18/08/2020
Au hasard un extrait de la chronique de Sophie Martin du même nom :
« Y avait-il donc des raisons de réveiller les lecteurs en 1991 ? Sans doute plusieurs. Cette année-là, toute idée d’un autre monde avait fini d’être ruinée : le socialisme en France n’avait pas créé une société nouvelle ; l’URSS avait disparu. Depuis longtemps, les ethnographes avaient raclé tous les fonds de tiroir des continents en matière de peuples dits premiers ; vu leur état, il devenait risible de dire que les tropiques étaient tristes ; le cadavre de l’exotisme avait été tué des dizaines de fois. La conquête spatiale avait promis de belles échappées par le haut. Mais elle stagnait. Depuis 1969, on n’avait même pas été fichu de retourner sur la Lune, endroit qui était d’ailleurs sans intérêt scientifique, comme il aurait été facile de le prévoir. Présentait-on déjà à l’homme la planète comme un village global ? En tout cas il lui semblait aussi impossible d’en sortir que d’un camp. Le départ avait été rayé de la liste des bonheurs. »
#1991