03/01/2022
DE L'ESPOIR.
Une réflexion sur deux années de pandémie et mes voeux pour 2022
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En ce début d'année 2022, je vois avec tristesse à quel point on est nombreux à perdre espoir, à quel point il est difficile de ne pas se sentir écrasé, à quel point notre santé mentale en souffre, et avec quelle facilité on peut basculer dans le désespoir, le cynisme, la rage, la tristesse, la dépression, et l'abandon. Trois fondamentaux aussi différents qu'ils sont terrifiants pour moi : le désespoir, l'indifférence et la rage nihiliste. Trois émotions et attitudes qui peuvent s'additionner malgré leur apparente contradiction.
Nous faisons face, tous ensemble, à des défis qui nous écrasent. Du changement climatique au Covid, des inégalités liées au système économique à l'impression d'abandon et de corruption de la part de notre classe politique, l'impression d'une déconnexion croissante entre notre réalité et tous nos systèmes de soutien : l'éducation, la santé, la justice, la police ainsi que les systèmes d'aide et de redistribution. L'Europe nous semble infiniment lointaine et froide. Noyé au coeur des réseaux sociaux, de Facebook, de Twitter c'est tout le "Système" qui travaille contre nous. Y compris la télévision et les médias. On clique beaucoup plus sur tout ce qui est négatif, ce qui nous choque, ce qui nous fait peur. Ce qu'il en reste, c'est l'envie de tout brûler. Je n'ai pas les réponses face à tout ça. Je n'ai rien à vous vendre. Pas de faux espoirs, pas de fausse solution magique qui réglera tout, qui nous vengera d'un pouvoir dont certains fantasment qu'il contrôlerait le monde entier, et serait à l'origine de toute la méchanceté, de toute la violence, de toute la douleur. Un grand Mal en lieu et place des petits maux.
Il y a tellement d'aspects de ce monde que je ne comprends pas, tellement de mécanismes qui m'échappent, dont je ne sais même pas qu'ils existent. Je sais qu'il y a beaucoup de choses que je ne sais pas, mais ça ne veut pas dire que je ne sais rien. Et si tellement de choses donnent l'impression d'aller mal, ça ne veut pas dire que tout va mal, qu'il n'y a pas d'espoir, que nous sommes voués à l'effondrement.
Mon message pour 2022, mes voeux, c'est ceci : rappelez-vous que jamais tout n'est perdu, que les actes bienveillants et les gens qui travaillent à nous sortir de là sont beaucoup plus nombreux que le petit nombre qui attire notre attention de manière excessive et absurde par leur extrême assurance ou leur violence. Notre image terrifiée, négative du monde est une illusion, une hallucination collective alimentée par notre appétence pour ce qui nous touche, nous terrifie, nous fait nous sentir attaqués dans notre identité et nos valeurs. Les seuls qui y gagnent sont les charlatans arnaqueurs qui se nourrissent, littéralement et métaphoriquement, de nos peurs. Ceux qui nous vendent à tous des solutions magiques, simplistes, basées sur le repli, la haine, l'angoisse, autant à gauche qu'à droite. Tant ceux qui vous vendent des médicaments magiques face au Covid que ceux qui prétendent qu'on peut simplement détruire l'ordre établi pour y substituer magiquement un ordre parfait où tout le monde serait heureux. Il y a deux pièces à cette illusion :
- l'absolue méchanceté des satanistes qui sont tous corrompus et dont le petit coeur rabougri ne veut que notre mort
- l'absolue pureté du monde magique qu'ils vous vendent, où tout est joie, lumière et perfection.
L'un ne peut exister sans l'autre. Pour vendre le salut, il faut la terreur.
Face à cette terreur avec laquelle on nous gave par la plupart de nos sources d'information, et sans intention forcément maligne, il est trop facile de se dire qu'il n'y a pas d'espoir, que tout est fini. Cela n'a pourtant jamais été aussi loin de la vérité. La majorité silencieuse n'a jamais été celle d'un parti ou d'un groupe, mais c'est nous tous qui faisons de notre mieux, qui essayons, avec tous nos défauts et notre humanité, avec tous nos biais et nos croyances, de rendre le monde un peu meilleur. Il y a tellement de scientifiques qui travaillent à trouver des solutions, tellement de gens qui essayent de changer leurs pratiques, leur comportement, leur alimentation et leurs achats, tellement de fonctionnaires, de professeurs, de salariés, d'entrepreneurs, de jeunes parmi nous qui travaillent tous les jours à inventer un monde meilleur, technique par technique, personne par personne. Il suffit d'un geste bienveillant envers une seule personne pour rendre le monde meilleur. La masse de ceux d'entre nous qui sommes engagés dans des associations le démontre chaque jour sans fracas visible.
Je n'ai pas de solution à ce sentiment de désespoir si répandu maintenant, face à un futur qui me terrifie moi-même, avec une montée des extrêmes sans équivalent depuis les années 1930 chez nous. J'ai peur du futur vers lequel on fonce tous ensemble. L'histoire, à chacune de ses pages, nous révèle les horreurs que nous pouvons commettre au nom d'une identité, d'un groupe, d'une valeur, à laquelle nous accordons une pureté et une perfection qui justifie de tuer et d'exercer une violence toujours croissante. Cette haine, cette violence verbale, physique, structurelle, juridique, elle approche, elle monte. Ça ne veut pas dire qu'elle est inéluctable. Mais le désespoir se nourrit de toutes les inégalités, de toutes les souffrances et de la perception d'un monde horrible et négatif, qui pourtant est si éloigné de ce que nous révèlent les statistiques de l'état du monde. Nous voulons la perfection, alors certains d'entre nous, une partie de nous a envie de tout détruire, tout brûler, tout faire sauter et repartir de zéro. C'est cela qui me fait le plus peur : cette recherche de pureté absolue qui finit toujours par tuer massivement, laissant l'empreinte d'horreurs ineffaçables.
Tout n'est pas perdu pourtant. Il y a encore de l'espoir et ça vaut la peine de se battre. Pas pour un monde parfait, mais pour un monde meilleur. Pas partout et pour tout, mais dans notre domaine, dans ce qu'on peut faire chacun·e. En gardant toujours en tête notre propre santé mentale et nos limites. Et puis surtout on votant, en participant à la vie commune de toutes les manières que nous pouvons, même si. En ouvrant grand notre empathie. En ne nous coupant pas de tous ceux qui ne pensent pas comme nous, mais au contraire en allant vers eux. En nous rappelant simplement à leur contact que nous sommes tous humains et que nous avons beaucoup plus en commun que nous n'avons de choses qui nous séparent. Nous n'avons pas besoin d'être d'accord pour essayer d'écouter ce qui se cache derrière nos arguments; les émotions, les espoirs et les peurs qui nous animent.
Quand nous ne regardons que le pire chez les autres et le meilleur chez, nous perdons cette humanité qui nous lie et cette complexité qui nous caractérise tous. Il ne reste sinon, de l'autre, qu'une caricature, qui justifie qu'il mérite d'être tué. Nous sommes tous l'autre de quelqu'un. ils sont rares les gens qui veulent faire du mal. Nous pensons tous bien faire et nous pensons tous mener des combats qui valent la peine. Et si on écoutait simplement chez chacun ce qui leur importe et leurs valeurs, peut-être aurait-on au moins une chance de s'en sortir tous ensemble. Et pas chacun de son côté, abandonnés, isolés, déprimés et cyniques.
Le cynisme, le désespoir, la rage et la colère sont un feu immense qui détruit tout sur son passage et ne laisse que la mort, la souffrance et la destruction. Je ne sais pas ce que je peux faire, mais je peux au moins parler avec des gens qui pensent autrement. Me rappeler à moi comme aux autres que si on ne se parle pas on finira par s'entre-tuer. Je n'ai pas toutes les solutions, loin de là, et je n'ai rien à vendre, mais cette année et les années qui suivent, s'il vous plaît, essayez de parler à des gens qui ne sont pas comme vous, qui ne pensent pas comme vous, qui ont des valeurs différentes. Essayez de vraiment comprendre ce qu'ils ressentent, ce qu'ils pensent, ce qu'ils croient et ne pas les ranger dans des boîtes ridicules.
J'espère que, comme moi, vous vous rendez compte que la plupart d'entre nous ne sommes pas des caricatures ridicules, des images unidimensionnelles. Les réseaux sociaux et beaucoup de médias font ressortir le pire de ce qu'on a en nous, alimenté par tout ce qui ne va pas dans ce monde. Plus nous sommes nombreux à tenter, à nous battre, à essayer de comprendre le monde dans sa complexité, plus nous aurons une chance de nous en sortir. Sans se satisfaire de réponses simplistes, sans se contenter de rire d'un ennemi caricatural et de nous caricaturer nous-mêmes en défenseurs du bien. En nous rappelant qu'on vit dans un monde qui ne pourra jamais être parfait, tout simplement parce que nos ressources sont limitées et que tout le monde ne peut pas avoir tout ce qu'ils veulent. Peut-être que si on pratique ça, même un peu, même parfois, même simplement en essayant cette année, alors on finira par inventer des solutions, des rencontres, des joies, des vies qui permettront de renverser la vapeur, de nous sortir de là.
Nos ennemis ne sont pas des ennemis. Ce sont des citoyens, d'autres humains, avec qui nous pouvons cohabiter si nous faisons l'effort de ne pas les haïr mais d'essayer de les comprendre. Ce monde vaut la peine de se battre. La quantité de souffrance, de mort, d'atrocités qui résulterait de laisser tomber tout espoir, d'accepter la destruction absolue et inéluctable de tout ce qui ne va pas parce que le monde nous semble imparfait, m'apparaît comme intolérable. Face aux défis, le su***de, individuel ou collectif, est la pire des solutions.
Entretenons l'espoir en nous et chez ceux avec qui on vit. Prenons soin de notre hygiène mentale. Et battons-nous plus que jamais pour un monde plus humain, un monde meilleur, et acceptons qu'il ne pourra jamais être parfait. Le seul monde parfait qui soit, c'est un univers sans vie, sans mouvement. Un monde mort où personne ne peut ni faire de mal, ni tuer, ni faire d'erreur parce qu'il n'y a que le vide.
Alors vive l'espoir !
Et de mon côté, malgré mes longues absences ici, je continue de réfléchir à la connaissance, à nos croyances. Je continue d'explorer les méthodes, tant pour mieux penser que pour mieux vivre. Et j'espère revenir avec des vidéos cette année.
Prenez soin de vous et des autres.
(photo du 30 aout 2021, en Corse, pas loin du Monte Rotondo)