18/06/2026
Abandonnée au fond d'un ravin glacial par ceux qui devaient me protéger, j'ai refusé de fermer les yeux. « Les transmissions interceptées dans la forteresse ennemie m'ont révélé une vérité bien plus terrifiante que la mort. »
La dernière chose que j'ai entendue avant que le monde ne devienne totalement blanc, c'est le crissement de leurs bottes dans la neige.
Ils s'éloignaient de moi.
J'étais allongée face contre terre dans la poudreuse depuis ce qui me semblait être une éternité. Ma joue était pressée contre une glace si froide qu'elle ne brûlait même plus.
Ma jambe gauche était pliée dans un angle impossible. Je le savais sans même avoir besoin de regarder.
La gr***de m'avait projetée à plus de deux mètres de profondeur dans ce ravin du massif de la Vanoise. En atterrissant, j'avais senti l'os craquer jusqu'à ma colonne vertébrale.
Mais je respirais encore, lentement, en silence. Exactement comme on nous l'avait appris à l'entraînement.
Je m'appelle Camille, j'ai 29 ans, et je suis tireur d'élite pour une unité d'intervention que l'État préfère garder sous silence.
"Camille est à terre", a murmuré Girard. Sa voix tremblait à quelques mètres de moi, au sommet de la corniche.
Ce n'était pas de la tristesse que j'entendais, mais de la peur. Une terreur absolue.
"J'ai vu l'explosion de la gr***de. Elle est foutue, mon lieutenant."
J'ai reconnu le ton glacial du lieutenant Martin immédiatement. C'était ce même ton détaché qu'il utilisait pour faire ses pu**ins de calculs tactiques avant un assaut.
"T'es sûr de toi ?" a demandé Martin.
"Certain. On ne peut pas descendre la chercher. Le périmètre s'effondre, si on reste trois minutes de plus dans cette galère, on y passe tous."
Il y a eu un lourd silence. J'ai compté les secondes dans ma tête. Une, deux, trois.
"Alors on se tire", a lâché Martin.
Juste comme ça. J'ai entendu le cliquetis de leurs armes et le bruit de mon équipe qui disparaissait dans la tempête de neige.
Je suis restée immobile pendant une minute entière après la disparition du dernier bruit. C'était l'instinct de survie qui parlait, rien d'autre.
Tout mon être hurlait de crier, de les supplier de revenir. Mais je savais qu'on ne bouge pas tant qu'on n'est pas sûr de la zone.
J'ai tourné la tête au ralenti. Oui, la jambe était complètement brisée, l'os menaçant de percer le treillis.
Je me suis hissée sur les coudes en serrant la mâchoire à m'en casser les dents. La douleur était monumentale, envahissant tout mon corps.
J'ai utilisé mon fusil HK417 comme béquille. Je détestais abîmer le canon ainsi, mais je n'avais pas d'autre choix.
Il m'a fallu onze minutes pour ramper hors du ravin. Je le sais parce que j'ai compté chaque pu**in de seconde pour ne pas sombrer.
Au sommet de la crête, je me suis plaquée contre un rocher gelé pour observer la vallée en contrebas.
Le camp retranché de Petrov, un ancien complexe hôtelier savoyard reconverti en forteresse, brillait faiblement dans le blizzard.
C'était notre cible initiale : confirmer la présence de ses mercenaires lourdement armés et envoyer les coordonnées pour une frappe aérienne ciblée.
Martin avait décidé que la mission était morte. Moi, je venais de décider qu'elle commençait.
J'ai rampé pendant quarante minutes dans la poudreuse jusqu'à la taille, en ignorant ma jambe qui me torturait à chaque mouvement.
La tempête était ma seule alliée ce soir-là. Dans ma tenue de camouflage hivernal, j'étais un véritable fantôme.
J'ai passé la première clôture en neutralisant deux gardes avec mon arme de poing munie d'un silencieux. Ils sont tombés dans la neige sans un cri.
Il ne me restait plus que neuf b***es et une gr***de offensive.
Je me suis glissée dans le bâtiment des communications en contournant les patrouilles qui grelottaient dehors, la clope au bec.
Deux techniciens russes étaient penchés sur des écrans, tournant le dos à la porte. J'ai agi vite, frappant le premier à la nuque et étranglant le second d'un mouvement sec.
Un homme plus âgé, visiblement l'officier de liaison, a reculé contre le mur avec des yeux ronds de terreur.
"En français," lui ai-je craché au visage, le canon braqué sur son torse. "Donne-moi l'heure de la frappe."
Il a cligné des yeux, cherchant à comprendre comment un spectre ensanglanté avait pu franchir leur périmètre de sécurité.
"Deux heures," a-t-il balbutié avec un fort accent de l'Est. "Frappe d'artillerie sur le convoi de gendarmerie à trente kilomètres au sud. À l'aube."
J'ai regardé ma montre. Il était 3h14 du matin. L'aube approchait, et Petrov allait massacrer des dizaines de nos gars.
Je l'ai forcé à s'asseoir et j'ai commencé à taper sur la console radio pour contacter le commandement des opérations spéciales à Lyon.
J'ai balancé mes coordonnées, mon indicatif, et l'heure de la frappe prévue pour qu'ils interceptent l'artillerie de Petrov.
"Vous êtes toute seule," a murmuré l'officier russe en me regardant pianoter. "Vos hommes vous ont abandonnée dans la montagne."
"La mission n'est jamais finie tant que je respire," ai-je répondu sèchement.
C'est là que j'ai posé les yeux sur le registre papier des transmissions posé sur son bureau. Mon sang n'a fait qu'un tour.
Le document indiquait clairement que la fenêtre de tir n'était plus prévue à l'aube. Elle avait été avancée en urgence.
Petrov n'allait pas frapper dans deux heures. Il allait frapper dans quarante-cinq minutes exactement.
Et pire encore, le brouillon révélait l'indicatif de la taupe qui lui avait fourni l'itinéraire exact de notre patrouille.
C'était l'indicatif de mon propre lieutenant, Martin. Il ne m'avait pas laissée là par lâcheté, il l'avait fait pour effacer les preuves.
L'alarme générale du complexe s'est soudainement déclenchée, faisant hurler des sirènes stridentes qui ont fait vibrer les murs.
Les bruits de bottes lourdes résonnaient déjà dans le couloir de la caserne. Ils venaient droit sur moi.
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