26/12/2025
"Vous savez, on meurt parce qu'on est né. À partir du moment où vous naissez, vous passez une espèce de contrat avec la mort. Si vous êtes né, vous mourrez, ça fait partie de la vie. Donc je crois qu'il faut vraiment l'accepter avec sérénité. Peut-être que croire en Dieu, c'est tout simplement espérer qu'il existe. Et bien, j'espère qu'il existe. Vous savez pourquoi ? Parce que s'il n'existe pas, la vie est quand même trop dure. Que ce soit toujours les mêmes qui gagnent. Que ce soit toujours ceux qui sont les plus brutaux, ou les plus dissimulés, ou les plus habiles qui l'emportent sur les plus honnêtes et les plus modestes... Si vraiment c'est ça la vie, c'est vraiment dur. Alors il vaut mieux espérer qu'il y a quelque chose."
Cette citation de Jean d'Ormesson est l'une de ses plus célèbres et des plus touchantes. Elle illustre parfaitement sa philosophie de "l'élégance du désespoir" : une lucidité totale sur la condition humaine, tempérée par une forme de politesse et d'espérance.
1. Le "Contrat" avec la mort
D'Ormesson désamorce la peur de la mort en la présentant comme une nécessité logique. Si la naissance est le début d'un voyage, la mort en est simplement le terme naturel. En utilisant le mot "contrat", il suggère qu'accepter la vie, c'est aussi en accepter les conditions générales, sans amertume.
2. La foi comme "Espérance"
Il définit la croyance non pas comme une certitude dogmatique, mais comme un souhait. C'est une vision très humble de la religion : il ne prétend pas savoir si Dieu existe, il admet simplement qu'il en a besoin.
3. Le besoin de Justice
L'argument central ici est moral et social. D'Ormesson souligne l'injustice flagrante du monde :
Le triomphe des brutaux et des habiles.
L'effacement des honnêtes et des modestes.
Pour lui, si la mort est le point final absolu, alors cette injustice reste invaincue. L'idée d'un "après" ou d'une présence divine devient alors le seul rempart contre le nihilisme et la cruauté du réel. C'est ce qu'on appelle souvent un "pari pascalien" revisité : on choisit l'espoir parce que le vide est insupportable.