investissement.
2. Pourquoi nos films ne passent pas sur les chaînes internationales ?
Lors du développement de _MÔNA_, pour mes 15 ans de carrière, les partenaires ont été clairs :
Nos films ne respectent pas les standards de diffusion internationale.
- Scénario: Dramaturgie fragile, arcs narratifs inachevés.
- Image : Pas de 4K, bitrate insuffisant, étalonnage inexistant.
- Son : Prise directe inaudible, mixage absent.
- Direction d’acteurs : Jeu non maîtrisé, faute de répétitions et de casting rémunéré.
Est-ce la faute des réalisateurs ? Pas entièrement.
Un réalisateur bamoun n’a pas les moyens de sa politique artistique.
Pour atteindre la norme broadcast, il faut des moyens.
Un long-métrage coûte au minimum 3 500 000 FCFA au Cameroun.
La majorité de nos productions plafonne à 300 000 FCFA.
Les comédiens ne sont pas payés. On supplie les amis, la famille.
Résultat : on ne peut pas exiger la rigueur d’un plateau pro. Le jeu s’en ressent.
Et vous nous attendez sur Canal+ ?
Conclusion : On ne fait pas de cinéma sans financement.
Nous le savons tous. Mais la passion nous porte.
3. Et ceux qui ont été financés, pourquoi n’ont-ils pas percé ?
Certains accusent la sorcellerie. D’autres parlent de « refus de tremper ». Ce sont des excuses.
Dans le cinéma, il y a deux réussites : la reconnaissance artistique et la rentabilité financière.
Si ton film est fort, tu seras repéré. La célébrité au Cameroun n’est pas toujours liée aux sectes.
Si tu as été financé et que tu n’es allé nulle part, interroge ton œuvre : respecte-t-elle les standards ?
Réaliser, ce n’est pas seulement cadrer et monter. C’est diriger, produire, distribuer. C’est un métier.
4. Pourquoi ne pas s’unir ?
« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. »
Dans le contexte actuel du cinéma bamoun, je déconseille l’union sur un seul projet. Ce serait une erreur fatale qui prouverait que notre cinéma est mort.
Qu’est-ce qui a fait notre force pendant 10 ans ? La saine concurrence. Le désir de se surpasser.
Ceux qui ont connu l’époque du producteur Jean Sony savent de quoi je parle.
On nous demande : « Où cela vous a-t-il menés ? »
Je réponds : certains existent aujourd’hui parce qu’ils ont été frustrés, poussés à se dépasser.
En revanche, les producteurs bamoun doivent s’unir pour créer un marché.
Un circuit de distribution. Une plateforme SVOD. Un modèle économique.
C’est à cette condition que notre cinéma renaîtra.
Voilà pourquoi le cinéma bamoun décline. Et pourquoi il disparaîtra si nous ne faisons rien.
Et nous avons aussi besoin des partenaires financiers pour atteindre nos objectifs 🙏".
Joseph Mamba Nji
Acteur – Réalisateur – Producteur
Partagez vous sa réflexion ?